‹ Paysages et paysans; poésiesChapitre 63 sur 123 · LA FEMME STÉRILE · texte numérisé non relu

LA FEMME STÉRILE

Ses jupons troussés court comme sa devantière, Sous ses gros bas bleus bien tirés Laissant voir ses mollets cambrés A mi-chemin des jarretières, S'en vient près du vieux cantonnier La femme rousse du meunier :

Cheveux frisés sur des yeux mièvres, Blanche de peau, rouge de lèvres, Le corsage si bien rempli Qu'il bombe aux deux endroits, sans pli» Cotillon clair moulant énormes Le callypige de ses formes.

Voilà ce qu'elle dit alors au père Pierre En train de casser de la pierre :

« Voyez ! si Ton n'a pas d'malheur, Et si n'faut pas que Fdiab' s'en mêle! J suis pourtant un' solid' femelle, En plein' force et dans tout' sa fleur,

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Eh ])en ! yaura six ans à PAqiios Que j'somm' mariés, et q'tels qu'avant, Nous pouvons pas av^oir d'enfant !

Ça s'ra pour c'te fois, disait Jacques,

Mais toujou sans p'tit le temps passa... Et qu'on en voudrait tant un ! Dame ! C'est pas d'not' faut* ! l'homme et la femme On fait ben tout c'qui faut pqur ça.

J'ai fait dir' des mess' de pèl'rins, Brûler des cierg' aux saints, aux saintes. Dans des églis' en souterrains, Mais ouah ! j'suis pas d'venue enceinte.

Les prier' ? les r'mèd' de tout' sorte ? Méd'cins? Curés? n'm'ont servi d'rin.

J'suis tell' comme un mauvais terrain Qu'on ens'menc' ben sans qu'i' rapporte.

Et vrai ! C'est pourtant pas qu'on triche ! Mais, des fois, vous q'èt's' un ancien. Si vous connaissiez un moyen?

Faut me l'donner ! mon pèr' Pierriche. »

Alors, le vieux lAchantsa masse, A genoux sur son tas, voûté, Lui répond avec la grimace Du satyre qu'il est resté,

La couvant de son œil vert brun Qui lèche, tâte, enlace, vrille :

(( Sais-tu c'que t'as à fair', ma fille? Eh ben ! faut aller à l'emprunt. »

Et la meunière aux yeux follets, Qui sait ce que parler veut dire, S'écrie en éclatant de rire :

« Vous seriez Tprêteur, si j 'voulais.

Hein ? fiez-vous donc à c'bon apôtre ! Mais j'veux pas d'vous, vieux scélérat! » Et lui : « T'as ma r'cett' qui pourra P't'êt' ben t'servir avec un autre. »

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