‹ Paysages et paysansChapitre 22 sur 121 · L1-: VIEUX HAINEUX · texte numérisé non relu

L1-: VIEUX HAINEUX

Ce mort qui vient la-bas fut un propriétaire Qui lui lit dans sa vie autant de mal qu'il put. Donc, le voilà debout, travail interrompu, Pour voir son ennemi qu'enfin on porte en terre.

Regardant s'avancer la bière, il rit, se moque. Et, tous ses vieux griefs fermentes en longueur Que son clair souvenir haineusement évoque. Un à un, triomphants, se lèvent dans son cœur

Mais, pendant qu'il ricane au défunt détesté,

La terre, l'eau, Tazur, les airs et la clarté,

Tout est amour, tendresse, oubli, calme! Il commence

A subir peu à peu cet entour de clémence ;

(5(5 l'AYSAGES ET PAYSAXS

Toujours plus la Nature, en son large abandon, Lui prêche le respect du mort et le pardon, A la miséricorde enfin son âme s'ouvre,

Et, lorsque le cercueil passe en face de lui, Il montre en son œil terne une larme qui luit. Et, coudant le genou, s'incline et se découvre.

UN DEJEUNER CHAMPETRE

La Justice tardant à faire la levée

Du cadavre lardé de coups, Les gendarmes, là-bas, mangent sur leurs genoux..

En attendant son arrivée.

L'énorme assassiné que la vermine mange Repose encore assez loin d'eux.

Il dort au fond du val son gisement hideux Entre quatre grands murs de grange.

Pourtant, de leur coté, passe claquante et lourde

Une brise d'orage où poind La puanteur subtile et de moins en moins sourde

Que le corps soufOe de son coin.

Puis, le miasme épaissit, substituant son goût

A celui de leurs victuailles :

Ils mangent du cadavre exhalant coup sur coup

Tout le poison de ses entrailles.

« Ma foi! moi j'n'v tiens plus ! dit le grand au petit : Qui diable aurait jamais cru qu'à pareill' distance Ça s'rait v'nu jusque-là nous couper l'appétit? » L'autre répond : « Pour moi ça n'a pas d'importance!

C'est vrai que l'vent, compile' du mort, Pour l'instant promène un peu fort Le désagrément d'son haleine,

Mais, on s'yhabitue a la fin...

Et, ma foi, tant pis ! j'ai si faim

Que j'mang'rai ma part et la tienne! »

Le voiturier qui vient, un grave et vieux barbon,

Conclut : « EU' s'en fout la nature, Q'ça sent'mauvais ou q'ça sent' bon !

La terr' donn' des fleurs et r'çoit d'ia pourriture. »

P.WSACtKS KT l'AY.SAXS

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