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CHAPITRE IV

I. GENGISKAN. ONGKAN (l'KÊTRE JEAN). OKTAIKAN. — II. JEAN DE PLAN-CARPIN. L'IMPÉRATRICE TOUKAKINA. IvOUVOUKKAN. — III. LA RÉGENTE OGOULGAIMIZ. MANGOUKAN. — ■ IV. KUVSBROECK OU RUBRUQUIS.

È-CHOU-KAÈ, selon l'histoire de la CYùnç.( T' oimgkien), fut le père de Gengiskan, et sa mère se nommait Yuè loini. Chef d'une horde tartaremongole, Yè-chou-kaè, après une grande victoire sur les Ta-t'a dont le roi s'appelait Ticmou-tsin, donna le nom du vaincu au fils qui venait de lui naître (1157)- Dès l'âge de treize ans, ce jeune prince perdit son père, mais sa mère sut, par sa prudence et sa fermeté, lui conserver un nom parmi les tribus tartares.

A cette époque vivait un personnage mystérieux, connu en Europe sous le nom de Prêtre Jean, mais qui s'appelait réellement Ongkan ou Ouanokan. Les nestoriens, établis, dit-on, dans ces contrées depuis longtemps, '. lui avaient donné ce tiire de Prêtre, quoiqu'il ' V<$v.\ Wr ne tut peut-être pas même baptise. Unçkan

était roi des Karaïtes; ses Etats comprenaient une grande partie du Karakatai, et sa capitale devait être KarabalgassouniXà. ville noire), dont on voit encore les ruines. La Chine se nommait Katai, et toute la région située au nord de la Grande Muraille ayant été conquise par ses empereurs, ils lui donnèrent le nom de Karakatai, c'est-à-dire Chine noire ou inculte. Prêtre Jean écrivit plusieurs lettres aux princes d'Europe : à Alexandre III, au roi de France, à l'empereur de Constantinople et même au roi de Portugal ; dans chacune d'elles il se donnait l'orgueilleux titre de « Roi tout-puissant sur tous les autres rois ». Les fables les plus ridicules se débitaient sur son compte en Occident.

Tié-mou-tsin était d'année en année devenu plus puissant ; il avait réuni sous son

PEKING

mm*!

commandement toutes les tribus mongoles qui voulaient s'affranchir de l'autorité tyrannique de Prêtre Jean. Cependant, pour s'attirer la bienveillance de ce puissant voisin, il lui demanda sa fille en mariage. Ongkan répondit à cette avance par un refus insolent, et Tié-mou-tsin lui déclara la guerre en envahissant le pays des

Karaïtes à la tête de 360.000 cavaliers. L'armée de Prêtre Jean n'était nimoins nombreuse, ni moins aguerrie ; il se porta à la rencontre desenvahisseurs, et ces 700.000 hommes en vinrent aux mains dans la grande plaine de Tangut, située au sud de Karabalgassoun. Le combat fut acharné et dura deux jours.avec des chances diverses de part et d'autre; enfin Tié-mou-tsin, par une habile manœuvre, coupa en deux l'armée ennemie et la défit complètement. Ongkan,b\essé et poursuivi par les troupes mongolesqui occupèrent sa capitale, s'enfuit vers le sud-ouest et alla demander asileà Tayankan,ch.tî des Naïmans, qui lui fit trancher la tête pour plaire au vainqueur.

San-koun, fils de Prêtre Jean, se sauva au fond du Thibet.

(V. la carte, p. 83.)

Notons iciquelesauteurssont fort divisés au sujet de ce Prêtre Jean ; plusieurs ont avancé que le nom de Ongkanou Ouangkan était celui de son frère, qui fut son successeur; d'autres croient que ce nom appartient au Prêtre Jean lui-même. Nous avons rapporté de lui ce qui nous semblait le plus probable.

Tié-mou-tsin établit sa cour à Karabalgassoun,sur les rives du ReuveOrfc-koouOurkoun. Après cette mémorable victoire et la conquête de tout le pays, les tribus tartares, remplies d'admiration pour leur grand guerrier, se rangèrent sans exception sous on obéissance. Dans une assemblée générale de tous les chefs, il fut choisi par acclamation pour souverain suprême ; il avait alors quarante huit ans (1205). Chaque prince portant le nom de Kan, Tié mou-isiu devint ainsi le Ka-kan ou Grand Kan ; un devin proposa pour son nom d'empereur celui de Gengiskan ou Kan des forts, qui fut

YUEN-T'Afr-TSOU (GENGISKAN).

