LA PRIERE DU SILENCE
Ici jonc, coudrier, viorne, Enfants du roc et du marais, Sont les cotoyeurs toujours frais De leur rivière lente et morne.
Or, voici qu'en forme de corne, Du haut des penchantes forêts, La lune, verte tout exprès, D'un nimbe émeraudé les orne.
Un petit vent mystérieux
Traverse d'un frisson pieux
Le brin d'herbe, l'onde et la feuille.
Mais tout se tait à l'unisson :
Et c'est la nocturne oraison Du silence qui se recueille.
L'ETEU:i^lTE
On guette dans la multitude La fuite de tous ses instants.
xVu contraire, on fige le temps En pratiquant la solitude.
A constamment voir le tableau Du monotone Impérissable, On vit l'herbe, le grain de sable, Le rocher, le nuage et l'eau.
L'âge vient à si petits pas Qu'il semble qu'on n'assiste pas A ses lentes métamorphoses :
Et l'on a pleinement goûté
La saveur de l'Eternité
Lorsque l'on rentre dans les choses.