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PÉKIN

ÉTUDE D’HYGIÈNE

J. — Constitution du sol, climatologie.

Avant d’étudier, ainsi que nous nous proposons de le faire ici, la ville de Pékin au point de vue de l’hygiène publique et privée, il ne sera pas indifférent de jeter un coup d’œil sur les territoires au milieu desquels elle s’élève, et dont les dispositions géographiques et telluriques ont évidemment une grande importance dans son histoire.

La province du Tché-ly , dans laquelle est située la capitale politique de l’empire chinois, fait partie du groupe Nord des dix-huit provinces de l’empire et son nom, en traduction littérale « règle directe », doit indiquer que de son sein part l’impulsion gouvernementale qui conduit une masse de deux ou trois cent millions d’hommes. La statistique de la Chine n’a pas été faite depuis un siècle environ;

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en 176à, cllo renfermait 360 279 897 habitants, et c’est encore le chiffre accusé par l’almanach impérial officiel chinois pour i86ft. Mais ce serait bien mal connaître les Chinois que de prendre ce chiffre comme absolument exact et admettre qu’il existe en cela un contrôle rigoureux. Tout porte à croire que, depuis un siècle, la Chine s’est dépeuplée ; le fait est prouvé par le seul aspect des villes surtout dans le Nord. Un appauvrissement graduel du sol par excès de culture mal entendue, des famines, des épidémies, des massacres nombreux en sont les causes, auxquelles, depuis quelques années, vient se joindre l’émigration progressive vers l’Amérique, TOcéanie et l’Inde.

Le Tché-ly , forme au N. E. de la Chine un grand quadrilatère irrégulier, situé entre les 110° et 117e degrés de longitude Est et les 37° et èle degrés de latitude Nord, qui envoie une pointe de 60 kilomètres de large jusqu’au 31 degré de latitude Nord. Sa surface peut être évaluée à 15 millions d’hectares d’après les triangulations faites par les jésuites au xviie siècle ; sa population serait de 20 millions d’habitants en nombre rond, ce qui lui constitue une densité analogue à celle de la Belgique.

Deux massifs montagneux l’encadrent : au N. et N. O. les premiers échelons du grand plateau de l’Asie centrale qui envoient des ramifications jusqu’à Pékin, au S et au S. O. quelques petites montagnes qui la séparent du bassin du Hoang-Ho , ou fleuve Jaune.

Ainsi formée, la province du Tchê-ly constitue une vaste plaine dont la surface, à peine coupée de quelques collines, descend en pente douce vers la mer, qui la baigne à l’est sur une étendue de 320 kilomètres. Elle ne forme en réalité qu’un seul bassin commun aux divers cours d’eau se rendant à la mer et dont le plus important est le Paï-/io, ou tleuve Blanc ; celui-ci passe à Tien-Tsin, y reçoit deux affluents considérables et va se jeter dans cette partie des

mers de Chine qui constitue le golfe du Pc-tché-ly ; son embouchure, célèbre dans l’histoire contemporaine, est défendue par les forts de Ta-Kou qui firent éprouver un cruel échec à l’escadre anglo-française en 1859 et furent enlevés en 1860 par le corps expéditionnaire français débarqué à quelques lieues plus loin vers le Nord.

Toutes les rivières de la province sont a leur origine des torrents venant des montagnes; beaucoup sont desséchées la majeure partie de l’année, leur cours devient lent et flexueux dans la plaine où la pente est presque nulle; leurs eaux, que n’arrête aucun travail d’endiguement, s’étendent sur les bords et inondent les campagnes pendant la saison des pluies, puis sont réduites à un mince filet d’eau, pendant le reste de l’année.

La province du Tché-ly est de formation récente. A une époque peu reculée, la mer venait battre le pied des montagnes qui en sont maintenant distantes de quarante à cinquante lieues et où l’on trouve encore des coquilles entièrement semblables à celles que l’on recueille actuellement vivantes sur le bord de la mer ; la tradition chinoise ne fait pas remonter bien haut le temps où la ville de Tien-Tsin était port de mer, maintenant elle est à 50 kilomètres dans l’intérieur des terres. Ce retrait des eaux doit être attribué aux énormes quantités de vases que déverse dans le golfe du Pé-tché-ly le fleuve Jaune, le plus limoneux de tous les fleuves du monde.

La plaine du Tché-ly est en général sablonneuse, elle présente même en certains points de vastes dunes amoncelées; parfois cependant la couche d’humus est assez considérable ; au-dessous se trouve une couche de terre jaunâtre un peu argileuse, mais non compacte. On ne saurait dire quel en est l’élément constitutif dominant, les montagnes qui lui ont donné origine renfermant tout autant de calcaires que de masses granitiques ou porphyriques ; à cer-

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tains points le fond argileux affleure â la surface; il contient une forte proportion de nitrate de potasse dont on rencontre de vastes cllloresccnces, aussi bien que d’autres concrétions de nature calcaire, de forme arrondie auxquelles les Chinois donnent le nom de Bâtâtes de (erre, et qu’ils utilisent dans l’industrie.

