LA CHIRURGIE
dans les bras et dans les jambes des aiguilles en fer à très grosse tête de laiton tressé, le sang ne sortait pas. Enfin, sous les genoux on lui introduit une aiguille de plus d'un pouce de long, une gouttelette de sang noir apparut ; l'un des médecins dit alors : « Il est sauvé ! » Là-dessus, ils fumèrent une pipe et burent le thé. Le malade ne bougeait toujours pas, je leur dis : « Mais continuez donc, vous voyez » bien qu'il est mort ou à peu près ! — Soyez tranquille, répondirent-ils, le sang est » sorti, nous avons le temps. » Impossible de les amener à continuer l'opération ;je brûlais d'impatience. Enfin, après leur troisième ou quatrième pipe, ils recommencent et font de nouvelles piqûres ; au bout d'un quart d'heure, le malade se dresse sur son séant, comme un cadavre vivant, me regarde et dit: «Où suis-je?... Ah! c'est vous ? je... « fumerais bien une pipe !» Lui aussi ! Bref, j'ai voulu le rapporter sur une civière à la capitale, éloignée de- 12 kilomètres ; alors mes Chinois de dire : « Oh ! vous voulez l'emmener ! c'est bien, mais il faut prendre quelques précau- » tions » ; sans rien ajouter, ils lui enfoncèrent quatre aiguilles de huit centimètres de long (je les ai mesurées), et je le ramenai à Péking. Pendant toute la nuit il dormit paisiblement, et le lendemain il était complètement guéri.
On vend dans Péking des dessins représentant le corps humain recouvert de petits ronds qui indiquent les endroits où l'on peut enfoncer les aiguilles, suivant la maladie. De plus, pour les élèves qui veulent devenir maîtres en acuponcture, on a fabriqué un homme en bois ou en cuivre, ayant autant de petits trous qu'il y a d'endroits où l'aiguille peut entrer sans danger. On recouvre d'un papier très mince ce mannequin, et l'élève doit, à la demande du maître, sans aucune hésitation, enfoncer les aiguilles selon le cas ; alors seulement il est réputé acuponcteur de premier ordre.
Une des maladies les plus à craindre dans le nord de la aiguilles a acuponcture. Chine, est la fièvre typhoïde ; les missionnaires et les Sœurs de Charité qui vivent au milieu des Chinois, n'y échappent que très rarement; les autres Européens l'évitent presque toujours. Quant aux indigènes, elle fait parmi eux d'affreux ravages ; ou bien la tête se prend et on est emporté après quelques jours de cruelles souffrances, ou bien les entrailles sont attaquées et on meurt brûlé. En Europe on combat le feu de la fièvre par la glace ; les Chinois la croient mortelle en pareil cas. Somme toute, sur un nombre de malades soignés à l'européenne et sur le même nombre soigné à la chinoise, la mortalité a été à peu près égale.
Le choléra devrait être en permanence à Péking ; les égouts découverts, les flaques d'eau croupie, les boues infectes, la mauvaise qualité de l'eau, rien ne manque pour le propager ; cependant l'épidémie cholérique est rare, et on ne voit habituellement que des cas isolés. Il y a peu de phtisiques ; la fièvre ordinaire et la migraine sont presque inconnues des Chinois ; mais il y a bon nombre d'aveugles qui sont censés voir clair dans les choses de l'avenir ; ils parcourent les rues en pinçant de la guitare ou en soufflant dans une flûte, et on les appelle pour dire la bonne aventure, pour choisir un endroit propice, pour détourner des sorts, etc. ; on a un grand respect pour eux, et chacun les aide dans les rues pour leur faire éviter les voitures. Ils ont du reste des concurrents clairvoyants qui, installés devant une petite table, tirent les cartes et les dés moyennant quelques sapèques, et prédisent aux gens crédules tout ce qu'ils peuvent désirer. Ce qui tue le plus les pauvres
Péking. 2,
PEKIN G
Chinois, c'est la misère et l'opium. Il y a des misères noires dont on n'a pas l'idée, des bouges infects où de malheureuses femmes meurent de faim avec leurs enfants; malgré tout, la mortalité n'est pas plus considérable qu'en Europe, et les naissances surpassent de beaucoup les décès. Le Chinois est prolifique, on voit des enfants partout et la population croit rapidement.
Une veuve se remarie presque toujours, et garder la viduité passe pour une grande vertu ; on élève même quelquefois des arcs de triomphe pour perpétuer la mémoire d'une personne qui a, jusqu'à la fin de sa vie, conservé le seul souvenir de son premier mari.
Le Chinois est un peu fataliste ; la pensée de la mort ne le trouble pas ; souvent même on discute la vie pour savoir s'il y a bénéfice à la conserver. Un jour, un bon