LA PLAINE
Cette plaine sans un chemin Figure au fond de la vallée La solitude immaculée Vierge de tout passage humain.
Presque nue, elle a du mystère, Une étrangeté qui provient De ses teintes d'aspect ancien Et de son grand silence austère.
Une brise lourde, parfois,
Y laissant sa longue traînée,
Elle exhale l'odeur fanée
Des vieux vergers et des vieux bois.
180 PAYSA(ÎES ET PAYSANS
L'effilé, le cataleptique
De ses arbrisseaux, les vapeurs
De son marécage en torpeur
Lui donnent comme un air mystique.
Dans le joiu^ si pur qui trépasse, Entre ses horizons pieux, Elle est pour le cœur et les yeux Un sanctuaire de l'espace.
Sous ces rameaux dormants et grêles
On rêve d'évocations,
De saintes apparitions.
De rencontres surnaturelles.
C'est pourquoi, deux légers oiseaux S'étant à l'improviste envolé des roseaux Et s'élevant tout droit vers la voûte éthérée,
A mesure que leur point noi*" Monte, se perd, s'efface... on s'imagine voir Deux c\mes regagnant leur demeure sacrée.
paysa(;es et paysans 137