‹ Peintures antiques de vases grecs de la collection de Sir John Coghill bartChapitre 4 sur 40 · PLANCHES VI. ET VIL · texte numérisé non relu

PLANCHES VI. ET VIL

Les mythologues anciens ont beaucoup varié sur la naissance de Vulcain, et sur les motifs qui le firent exiler du Ciel. Les uns le disent né de Jupiter et de Jnnon , mais avant leur mariage ' ; d’ autres siqiposent , que Junou l’ enfanta toute seule sans la 23articipation ’ de Jupiter .

Suivant Ajiollodore ^ , Jujilter irrité contre Jnnon , qui avoit suscité un orage terrible contre la flotte d’ Hercule , la suspendit du haut de T Olynqie . Vulcain ayant voulu délivrer sa mère, Jupiter le jiréci^iita du ciel , et le fit tomber dans l’ île de Lemnos , les Sintiens qui y habitoient alors le reçurent dans sa chute , et lui sauvèrent la vie . Homère suit cette tradition dans le premier livre de r Iliade ^ . Mais dans le dix-huitième ^ , il en adojvte une tout-à fait ojvposée , et raconte , que Jnnon honteuse de la laideur du fils qu’ elle venoit de mettre au jour , le précipita du ciel , et qu’ il fut reçu dans sa chiite jiar Thétis , et Eurynomè fille de l' Océan , qui lui sauvèrent la vie i .

Vulcain irrité contre sa mère de ce traitement cruel , voulut s’ en venger ; à cet effet , il fit des sièges d’or jjour tous les Dieux , mais celle de Junon contenoit des ressorts secrets ® ; à-jjeine la

(1) IIoMER. Iliad. lih. i. s<ers. 5j8. Scliùl. in Homer. lih. I. vers. 6og.

(2) Apollodorus . lih. I. cap. iii. 5. Hesiod. Theogon. vers. 327.

(3J Apollodorus . lih. i. cap. iii. Schol. in Honier. Iliatl. lih. i. vers. 609.

(4) lIoMER. Iliad. lih. i. vers. 586 - 594.

(5) f'ers. 586 - 594.

(6) Fers. 395. Homère suit encore celte tradition dans son Hymne à Apollon, vers. 3i6.

(7) On ne peut pas conclure de ces deii.x récits d’ Homère , que Vulcain ait été deux fois précipité du Ciel : aucune autorité ne vient à 1’ appui d’ une pareille opinion .

Ou sait qu’ il exisloit une grande variété de traditions différentes des fables anciennes . Homère en rapporte deux relatives à Vulcain, sans s’ einbarasser de leur contradiction . On trotive dans ses ouvrages d’ autres exemples de celle espèce .

(8) Suidas , J'i cNg-ftovi . Plato , de Legib. cap.ii.

Déesse y fut-elle assise , qu’ elle s’ y trouva encliainée , et suspendue dans les airs ' . Vulcaiii seul avoit le pouvoir de la délivrer; mais ce fût en vain que Jupiter voulut l’y engager, il resta toujours inexorable . Bacchus en qui seul Vulcain avoit confiance s’ étant enfin rendu auprès de lui , et l’ ayant enivré , l’ amena dans cet état dans l’ assemblée des Dieux , où , séduit par les promesses de Jupiter , il consentit enfin à délivrer sa mère .

Le retour de Vidcain dans le Ciel représenté dans deux peintures du temple de Bacclius situé j’rès du théâtre à Athènes forme le sujet de la Peinture Planche VI. La marche est ouverte par le Satyre Marsyas mapïtas jouant de la double flûte , dont quelques-uns lui attribuent l’invention®. Il est couronné de lierre, et porte une peau de panthère jetée sur ses épaules .

Marsyas est suivi de la Comédie ® KninmAiA , figurée comme une Alænade , tenant la coupe appelée canthare , et un thyrse ou férule : elle est vêtue d’ une tunique plissée 1 , et sa tête est ceinte de lierre . La Comédie est une compagne parfaitement convenable à Bacchus , qui fiit considéré comme l’ inventeur de l’ art théâtral *. Les anciens ont quelquefois personifié la Comédie s , et l' ont distinguée de Thalle la Muse comique .

Bacchus AI0NT20S suit , tenant un thyrse , et le canthare dont il laisse couler le vin , action peut-être symbolique des dons que ce dieu verse sur la terre; ses longs cheveux flottent sur ses épaules; il est représenté avec une forte barbe ; son vêtement est une tnnique plissée rélevée jusqu’ aux genoux pour faciliter ses mouvemens . Un manteau léger comme celui à l’ usage des femmes est plié , et rejeté en arrière retombe sur ses bras ; sa tête est ceinte du credeinnon , ses pieds sont chaussés de cothurnes formés de peaux de faon

(i) Uti beau vase du Musée Britannique représente Jimon retenue par Vulcain dans une chaise d’or avec des liens invisibles , et délivrée par Mars. Mazzochi Tab. Hcracl. pa^. 137. Museo Pio Clem. tom. iv. p. 20.

