LE MUTILE
« Tiens? il vous man ]ue un doigt, tlis-je au vieux menuisier, Et par quel accident? — Ah ! ça c'est un mystère Que l'on d'vait seul'ment deux emporter dans la terre, Mais j'vas l'conter à vous qu'ét' pas un potinier !
J'aimais un' fill' moqueuse et qui voulait pas d'moi. V'ià qu'ell' me ditun jour, net! pour pas que j'revienne. « Si tu te coup' un doigt, eh hen vrai ! je s'rai tienne. » Mon parti fut vit' pris, je m'couperais un doigt.
J'rentrai chez nous. C'était par un' nuit ben douce ..
J'étendis ma main gauche à plat sur l'établi,
Et d'un coup de ciseau — toc — je tranchai mon pouce.
C'que c'est! si, sus l'moment d'cogner, j'avais faibli, J'n'aurais pas eu depuis tant de bonheur dans l'ùme, Puisque cell' pour qui j'mai coupé l'doigt, c'est ma femme » !
lAYSAGES ET PAYSANS 191