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LE PHILOSOPHE

C'était un vieux penseur madré, Un voyant quelque peu lettré, Ayant en lui la double étofTe Du poète et du philosophe.

Je fus le voir une journée Où la bise avait du mordant.

Il chantonnait, la pipe aux dents, Faisant face à la cheminée.

— « Quel froid de loup ! père Guillaume, Et que j'aspire au renouveau ! »

— (( Pas moi! J'trouv' ce temps sans défaut, Puisqu'à c't'hour' mèm', nuU'ment fantôme, Sur mon g'nou cassant du fagot,

J'exist' toujours en chair, en os.

Du moment q'j'évif le royaume Des taup', ça m'est égal l'hiver :

L'teraps où j'y suis c'est Ttemps qu'i' m'faut ! Que d'moi qui m'trouv' bien sous mon chaume L'plus longtemps possibl' la mort chôme! L'tout? c'est d'se faire attend' des vers. Hein'? c'que c'est! en bas comme en haut, Jeun's ou vieux, tous les homm', mes frères, D'mand' à vieillir ! moi, c'est l'contraire.

Si j'pouvais r'prend' mes jours passés

Et r'commencer mon existence.

Oui! même en sachant tout c'que j'sais,

J'trouv'rais encor ma subsistance

Ben suffisant' pour mon besoin,

Et vivr' pour vivr' dans mon pj'tit coin

S'rait pour moi la seule importance.

Expliquez ça'? j'ador' la vie...

Et pourtant, je n'crains pas la mort.

La peut' de l'àg' ? — ainsi veut Tscrt — Faut la descendre un' fois gravie.

M'disant donc : Raison d'plus pour être Avar' de ces instants si courts.

Malgré que l'destin compt' mes jours.

J'y rends grc\c' de m'avoir fait naître.

PAYSAGES ET PAYSAXS 317

Comme j'I'enlends, dans ma façon, Vivr'"? C'est pas les fenim', la boisson, Les plaisirs h grand' ou p'tit' doses, Ni d'entasser d'ior et d'I'argent; C'est p'tét' ben d'aimer quéq' brav' gens. Mais, c'est surtout d'aimer les choses ! C'est d'aimer les pacag', les champs, Les arb' tortus, droits ou s'penchant, La roch' que la bruyèr' décore, De s'plaire à voir l'nuage et l'eau, Les horizons, cadr' du tableau, Q'I'auror' blanchit, que rsoleil dore, Et, tous les soirs, s'ensommeiller, Et, tous les matins, s' réveiller, Avec le goût d'ies voir encore.

L'iong usag' des chos' éternelles Les rend complaisant' pour mon corps.

Donne à mon esprit c'calme fort Qu'il lui faut pour penser chez elles.

Donc, de mes organ' et d'mon cœur Ouverts aux s'crets des solitudes, J'vis pour moi seul, dans un' longueur, Dans un' paix sans inquiétude, A chasser, pêcher, m'ner l'bétail, A fair', sans presse, avec des trêves,

Tout Tnécessair' de mon travail Où la Nature met son rêve.

Mon prop' témoin, j'me vois goûter Mon tranquiir bonheur d'exister.

Je n'vis q'pour vivr' ! L'rest' ne m'est rien. Pour hoir' la bell' lumièr' qui vient Du grand ciel où tant d'fois je r'garde, Pour m'étend' sous l'ombrage, errer, Pour sentir, entend', respirer.

Aussi doux qToiseau qui musarde.

Et j'vas mon p'tit bonhomm' de jch'min. D'mandant jamais d'être au lend'main Mais souhaitant ben plutôt q'i' r'tarde.

Vrai ! les homm' n ont pas d'réflexion

Ou l'inconséquenc' les habite.

C'est leur vice et leur ambition,

L'projet câlin qui les invite,

C'est l'song' creux q'est vid' comm' le vent

Qui leur fait trouver si souvent

O'ies saisons mardi' pas assez vite.

Au fond d'ieur conscienc' solitaire

Sans s'révollor, ni prend' d'elïroi.

Ah! s'ils pouvaient donc voir conim' moi La léf de mort dur' sous l'chapcau.

Et le squelett' sec sous la peau !

Au lieu d'se forcer l'caractère, l's'laiss'raient vivoter lent'ment, Sans désirs, dans l'seul content'ment D'être encor' sus l'dessus d'ia terre! »

Il se tut, regardant la flamme.

« Merci! lui criai-je, en partant :

Mais, je ne saurais dire, dame!

Si ce joli feu claquotant M'a réchauffé le corps autant Que vous m'avez réchauffé l'âme ! »

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