PENDANT LA PLUIE
Après une chaleurs! dure Tout se rafraîchit pour l'instant.
La pluie est absorbée autant Par le roc que par la verdure.
Terrains noirs, sillons bruns et roux, Prés et bois, les pentes, les trous, Toute la campagne qui songe S'en imbibe, la boit, l'éponge.
Les pauvres herbes altérées, Les mousses du val, du coteau, La pompent goulûment cette eau, Qui les rendra plus colorées !
Le limon fait comme le sable Restant sec sous son brillante, 11 aspire l'humidité...
Et l'ornière est inremplissable .
En haut de ce chêne une pie Savoure son humectement Avec un tel ravissement Qu'elle en parait tout ébaubie.
La bergère a quitté son arbre Pour avoir le corps plus mouillé; Là-bas un vieux, stupéfié, Dans l'immobilité d'un marbre,
Ruisselle comme les feuillages; Moi, de mon coin pierreux, j'observe les nuages, Au tintement de l'eau sur le gravier qui luit;
Et je me surprends à sourire :
Ce gazouillis claquant me rappelant le bruit Que fait l'huile fumante en une poêle à frire.
PAYSAGES ET PAYSAN s 129