‹ Paysages et paysansChapitre 89 sur 121 · LE VAGABOND · texte numérisé non relu

LE VAGABOND

Tombé, le vagabond qui rampe avec effort, S'arrête et gît agonisant Dans de la boue, Et sur sa joue De grosses larmes vont glissant; Voilà ce qu'il marmotte avant sa triste mort :

« A jeun, des heur', puis des heur', pieds nus, j'ai marché Sous l'orage grondant des cieux Couleur de suie, Et sous la pluie, Et sous réclair brûlant mes j^eux, A travers les ajoncs, la ronce et le rocher.

Je n'peux pas plus app'ler que fair' sign' de ma main, Et voici que le soir étend

I>A VsAi; l'.S KT PAYSAN:

Son drap fantôme Sus l'bois, sus l'chaunie, Sus l'guorct, l'pacagc et l'étang ; r n'ya donc plus (|'la mort qui pa^s'ra dans mon ch'min !

Je lutt' cont' le trépas, tel que 1 jour à sa fin, Comm' lui, je m'sens me consumer.

Tremblant, livide.

Mon bissac vide N"a pas de quoi me ranimer ! »

— El la nuit, dans les trous, le pauvre est mort de faim.

2iS PAYSAGES ET PAYSANS

LE GRAND-PEilE

La fille au père Pierre, avec ses airs de sainte, A si bien surveillé son corps fallacieux Que sa grossesse a pu mentir à tous les yeux ; Mais son heure a sonné de n'être plus enceinte.

Dans la grand' chambre on dort comme l'eau dans les tn Tout à coup, elle geint, crie et se désespère. On se lève, on apprend la chose. Le grand-père Continue à ronfler sous son baldaquin roux.

Mais le bruit à la fin réveille, et le voilà

Clamant du lit profond d'où sa maigreur s'arrache :

«.Pierr', quoi q'ya?-Pèr',yarinl- Si îs'passeun'chos' qu'on m

Etmap'tit' fiU' se plaint, j' l'entends ben ! quoi (ju'elle a?

PAYSAliKS ET PAYSANS 249

— ïllle a ({u'clle va faire un chaaipi ! — Le bonliomme

Prend son bdton ferré qu'il brandit en disant :

« Dans not' famill' yaura l'déshonneur à présent!

La gueus" ! vous voyez ben tous (ju'i' faut (pie j'I'assomme ! »

Et, solennel, tragique, il marche d'un pas lourd Jusqu'à la pAle enfant... mais, pendant qu'il tempête. Tendre, il lève et rabat le gourdin sur sa tète. Bien doux, frôleusement, d'un geste plein d'amour.

« R'commenc'ras-tu? fait-il, ou là, comme un' vipère,

J'te coupe en deux! j't'écras' la cervell' sur ton drap ! »

Elle gémit : « Jamais, grand-père ! »

Alors, le jeune frère égrillard qui ricane. Glapit : «Oh! q"si fait ben, grand-père, a r'commenc'ra Puisqu'elle est chaude comme un' cane! »

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