La végétation est assez pauvre dans la plaine ; il n’existe aucune forêt et peu d’amas d’arbres, si ce n’est artificiellement dans les monastères boudhiques, les parcs et résidences impériales. Il est impossible de rendre la triste impression que cause au voyageur l’aspect rabougri et misérable delà végétation spontanée pendant la majeure partie de l’année ; au contraire, les parties cultivées avec la patiente ardeur du paysan chinois, sont assez prospères, grâce à d’ingénieux systèmes d’irrigation. Disons-le cependant en passant, l’art de la culture n’a, ainsi qu’on l’a trop prétendu, rien à puiser dans les systèmes employés par les Chinois, par ceux du Nord tout au moins.

Ce n’est point ici le lieu d’étudier la flore du pays, elle ne nous intéressera qu’au point de vue des productions alimentaires ou industrielles, et nous y reviendrons plus tard. Contentons-nous de signaler ce fait important et caractéristique : Rareté de la végétation spontanée et absence de forêts.

Des montagnes peu élevées forment au nord les premiers gradins du haut plateau de la Mongolie, immense étendue qui joue un rôle considérable dans la nature du climat. Par son altitude, dépassant de 2000 mètres le niveau de la plaine du Tché-ly, il constitue un immense réservoir de froid se combinant avec l’action de la mer voisine pour donner naissance aux vents qui soufflent à peu près régulièrement du N. et N.E. en hiver, du S. et S. O. en été.

Ces plans montagneux sont constitués au centre par des masses granitiques, porphyritiquefc et basaltiques, et sur les

bords de la ligne par différents terrains stratifiés dont les plus récents se rapportent à la formation carbonifère; toutes les formations intermédiaires entre celles-là et les dépôts très-modernes semblent complètement manquer.

Jadis ces régions ont été couvertes de forêts, mais le vandalisme chinois les a dépouillées de ces précieux abris et a contribué par là à l’appauvrissement de la plaine; quelques auteurs en donnent comme excuse la nécessité de parer aux inondations qui ravageaient la contrée; dans ce cas, il faut avouer que l’on a réussi à souhait : la plaine n’est plus inondée, mais elle menace de tourner au désert.

La partie de la province baignée par la mer est formée d’amas de boues, terrains non encore transformés, dépassant à peine le niveau des eaux, inondés à chaque grande marée. Cette disposition a rendu très-facile l’établissement de marais salants rapportant à la couronne des revenus fort considérables. En hiver, c’est-à-dire du 1er décembre au 1er mars environ, la mer est gelée jusqu’à 5 ou 6 kilomètres du rivage ; cela s’explique aisément par son peu de profondeur. Les cours d’eau qui s’y jettent ne charrient de glaçons que pendant quelques jours; la formation des glaces et la débâcle sont également rapides.

Quelques mots sur la météorologie de ces régions termineront l’esquisse rapide, mais nécessaire, de la contrée où s’élève la ville de Pékin. Les données suivantes sont le résultat de mes observations quotidiennes en 1863, 186â, 1865 et 1866 ; elles ont été publiées avec plus de détails dans des recueils spéciaux (1).

Pression atmosphérique . Vents. — La pression atmosphérique subit pendant toute l’année un écart de 30 à 35 millimètres, entre 780, maximum observé en hiver, et 7â5, minimum en été ; les oscillations diurnes, en général peu prononcées, sont quelquefois de 5 à 6 millimètres, la plus

(1) Bulletins de la Société de météorologie , année 1864, et Recueil de Mémoires de médecine militaire, t. XII et XIII (3e série).

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lorto a été do 16 millimètres en mai 1865; parfois, pendant de longs espaces de temps, le niveau du mercure est h peu près stationnaire, ne s'écartant guère de la normale 760, ce qui s’explique par le peu d’altitude de la plaine; les variations suivent assez exactement celles des vents, baissant avec les vents de S. et S.E. en été, montant avec ceux de N. et N. O. en hiver.

A cetlc époque, et surtout au printemps, des vents, toujours violents, charrient d’énormes quantités de poussière, soulevée soit dans la province môme du Tché-ly, soit plutôt dans les déserts de Mongolie ; quelquefois ce sont de véritables tempêtes, qui obscurcissent l’air et rappellent les vents de sable des déserts de l’Afrique ou de l’Arabie, avec moins d’intensité peut-être, mais plus de durée. Ces tempêtes de poussière se présentent quinze à vingt fois par an. En dehors de ces cas, les coups de vents ne sont pas rares; j’ai observé le passage de quelques cyclones; Pékin se trouve en effet sur la branche nord de la courbe que décrivent les cyclones ou typhons des mers de Chine qui, naissant bien au-dessous des mers duJapon,se dirigent d’abord du S.E. au N. O. jusque vers le golfe du Tonkin et là s’infléchissent pour remonter du S. O. au N. E., en parcourant le littoral de la Chine, et aller se perdre dans les plaines de Mongolie.