DYNASTIE DES YUEN

adopté avec enthousiasme, et Tié-mou-tsing depuis lors n'en porta plus d'autre. Le

plateau des montagnes de Bourkan- kaldoun, formant le partage des eaux entre les

petites rivières tributaires du lac

Baïkal et les affluents supérieurs

du fleuve Amour, fut le centre de

ses opérations militaires, et c'est

de là qu'il fit partir ses armées à la

conquête du monde. (V. la carte,

En 12 10, Gengiskan, prenant pour prétexte un manque d'égards de la dynastie des Kin envers lui, attaqua la Chine, détruisit son armée à Suen-hoafou près de Kalgan et, s'avançant vers le sud, força la passe de Kiu-young-kouan, à une journée de Tchoung-tou (Péking).

L'empereur, effrayé, obtint la paix en donnant sa fille en mariage à Gengiskan, qui se retira. Les Kin, pour préparer une revanche, allèrent à K'ac-foung-fou, où ils réunirent une armée de2co,ooohommes; mais Gengiskan, l'ayant appris, envoya contre elle Moncly, un de ses meilleurs généraux, qui la tailla en pièces. Tchoung-tou fut emportée d'assaut après un siège très meurtrier, dans lequel l'empereur des Kin perdit la vie. Gengiskan donna le gouvernement de la ville à Monc/y, avec ordre de conquérir le reste de la Chine et la Corée (12 13).

Dans les années qui suivirent, le grand conquérant prit Yarkande, Bokhara, Samarkande, Merv, Hérat et tout le Korassan. En 1223, la Perse et Balck tombèrent en son pouvoir ; puis il entra en Bulgarie et s'empara de tout le pays jusqu'au Volga. En 1224, il revint à Karabalgassoun ; mais, dans une nouvelle expédition qu'il entreprenait deux ans après contre la Chine, il tomba malade en route. Voyant que sa fin approchait, il désigna Oktai, son

UEN-T'AE-TSOUNG (OKTAIKAN).

troisième fils, pour lui succéder, et mourut le 18 août 1226, après vingt-cinq ans de règne, âgé de -j $ ans. A la même époque, la France assistait au couronnement de saint Louis.

Péking.

PEKING

Quelque temps avant sa mort, pendant une grande chasse, Gengiskan s'était reposé sous un arbre séculaire et avait fixé ce lieu pour sa sépulture ; c'est là qu'on transporta son cercueil. On peut encore voir, non loin de Karabalgassoun, les ruines de son tombeau.

Karabalgassoun était une ville carrée assez grande qui renfermait une citadelle ; située sur le fleuve Ork-ho, elle se trouvait à environ sept journées d'Ourga, vers le sud-ouest. Ses ruines existent encore et ont été visitées, étudiées, photographiées par l'expédition finnoise en 1S90, par M. Heikel, et par une mission russe qui en a publié un splendide album de photogravures. On y a découvert des inscriptions et des monuments. Le premier date de la dynastie des T'ang, et rappelle par sa forme la prière de Si-ngan-fou, mais il est beaucoup plus grand. On peut y lire une inscription en trois langues : iénissi, ougours et chinois. Nous avons fait dessiner, d'après le livre de l'expédition finnoise, le sommet du second monument reconstitué.

Quant au troisième, on en a photographié les fragments et les inscriptions. Celles de ces deux derniers monuments ont été traduites avec beaucoup de soin par M. G. Devéria, l'éminent professeur à lEcole des langues orientales.

On retrouve non sans étonnement, dans ces inscriptions, incomplètes du reste.les mots de vraie Religion...

Religion lumineuse... Doctrine subtile... il faut renoncer au culte de Bouddha, etc., etc. Les prêtres catholiques ou nestoriens de Si-ngan-fou avaient-ils déjà évangélisé ces lointaines contrées ?

L'assemblée des princes, convoquée en 1229, confirma le choix de Gengiskan. Oktai, proclamé empereur, acheva la destruction de l'empire des Kin (1234). Après cette expédition, qui avait duré cinq ans, il rentra à Karabalgassoun et fit construire l'année suivante, à 70 H plus au sud, toujours sur la rive du fleuve Ork-ho, la ville de Karakoroum (sable noir), avec un palais magnifique au sud de sa nouvelle capitale.

Après la disparition de la dynastie des Yucn et des Gengiskanides, Karakoroum ne fut plus qu'une ville de second ordre et finit par disparaître. