‹ Pays et paysagesChapitre 33 sur 58 · PAUVRESSES · texte numérisé non relu

PAUVRESSES

Ce sont deux pauvresses qui reviennent de l'aumône. Un lourd panier au bras farci de croûtes et de dessertes, elles vont tête basse, traînant la savate au bord du chemin. L'une maigre, décarcassée, avec un bec crochu et un menton à trois poils; l'autre, le ventre en abcès, l'œil clignotant, et la trogne moisie de la donneuse de mauvais conseils.

Elles parlent. Voix d'aumône, nasillardes. Il est question d'un lit à acheter. Un projet. Elles en ont marchandé un d'occasion. Douze francs avec la paillasse et le matelas. Cent sous comptant; le reste à terme, quatre sous par semaine. Elles calculent.

— Encore si nous étions au commencement de l'hiver. L'été, c'est la morte saison; il ne crève pas un riche par semaine !

La vieille parle, et je revois ces horribles troupeaux de mendiants et de mendiantes ameutés à

la porte des maisons mortuaires de chez nous. C'est l'usage; l'honneur exige qu'il en vienne un très grand nombre, et si cette racaille se querelle, cela ne va que mieux; c'est un bel enterrement.

Montauban, 2 juillet.

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