Température. — La température moyenne de l’été est de -f- 29 degrés environ, celle de l’hiver de — 2°, 8; le maximum observé en juillet, mais qui se reproduit souvent est de + U5 degrés à l’ombre, le minimum en janvier de — 17 degrés, soit 62 degrés d’écart. La température au soleil est toujours élevée, même en hiver, et arrive en été à -f- 60 degrés, + 6à degrés, soit avec le minimum de l’hiver — 17 degrés, 81 degrés d’écart.

Cette effrayante différence ne se ressent, il est vrai, que dans un espace de temps assez loi^g; mais en hiver, lorsque le thermomètre descend par exemple à — 10 degrés le ma-

lin, à — 5 degrés vers deux , heures de l’après-midi h l’ombre, il marque + 25 degrés, + 30 degrés au soleil.

Un fait important au point de vue de la santé est la continuité de la température. Pendant quatre mois de grande chaleur, il y a à peine li ou 5 degrés de différence entre la température du jour et celle de la nuit, + UQ degrés à midi ou à une heure, + 38 degrés, + 35 degrés vers deux heures du matin. On conçoit 'sans peine combien est énervante une telle disposition.

La moyenne annuelle de la température, à laquelle il ne faut attacher de reste qu’une importance secondaire est de -f- lâ degrés à + lû°3.

Pluies et neiges. Hygrométrie. — Les pluies ne commencent réellement qu’en juin et accompagnent des orages ; si auparavant quelques millimètres d’eau ont arrosé le sol, la quantité en est presque nulle comme influence sur les cultures ; aussi la végétation ne prend-elle son essort qu’avec les grandes chaleurs et acquiert-elle en quelques semaines des proportions tropicales. On doit à ce phénomène l’absence de végétations printanières et la mauvaise qualité des végétations estivales que la cellulose envahit à l’exclusion des sucs.

La quantité d’eau tombée annuellement est de 600 à 6M) millimètres, répartie entre 30etûü jours pluvieux pendant les mois de juin, juillet, août et septembre; les huit autres mois sont absolument secs. Ces observations se rapportent, il est vrai, à Pékin; à vingt lieues de distance, les pluies sont un peu plus fréquentes et ce fait justifie une tradition chinoise : Le premier fondateur de la ville de Pékin fit rechercher parles astrologues le point le plus sec de la province, avant d’y bâtir sa résidence et il est certain qu’il

a parfaitement atteint son but.

Les neiges sont peu considérables, ne persistent que quelques jours dans les mois très-froids, fondent rapide-

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ment sous l’impression des rayons solaires et privent ainsi le sol d’un précieux abri ; l’épaisseur de la couche annuelle de neige peut être évaluée de 250 ïi 300 millimètres.

La quantité d’eau tenue en suspension dans l’atmosphère est très-faible pendant la majeure partie de l’année ; elle s’accuse par les chiffres proportionnels de 45, 48 centièmes en hiver; pendant la saison des pluies, elle s’élève au contraire à 80, 85 centièmes, calculés au moyen du psychromètre d’August.

La rosée n’existe que rarement dans ces conditions; malgré la pureté du ciel et un rayonnement intense pendant les nuits d’hiver, les plantes ne sont point couvertes de givre; en été, au contraire, une épaisse vapeur s’élève du sol au matin et ne se dissipe qu’avec l’ardeur des rayons du soleil.

Electricité. Ozone. — Les orages sont relativement rares à Pékin; ils surviennent pendant la saison des pluies et amènent de fortes ondées; ils se forment au-dessus des montagnes qui sont au S. O. de la province, passent audessus delà plaine et vont se perdre dans les montagnes du Nord; quelquefois, repoussés en ce point par des courants contraires, ils reviennent sur Pékin et semblent ainsi, à une observation incomplète, venir de la Mongolie.

La foudre cause peu de ravages et les orages sont beaucoup moins intenses que dans les régions tropicales; ils sont au nombre de 20 environ par an.

La quantité d’ozone, appréciée à l’aide de l’ozonoscope de James (de Sedan), donne des chiffres proportionnels de 0 à 15,1e maximum étant 20; elle est beaucoup plus forte en hiver qu’au printemps et en automne. Je crois volontiers avoir observé d’intéressantes variations au moment d’épidémies de choléra et de typhus, mais ces résultats sont encore incertains.

On le voit, Pékin est essentiellement un climat extrême ; l’été de Suez ou de l’Abyssinie, l’hiver de la mer du Nord,

une sécheresse absolue faisant place à une grande humidité, des vents impétueux et des tourbillons de poussière pendant huit mois de l’année en forment la caractéristique.

Par ces quelques aperçus, joints à une courte description du sol, j’ai voulu donner une idée du pays ingrat où s’élève la ville de Pékin, à l’étude de laquelle ces préliminaires me paraissaient indispensables.

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