‹ Paysages et paysans; poésiesChapitre 4 sur 123 · LA PETITE SOEUR · texte numérisé non relu

LA PETITE SOEUR

En gardant ses doiize cochons Ainsi que leur mère qui grogne, Et du groin laboure, cogne, Derrière ses fils folichons,

La sœurette, bonne d'enfant, Porte à deux bras son petit frère Qu'elle s'ingénie à distraire.

Tendre, avec un soin émouvant.

C'est l'automne : le ciel reluit. Au long des marais de la brande Elle va, pas beaucoup plus grande.

Ni guère plus grosse que lui.

14 l'AVyA(;ES ET PAYSANS

Ne s'arrcHant pas de baiser La petite tète chenue, Sa bouche grimace, menue.

Rit à l'enfant pour l'amuser.

Elle lui montre le bouleau ; Et lui dit : « Tiens ! la belle glace! » Et le tenant bien, le déplace Pour le pencher un peu sur l'eau.

Et puis, par elle sont épiés Tous les désirs de ses menottes Elle chatouille ses quenottes.

Elle palpe ses petits pieds.

Sa chevelure jaune blé Gazant son œil bleu qui l'étoile, Contre le soleil fait un voile.

Au baby frais et potelé.

Ils sont la, parmi les roseaux.

Dans la Nature verte et rousse.

Au même titre que la mousse, Les insectes et les oiseaux :

PAYSAGES ET PAYSANS lo

Aussi poétiques à l'œil.

Vénérables à la pensée !

Double âme autant qu'eux dispensée De l'ennui, du mal et du deuil!

Par instants, un petit cochon.

Sous son poil dur et blanc qui brille Tout rosâtre, la queue en vrille.

Vient vers eux d'un air drôlichon.

Il s'en approche, curieux.

Les lorgne comme deux merveilles.

Et repart, ses longues oreilles Tapotant sur ses petits yeux.

Et puis, c'est un lézard glissant.

Ou leur chienne désaccroupie, Eternuant, tout ébaubie.

Pendant son grattage plaisant.

Alors la steur dit au petiot Dont l'œil suivait un vol de mouche {{ Regarde-la donc qui se mouche (( Et qui s'épuce — la Margot! »

]«'. I'AVS.\(;Es Kl' PAYSANS

Au souffle du vent careFseur Chacun fait son bruit monotona ; Ce qu'elle dit — ce qu'il chantonne Mi^me vague et même douceur!

Entre des vols de papillons Leur murmure plein d'indolence S'harmonise dans le silence Avec la chanson des grillons.

Mais le marmot que le besoin Gouverne encore h son caprice Crie et réclame sa nourrice En agitant son petit poing.

Ses pleurs sont à peine séchés Qu'il en reperle sur sa joue... La sœurette lutine et joue Avec ces chaurins si légers.

A mesure qu'il geint plus fort.

Que davantage il se désole.

Sa patience le console Arec plus de sourire encor.

Le tourment de l'enfant navré A grossi les larmes qu'il verse...

Elle le berce — elle le berce, Le pauvre tout petit sevré!

Elle l'appelle « son Jésus! »

Le berce encore et lui reparle.

Tant qu'elle endort le petit Chnrle.

Mais l'cige reprend le dessus,,

Elle est fatiguée,, elle a faim.

Elle va comme une machine.

Renversant un peu son échine Sous ce poids trop lourd à la fin

L'enfant recommence à crier :

Sa sœur met sa force dernière A le porter — taille en arrière Que toujours plus on voit plier.

C'est temps qu'il ne dise plus rien !

Sur sa capote elle le pose, Et pendant qu'il sommeille, rose.

Elle mange auprès, va, revient.

D'un pied mutin, vif et danseur.

El quand le petiot se réveille, Il retrouve toujours pareille La Maternité de sa sœur.

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