‹ Paysages et paysansChapitre 16 sur 121 · LA FORÊT MAGIQUE · texte numérisé non relu

LA FORÊT MAGIQUE

La forêt songe, bleue et pâle, Dans un féerique demi-jour.

Tout s'y voit spectral, d'aspect sourd.

Par cette nuit d'ambre et d'opale.

Là, c'est un cerf blessé qui râle...

Ici, d'autres, pâmés d'amour...

La forêt songe, bleue et pâle, Dans un féerique demi-jour.

Ailleurs, une laie et son mâle Et leurs marcassins tout autour!...

Et, tandis qu'un frais zéphyr court.

Venant la reposer du hâle, La forêt songe, bleue et pâle.

TRISTESSE DES RUEUFS

\'()ilù ce que me dit en renillant sa prise l^e bon vieux laboureur, gu(Mré de toile grise, Assis sur un des bras de sa charrue, ayant Li- visage en regard du soleil rougeoyant :

« Ces pauv' bèt' d'animaux n'comprenn' pas q'ia parole. T'nez! j'avais deux bœufs noirs!... Pour labourer un champ? Celait pas d'ieur causer; non! leur fallait du chant •Jui s'mèle au souffl' de l'air, aux cris deToiseau qui vole!

Alors, creusant Esillon entr' buissons, chèn's et viornes, Vous les voyiez filer, ben lent'ment, dans ceux fonds, Tels que deux gros lumas, l'un cont' l'aut', qui s'en vont Avant tiré d'ieu têt' tout' la longueur des cornes.

L'sillon fini, faisant leur demi-rond d'eux-mêmes, l's en r'commençaient un auprès, juste à l'endroit: J'avais qu'à l'ver l'soc qui, rentré doux, r'glissait droit. Ainsi, toujours pareil, du p'tit jour au soir blême.

C'était du bel ouvrage aussi m'suré q'ieur pas, Q'ça soit pour le froment, pour l'avoin', pour le seigle, Touscessillonsétaientjumeaux, droits commeun' règle, Et l'écart entr' chacun comm' pris par un compas.

Par exempl", fallait pas, daniM q'ia chanson les quitte!. Apreuv'quequand,desfois,j'lalaissaispour prend' vent, Fs'arrêtaient d'un coup, r'tournaient l'mufle en bavant, Et beurmaient tous les deux pour en d'mander la suite.

Mais, c'est pas tout encor, dans l'air de la chanson I v'iaient d'ia même tristesse ayant toujou l'mèm' son, A ceir du vent et d'I'arb' toujou ben accordée. Mais dla gaieté? jamais i'n'en voulur' un brin !

Ça tombait ben pour moi qui chantais mon chagrin. Ya donc des animaux qu'ont du choix dans l'idée Et qu'ont l'naturel trist' puisque, jamais joyeux, Dans la couleur des bruits c'est l'noirqu'i's'aim' le mieux.

PAYSACES ET PAYSAXS

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