‹ Pedro Berruguete et les portraits d'UrbinChapitre 1 sur 15 · ET LE STUDIO DU PALAIS DUCAL D’URBIN · texte numérisé non relu

ET LE STUDIO DU PALAIS DUCAL D’URBIN

AUrbin, la petite ville si joliment située sur les contreforts orientaux de l’Apennin, régnait, dans le deuxième quart du XVe siècle, un prince inique et sanguinaire, Oddantonio da Montefeltro, lequel fut assassiné par ses sujets révoltés le 21 juillet 1444. Porté au pouvoir par le peuple urbinate, son frère adultérin, Federigo, se montra à tous égards digne de ce choix: homme de premier ordre, intelligent et énergique, il réunissait toutes les qualités d’un prince brillant et aimé de ses sujets, qu’il gouvernait avec un grand esprit d’équité et de générosité.

Elève du fameux théoricien militaire Niccolo Ficcinino, il fut le premier condottiere de son temps, se vantant d’ailleurs de ne combattre que pour des causes justes. Sa carrière militaire ne connut que des victoires: Cesano, Fano, Molinella, Volterra; il devint capitaine général de trois papes, de deux rois de Sicile, de deux ducs de Milan et de la seigneurerie de Florence et la ligue qui groupa contre Venise le duc de Milan, le roi de Naples et la république de Florence, lui décerna le titre àdmperator Italicae Conjederationis.

Or, ce prestigieux homme de guerre était doublé d’un lettré et d’un mécène. Il avait été formé par l’humaniste Vittorino da Feltro, rassembla la plus importante collection de manuscrits qu’il y eût alors en Italie et aimait à s’entourer de savants et d’artistes. Sa seconde épouse, Battista Sforza, elle-même élevée par un humaniste notable,

partageait ses goûts et, sous leur direction, la Cour d’Urbin acquit bientôt dans toute l’Italie un renom de culture et de courtoisie: elle passait pour être le plus parfait foyer de « gentilezza » .

Ce prince accompli avait le goût de la magnificence. Il entreprit de remplacer le vieux château de sa famille par un palais splendide et, pour cela, fit choix du grand architecte dalmate Luciano di Laurana, qu’il avait rencontré à la Cour de Mantoue en 1465. Celui-ci travailla à Urbin jusqu’en 1472 et y construisit la première « reggia », le premier palais d’aspect royal, de la Renaissance italienne.

Pour le décorer Federigo fit appel à des artistes et artisans de tous genres: peintres, stucateurs, marqueteurs, tapissiers, etc.

Dans ce palais, il s’attacha à installer dignement sa chère bibliothèque. Outre la grande salle du rez-de-chaussée appelée à la contenir, il choisit à l’étage un cabinet de petites dimensions pour son usage personnel: son « studio », et voulut dans celui-ci rappeler la mémoire des grands esprits de tout ordre et de tout temps qui avaient illustré la théologie comme la pensée profane, l’Eglise chrétienne comme l’Ancien Testament, la scolastique comme l’antiquité païenne, la poésie, les sciences, l’humanisme contemporain.

Il se fit sans doute aider des lettrés de son entourage pour composer la liste de ces personnages exemplaires dont les images entoureraient ses méditations et ses lectures. Cette liste comprenait vingt-huit noms et Federigo se mit en quête d’un peintre pour réaliser son projet.

Le bibliothécaire florentin Ve spasiano de’ Bisticci rapporte que le duc voulait un peintre sachant bien peindre à l’huile sur panneau et que n’en trouvant pas dans son entourage, il dut en faire chercher un en Flandre; qu’il le chargea de diverses commandes, entre autres des portraits des docteurs, des philosophes et poètes, outre son propre portrait (0.

(1) « Nella pittura n’era (Federigo) intendentissimo, e per non trovare maestri a suo modo in Italia che sapessino colorire in tavola ad olio, mandô in fine in Fiandra per trovare un maestro solenne e fello venire a Urbino, dove fece fare moite pitture de sua mano solennissimi, e maxime in uno estudio, dove fece dipingere i filosofi e poeti e tutti i dottori délia Chiesa cosi greca corne latina, fatti con un maraviglioso arteficio; ritrassevi la sua signoria al naturali che non gli mancava nulla se non lo spirito. »

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