LE SOLEIL
Le Soleil est le tout-puissant Qui féconde, en éblouissant, Plaines, coteaux, monts et vallées Les immensités étalées Sous leur plafond d'azur luisant.
Il éclate retentissant Jusqu'aux ravines désolées, Fait les terres bariolées, llend irisé, phosphorescent, Le dos houleux des mers gonflées.
Il trouve tout obéissant :
Bois enfouis, roches voilées, Les eaux courantes ou gelées, Et l'ombre elle-même le sent.
Au zénith d'où vont jaillissant Ses lumières immaculées, Fixe il trône! et, quand il descend Dans l'air frais, par lui rougissant, Il jette aux profondeurs troublées Ses deux grandes pourpres mêlées Celle du feu, celle du sang.
Le Soleil est le tout-puissant!
2'l PAYSAGES ET PAYSANS
LE PEllE ELOI
Une nuit, dans un vieux cimetière pas riche, Ivre, le père Éloi, sacristain-fossoyeur, Parlait ainsi, d'un ton bonhomique et gouailleur. Gesticulant penché sur une tombe en friche :
({ Après que j'suis sorti d'I'auberge
En sonnant l'Angelus^ à c'soir,
J'm'ai dit comme' ça : Faut q'jaill' la voir
Au lieu d'y faii' brûler un cierge !
J'te dérang' ! Sous l'herbe et la ronce T'es là ben tranquille à r'poser ; Bah t tout seul, un brin, j'vas t'causer : T'as pu d'iangu', j'attends pas d'réponse.
T'causer? T'as des oreill' de cend'e...
Et t'étais sourde avant l'trépas.
Mais, quéq' ça fuit q'tii m'entend' pas. Si mon idée est q'tu m'entendes.
J'pense à toi souvent, va, pauv' grosse, Beaucoup le jour, surtout la nuit, Dans la noc' comme dans l'ennui, Que j'boiv' chopine ou creuse un' fosse.
J'me saoul' pas pu depuis q't'es morte Que quand t'étais du monde. Enfin, C'est pas tout ça! moi, j'aim' le vin, J'peux l'entonner puisque j'ie porte.
Fidèr? là-d'sus faut laisser faire Le naturel ! on n'est pas d'bois...
C'que c'est ! j'y pens' pas quant e' j'bois. Quant' j'ai bu, c'est une aut' affaire !...
Si j'en trouve un' qu'est pas trop vieille, Ma foi! j'vas pas chercher d'témoins!
Pourtant, l'âg' yétant, j'pratiqu' moins La créatur' que la bouteille.
Bah! je l'sais, t'es pas pu jalouse Oue ceir qu'a pris ta succession.
Es' pas q j'ai ton absolution?
Dis? ma premier' défunte épouse?
Des services? t'as ma promesse Que j'ten frai dir' par mon bourgeois.
Quoiq'ça, c'est inutil' : chaqu' fois, J'ie r'command' en servant sa messe.
J'voudrais l'donner queq'chos' qui t'aille Qui qui t'plairait? qu'est-c'que tu veux? Un' coi(r? mais, tu n'as pu d'cheveux.
Un corset ? mais, tu n'as pu d'taille.
Un' rob' ? t'es qu'un bout de squelette. Des mitain'? T'as des mains d'poussier.
Des sabots garnis ? t'as pu d'pieds.
Faut pas songer à la toilette !
Tdonnerà manger? bon! ça rentre...
Mais, pour tomber oiî? dans quel sac?
Puisque tu n'as pu d'estomac, Pu d'gosier, pu d'boyaux, pu d'ventre
paysa<tKs et paysans '27
DTargent? mais, dans ton coin d'cimetière Que q't'ach't'rais donc ? Seigneur de Dieu ! Allons 1 liens ! pour te dire adieu J'vas t'fair' cadeau d'un' bonn' prière.
Si ça t'fait pas d'bien, comm' dit l'autre, Au moins, ben sûr, ça t'fra pas d'mal. Mais, tu m'coût' pas cher... c'est égal! Tu la mérit' long' la pat'nôtre ! »
Or, en fait d'oraison longue, le \âeux narquois Partit tout simplement, sur un signe de croix, Grognant: «C'est tard ! tant pis, j'ai trop soif, l'diab' m'emporte J'vas boire à la santé de l'ànae de la morte. »
•^8 l'AYSAGEi^ K'L' PAYSANS
L'ILE VEIITE
Des ruisseaux un déluge a fait de lourds torrents Qui roulent, pêle-mêle, écumeux, dévorant L'étendue, au travers des landes, des pacages. Et chansreant en lacs fous les stai>nants marécaûres.
Mais l'eau dort plate autour d'un grand tertre escarpé, Tout hérissé de bois. Lent, le soir est tombe. Dans l'air mort, où s'ébauche un soupçon de tonnerre, Rôde, vitreux, magique, un jour de luminaire.
Et, lorsqu'au plus épais d'une torpeur d'extase Un crapaud, goutte à goutte, épand son fin solo, C'est du rêve de voir à cette unique phras(i
Surgir une île verte en des profondeurs brunes, Entre le blanc du ciel et le jaune de l'eau. Sous le diamanté njse et bleu de la lune!