‹ Paysages et paysansChapitre 99 sur 121 · LA RONCE ET LE SERPENT · texte numérisé non relu

LA RONCE ET LE SERPENT

Foisonnantes, couvant dos venins séculaires Dans ce marécageux semis d"herbe et de rocs, Les ronces, par fouillis épais comme des blocs, Embusquaient sourdement leurs dards triangulaires.

Ah certe! Elles guettaient si bien l'occasion Du Mal, si scélérate épiait leur adresse, Que l'accrochant éclair de leurs griffes traîtresses Fut plus subtil encor que ma précaution.

J'enrageais! Quand mon pied heurte un serpent... la bête Aurait pu se venger? elle écarta la tète, Et s'enfuit d'un train plus rampant.

Allons! que ton humeur à présent se défronce, Me dis-je! — Et, j'oubliai pour un si doux serpent La méchanceté de la ronce.

LE VIEUX FUxMEUR

— (( Alors, vous avez confiance Dans les effets du tabac? — Oui! » Dit le vieil homme épanoui,

Tout goguenard d'insouciance.

— « Ah! ça fait si bonne alliance Chasse et tabac! ça m'a produit De tuer mon lièvre aujourd'hui.

Croyez-en mon expérience :

Tâcher d'acquérir l'oubliance

Du méchant regret qui vous cuit :

Jamais ne donner audience

Qu'au sentimemt qui vous séduit;

Toujours rester sourd à celui

Grognant tristesse ou malveillance ;

Amuser partout jour et nuit

Du mieux qu'on peut le temps qui fuit

C'est la véritable science.

Au tabac pour ça j'ai croyance!...

Un souci grave me poursuit?...

l'AVSAGES ET PAYSANS 273

J'en fume une... Insignifiance!

Pas trop n'en faut de clairvoyance :

La pensée use et vous conduit

A l'envie, à la méfiance.

Ma bouffarde est un bon étui

Où je visse ma conscience.

On dit que le tabac me nuit...

Eh! que m'importe? si, par lui,

J'aspire un peu de patience

Et rejette beaucoup d'ennui

Jusqu'à la mort qui nous enfouit

Dans rétcrnelle sommeillance ! »

— Ainsi parla le père Louis

Fixant sur les miens éblouis

Ses deux yeux flambants bleu faïence.

Page 1