(а) Paüsan. lib. i. cap. 20. Arislides . Orat. in Bacchum , pag. 29. Edit, Jebb.

(3) Pausajj. loc. cit.

(4) Celte peinture à été publiée par M. Millin. Peintures de Vases . tom, i. pl. ix.

(5j Athenæus . lib. IV. cap. 82.

(б) L’iota est écrit ù coté de l' oméga au lieu d’ être

souscrit . Usage qui se remarque souvent dans les inscriptions êt les médailles .

(7J Xirwr ^TflAicTcrtrijç . PoLLUX. lib. vii. cap. xiii. 54rS) Athenæüs . lib. II. cap. 3. Lücian. in Promelheo. Schol. Aristoplianis ad Raiias , vers. 546.

(9) Dans le bas-rélief représentant l’Apothéose d’Homère , on voit la Comédie et la Muse Thalic , figurées séparément .

(10} Le cothurne étoit la chaussure particulièrement attribuée à Bacchus . Pausanias décrivant une statue de Jupiter Philius , représenté avec les attributs de Bac-

avec le poil en dedans , chaussure en usage encore aujourd’ hui parmi les gens de campagne en Italie .

Vnlcain termine la marche , il est reconnoisahle non seulement à l’ inscription maktos , mais à sa hache , et au pilous dont sa tète est coiffé . 11 est vêtu d’ une tunique de peau comme celles que portoicnt les ouvriers. L’action et la marche de Vnlcain, et des autres personnages, indique bien l’état d’ivresse décrit par les auteurs précédemment cités .

Il y a eu encore d’autres rapports entre \ulcain et Bacchus . Lors de la guerre des géants ‘ , ils allèrent au secours des dieux , accompagnés des Satyres, et montés sur des ânes; à-peine les deux années furent-elles en présence , que les ânes s’ étant mis à braire , les géans en furent tellement éjjouvantés , qu’ ils prirent aussitôt la fuite . C’ est vraisemblablement à celte fable que doivent se rapporter deux peintures publiées par “ Tischbeiu , qui représentent Vulcain ^ monté sur un âne , et accompagné de Bacchus .

La grâce, l’expression, et le sentiment qui régnent dans cette composition , ne permettent pas de douter qu’ elle ne soit une copie de quelque ouvrage célébré de l’ antiquité . L’ exécution en a été aussi confiée à une main habile, et on y remarque une correction qui ne se retrouve que rarement dans les peintures de Vases .

La peinture du revers , Planche VIL d’ une exécution beaucoup inférieure , offre un entretien de trois éphèbes enveloppés dans leurs manteaux ; sujet qui se retrouve si fréquemment sur la jîartie opposée des vases , et qui indique peut-être qu’ ils étoieut destinés à servir de prix ^ aux jeunes gens qui se distingoient dans les exercices du gymnase . Le vase dont la forme se volt au bas de la planche , a été trouvé dans les environs de Nola .

chus , dit , qu’ il etoit chaussé de coiliurnes et qu’ il portoit un Uiyrse et une coupe, lih. \iu. cap. 3i.

Lorsque Marc Antoine , parut dans le costume de Bacchus, qu'il cherchoit à imiter; il jiorioit parmi les attributs de ce dieu , une semblable chaussure . Velleius Paterc . lib. ii.

(1) Eratostheses . Calasterismi . cap. xi.

(2) Tome m. pl. ix. et Tome iv. PI. xxxviii.

(3J Aristide, dont l’autorité n’ est pas d’un grand

poids , racontant le retour de Vulcain , ramené dans le ciel par Bacchus, dit, qu’il étoil monté sur un ûne ; Cet auteur ne s’ est fondé probablement que

sur quelque monument qu' il avoit vù , semblable ù la peinture publiée par Tischbein ( tome iv. ix. ) dans laquelle cependant, les circonstances rapportées par Pausauias ne soûl pas exprimées. Au heu d'fctre conduit par Bacchus, Vulcain ouvre la marche; il tient lin lliyrse que f on sait avoir été l’ arme dont Bacchus et sa suite faisoient usage à la guerre, et l’état d’ivresse n’est point indiqué. Ces motifs m’ont engagé à y voir l'expédition contre les géants décrite par Eratosthène .

{'l-J V. Peintures Antiq. et Inéd. de Vases Grecs. Introduction, page ni. et vi. , et texte page 71. 72.

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