SCÈNE IV
NIAISOT, JACQUINETTE; DON ARMADO, PAPILLON,
cachés.
NIAISOT, poursuivant Jacquinette.
Fi, la laide! fi, la friponne!
Qui garde tout ce qu on lui donne,
Sans en rendre rien à personne!
JACQUINETTE.
Ce qu’on vous donne est bien donné;
A le rendre est-on condamné?
NIAISOT, la saisissant par la taillo.
Un baiser en vaut bien un nuire.
JACQUINETTE,^ dégageant.
Prends le tien; nous gardons le nôtre.
(ils so poursuivent.)
ARMADO, bas.
Jolis youx et minois charmant!
PAPILLON, de même.
L’autre n’a pas les mains en poche.
DON ARMADO.
C’est la nièce du vieux Caboche,
Le garde-chasse?
PAPILLON
Justement.
L’autre est fils du maitre d’école.
PEINES D’AMOUR
NIAISOT, rattrappant Jacquinette.
Je te tiens!
JACQUINETTE.
Non pas!
NIAISOT, l'embrassant.
Vois plutôt!
Du diantre si l’oiseau s'envole!...
(Il la serre dans ses bras.)
Ah ! Jacquinette!
JACQUINETTE.
Ah ! Niaisot!
DON ARMADO, b part.
Par Jupiter! J’ai l’air d’un sot.
NIAISOT.
Viens nous asseoir là, sous cet arbre...
DON ARMADO, h part.
Corbleu t je ne suis pas de marbre 1
NIAISOT.
Approche encor!... Causons un peu.
(il l'embrasse.)
DON ARMADO.
Leurs baisers me mettent en feu !
(S’avançant brusquement.)
Holà! holà!... qu’on les sépare!
NIAISOT, se levant.
Hein !
DON ARMADO.
Trêve à vos jeux malséants!
Au nom du prince de Navarre, Seigneur et maître de céans,
Heureux coquins... je vous arrête!
NIAISOT et JACQUINETTE.
A l’aide! au secours!
DON ARMADO.
Qu’on me prêle
Main forte!... En prison!... en prison!
NIAISOT, criant.
Je n’ai rien fait de malhonnête!...
(Entre Caboclie.) DON ARMADO.
Caboche, tenez cet oison !