‹ Paysages et paysans; poésiesChapitre 83 sur 123 · LE CENTENAIRE · texte numérisé non relu

LE CENTENAIRE

Près du laboureur poitrinaire, Devant sa porte, au jour tombant.

Est venu s'asseoir sur son banc Le patriarche centenaire.

Et, comme le gars se désole,

Dit qu'on va bientôt l'enterrer.

L'ancêtre, pour le rassurer.

Lui répond : « T'es jeun', ça m'console.

Ton temps est pas v'nu d'dire adieu A tout' les bell' choses de la vie.

L'soleil, l'air, te r'meltront; j'mefie A ces grands méd'cins du bon Dieu.

L'hiver, l'arbre est en maladie, r n'a plus d'oiseaux ni d'couleurs.

Mais, i' r'prend ses musiq', ses fleurs : G'n'cst que d'ia nature engourdie.

Et puis, pour les tiens, d'si brav' gens. Qui sont pas avancés d'argent.

Faut q'tu viv' ! t'es utile encor.

Tandis q'moi, tant d'àg' me suffit.

Maint'nant, plus à charg' qu'à profit, J'suis assez vieux pour faire un mort ! »

EVOCATIONS

Je vis un gros corbeau, déployant son orgueil. Qui jouait de la griffe et claquetait des ailes A terre, avec un bruit de lugubres crécelles. Et je me dis : « C'est le grand deuil ! »

Un peu plus loin, je vis, m'épiant d'un coup d'œil. Une pie occupée à s'aiguiser le bec.

Puis, allant et venant, d'un sautillement sec. Je me dis : « C'est le demi-deuil ! »

Enfin, d'une couleur plus pâle que les cierges. Surgit, me sembla-t-il, le prince des hiboux. Et je dis : « Ce deuil-lh, le plus triste de tous. C'est le deuil pur et blanc des Vierges! »

PAYSAGES ET PAYSANS 2â0

Ces trois rencontres successives, M'arrivant par un soir d'hiver, Laissaient en cet endroit désert ^ Ma vue et mon âme pensives,

Lorsqu'à petits vols grelottants, M'apparut un pinson cherchant sa nourriture : Et, joyeux, je songeai que, bientôt, le printemps

Ressusciterait la nature.

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