‹ Paysages et paysans; poésiesChapitre 24 sur 123 · GENDRE ET BELLE-MERE · texte numérisé non relu

GENDRE ET BELLE-MERE

Jean était un franc débonnaire, Jovial d'allure et de ton, Égayant toujours d'un fredon Son dur travail de mercenaire.

Soucis réels, imaginaires, Aucuns n'avaient mis leur bridon A son cœur pur dont l'abandon Était le besoin ordinaire.

Je le retrouve: lèvre amère !

Ayant dans ses y'eux de mouton Un regard de loup sans pardon... Quelle angoisse ? quelle chimère ?

Quelle mauvaise fée a donc Changé ce gars ? Sa belle mère !

Il n'aurait pas connu la haine Sans la vieille au parler bénin Qui d'un air cafard de nonnain L'affligeait et raillait sa peine.

Il avait la bonté sereine Et l'apitoiement féminin.

Il n'aurait pas connu la haine Sans la vieille au parler bénin.

Aujourd'hui, la rage le mène.

Pour mordre, il a le croc canin Et son fiel riposte au venin.

Non! sans cette araignée humaine, Il n'aurait pas connu la haine!

ni

Il devint fou. Comme un bandit.

Il vivait seul dans un repaire, Ame et corps, gendre, époux et père.

Se croyant à jamais maudit.

Tant et si bien que, s'étant dit (Ju'il n'avait qu'une chose à faire :

Assassiner sa belle-màre Ou se tuer? — il se pendit!

— Au sourd roulement du tonnerre Que toujours plus l'orage ourdit, Son corps décomposé froidit.

Veillé par un spectre sévère :

Encor, toujours, sa belle-mère!*

8i PAYSAGES ET PAYSANS

La belle-mère se délecte Au chevet de son gendre mort.

Et le ricanement se tord Sur sa figure circonspecte.

Avec ses piqûres d'insecte Elle a tué cet homme fort.

La belle-mère se délecte Au chevet de son gendre mort.

Sitôt qu'on vient, son œil s'humecte.

Elle accuse et maudit le sort!

Mais, elle sourit dès qu'on sort...

Et, lorgnant sa victime infecte, La belle-mère se délecte.

Enterré, le soii% sans attendre, Sar sa tombe elle esta genoux Voilà ce qu'en son tertre roux La ct^oix de bois blanc peut entendre

(( Enfin! J'viens donc d't'y voir descendre Dans tes six pieds d'terr'î t'es dans l't'rou. Cte fois, t'es ben parti d'cheux nous, Et tu n'as plus rin à prétendre.

Rèv" pas d'moi, fais des sommeils do-ux. Jusqu'à temps q'ia mort vienn' me prendre, Alors, j's'rai ta voisin' d'en d'sous, J'manq'rai pas d'tourmenter ta cendre...

L'plus tard possible! au r'voir, mon gendre. »

Si] PAYSAGES ET PAYSANS

PEÏITLOUP

Portant sur lui de grosses sommes,

Tard, le maquignon s'en revient.

Lorsque, soudain, il est attaqué par deux hommes. D'an coup de voix stridente il appelle son chien :

K Vite à moi, Petit-Loup! » — mais rien!

Son compagnon musarde en route. .

Ei la lutte s'acharne, affreuse, on n"y voit goutte. Un dernier appel rauque : — et le marchand de bœufs Tomhe et trépasse au fond du grand chemin bourbeux. Mais, d'un train haleté que le silence écoute, Le dogue accourt, se rue, étrangle un assassin; L'autre ajuste le temps de grimper dans un arbre. Et, stupéfaits d'horreur, les gens du bourg voisin Trouvaient, le lendemain, un chien" entre deux morts, Surveillant, crocs baveux, sur un vieux cliène tors Quelqu'un juché livide et roide comme un marbre.

L'ENJOLEUR

Loin des oreilles importunes, Le gars mangeant avec le vieux, D'un ton fier et malicieux Lui conte ses bonnes fortunes, De quelle sorte il fait sa cour, Et ce qu'il pense de Tamour.

(( Oui! j'ai tout' les fiU', mon pèr' Jacques N'import' laquell', quand j'ia veux bien! L'ignorant', l'instruit', cell' qui s'tient, Gomm' la dévot' qui fait ses pàques.

Q'ça soit l'cœur ou TDiab' qui s'en mêle, L'amour comm' la n>ort prend chacun.

Si deux corps d'vaient pas en fair' qu'un Yaurait pas des mal' et des f'melles!

