I.A PRINCESSE
Comment? — Est-ce noire féal Qui parle ainsi du sang royal ?
LE SÉNÉCHAL
Je voudrais y mettre les formes D’un langage moins familier;
Mais de quel mot qualifier Des monstruosités énormes?
LA PRINCESSE
Monstruosités ! *
LE SÉNÉCHAL
Je l’ai dit.
L’épouvanle est dans la province !
LA PRINCESSE
Faites-vous comprendre!
LE SÉNÉCHAL
Le prince
Vient de promulguer un édit Qui défend d’aimer à la ronde Dame ou bergère, brune ou blonde,
Dans tous le pays d’alenlour.
Les plaisirs ont fui celle cour,
Aux noirs ennuis laissant la place;
El c’est dire qu’on vous en chasse,
Puisqu’on en exile l’Amour!
LE PRINCESSE
Charmant! — Le prince de Navarre Devrait prendre leçon de vous!
llOSALINE.
Voilà certe un édit barbare!
Je comprends comme autour de nous Il change les hommes en loups !
PEINES D’AMOUR
Et, contre ce décret bizarre,
Aucun seigneur n’a protesté?
LE SÉNÉCHAL
Aucun.
ROSALINE
C’est pousser à l’extrême La faiblesse ou l’austérité!
LA PRINCESSE
Quoiîmessire Biron lui-même?...
LE SÉNÉCHAL
Il s’y soumet avec gaité.
ROSALINE, à la princesse.
La plus vulgaire politesse Voudrait du moins qu’il fit semblant De s’y soumettre avec tristesse; Avec'gailé n’osl pas galant.
LA PRINCESSE
Le trait, je l’avoue, est sanglant.
(Au sénéchal.)
Mais à ce compte, Son Altesse Ne veut donc pas me recevoir?
LE SÉNÉCHAL
Il vous assigne pour demeure Ce palais, et veut, tout à l’heure, Madame, vous y venir voir Avec les seigneurs de sa suite.
LA PRINCESSE
Fort bien! — Nous saurons accueillir Le prince, comme il le mérite !
(Bas à Rosalinc.)
C’est à nous de ne pas faillir A notre dignité de femme!...
ROSALINE
Je suis de votre avis, madame!