‹ Paysages et paysans; poésiesChapitre 57 sur 123 · BON FRERE ET BON FILS · texte numérisé non relu

BON FRERE ET BON FILS

Le notaire dit : a Jean ! il s'agit d'un partage.

Votre frère, passé pour mort,

Authentiquement vit encor.

Vous êtes maintenant deux pour votre héritage.

— Ça s'rait-il Dieu possibr?ah ben! grommelle Jean,

Faut partager l'bien et l'argent?

Moi qui croyais mon frèr' si poussier' dans sa fosse !

Mais p'ét' ben q'ia nouvelle est fausse?...

— Vous auriez tort d'émettre un doute.

Ricane le tabellion. »

— D'môt' cru seul héritier? maint'nant c'que ça m'en coûte] On l'disaitmort défunt: j'ai pas eu d' réflexion.

Et, d'ordinair', c'est pas c'qui m'manque. Si j'avais pu m'méfier, d'un' ressuscitation, Mon pèr' m'eût fait d'ia main à la main donation

Dses ëcus et d'ses billets d'banque ;

Pas seurment ça, ben encor mieux !

Comme à volonté je m'nais Fvieux,

Terr' et prés j'y faisais tout vendre, Et, faisant argent d'tout, ainsi j'pouvais tout prendre! C'est fort tout d'mêm'! mon frèr', rien q'pour m'embarrasser;

Qui s'avis' ben d' détrépasser !

C'iui q'était notaire a,vant vous

Il disait : a Faut sTier à personne :

Les morts vous tromp' comme les fous. »

Enfin, j'peux pas dir' que j'm'en fous,

Mais, ça yest... Faut que j'me raisonne! Pourtant, puisque mon frère est un ch'ti mort qui r'vient

Pour partager c'qui m'appartient.

Alors, i'm'compens'ra, j'espère.

Moitié de c'qu'a coûté mon père

Pour sa bière et son enterr'ment. ))

Et puis, tout bonhomiquement.

Il ajoute : (( Mon Dieu, six francs? c'est pas un' somme! J'y pay'rai ben tout seul ses quat'planch'à c'brave borame. )

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