Cont' le sang, s'i' veut qu'on s'unisse, Tout' les plus bonn' raisons val' rin : l mèn' le gars comme un taurin Et la puceir comme un' génisse.

Yen n'a pas un' qui n'rév' d'un homme, D'un qu'eir connaît pas, mais qu'ell' sent; Pas un' qui n's'endorme y pensant.

Et qui n'y r'pense après son somme!

Les difficil' sont cell' qui s'parent, Dans' entre ell', s'distraient des garçons, Les accueil!' avec des chansons, Comme avec des rir' s'en séparent.

Oui! mais aux sons d'Ia cornemuse, J'balifole à leur volonté...

Et j'mets tant leur mine en gaieté Que jTinis par la rend' confuse.

En fait d'pucell', viv' l'eau dormante La courant' n'a pas l'temps d'songer, Tandis que Taut', sans s'défiger, Ça n'pens' qu'au mal qui la tourmente,

L'désir amoureux s'y mijote, Quoiqu'eir n'en desserr' pas les dents... On verrait d'sus c'qu'éll' pense en d'dans : C'est pour ça q'si ben ça s'cachotte.

C'est s'ion, c'est moins ou davantage, Mais tout' fiir, son sexe la tient.

L'amour y dort : un garçon vient...

Qui réveille à son avantage.

C'est c'quej'fais! Ell's ont beau s'défendre Moi, j'ai la natur' dans mon jeu, J'gratt' la cendre etj'découv' le feu; Seul'ment i' faut savoir s'y prendre.

Faut choisir son jour et son heure, La saison, l'endroit, pas s'presser.

Ça dépend 1 j^en a q'faut forcer!

Ces fois-là sont p'tèl' les meilleures.

A la façon d'trousser sa jupe, D'arranger ses ch'veux sous l'bonnet, A la march', surtout, on r'connaît L'temps qu'on mettra pour faire un' dupe.

Avec le:< joyeus" j-e sais rire, Avec les Irist' je sais pleurer, Tout en m'taisanfc, j'sais soupirer Avec cell' qui n'ont rien à dire.

J'not' leur air franc ou saint'nitouche, Leur genre de silence ou d'caquet, L'sec ou Tmouillé d'ieurs deux quinquets, Comm' l'ouvert ou l'pincé d'ieur bouche.

J'examin' cell' qui sont heureuses D'portèr, au cou, des p'tits enfants.

L'instinct d'èt' mèr' suffit souvent Pour qu'un' fiU' devienne amoureuse.

J'suis timide avec la pimbêche, Rapide avec cell' qu'a du sang, Et, toujours, les contrefaisant, Ya pas d'danger q'j'évent' la mèche!

J'prends.leur humeur, j'flatt' leur manie, EU' chang' d'avis, moi pareiirment> Je n'ieur donn', sans jamais d'gèn'ment. Q'du plaisir dans ma compagnie.

PAYSAGER ET PAYSANS 01

Au fond, je mMis et ça m'amuse :

Que j'suis pas plus menteur, vraiment!

Qu'ell's autr' qui mVoudraient pour amant Et qui font cell'-Ià qui me r'fusent.

C'est mes r'gards seuls qui leur demandent G'quej 'désir' d'ell'. Ma bouch', ma main, Seul'ment commenc' à s'mettie en ch'min. Quand leurs yeux m'dis' qu'ell' les attendent.

Dans ma prunell' qui leur tend l'piège R'culant d'abord elT veul' pas s'voir, Et puis, ell' s'y mir', sans pouvoir S'désengluer du sortilège.

La berger' sag', la moins follette, J'I'endors! qu'elle en làch' son fuseau,., Comm' l'aspic magnétis' l'oiseau, Comme un crapaud charme un' belette.

C'est pourquoi, la pauvress', la riche, Tout' fille, à mon gré, m'donn' son cœur! Ma foi ! j'me fie à ma vigueur, J'en ai ben trop pour en êtr' chiche !

D'autant plus que j'peux pas leur nuire. Personn' sait q'moi q'j'ai leur honneur El j'ai la chanc', pour leur bonheur, D^ libertiner sans r'produircî ^>

Et le bon vieux dit : « Tu caus' ben...

Quoiqu'ça peut ètr' de la vant'rie.

Moi non plus, pour la galanterie,

A ton âg' j'étais pas lambin.

Aussi vrai q'tous deux on déjeune

Tu t'amus'ras jamais plus jeune!

Ta folie est c'que fut la mienne.

Tu brilir, mais glaçon tu d'vieudras.

Crois-moi : prends-en l'plus q'tu pourras!

Ça t'pass'ra avant q'ça m'revienne! »

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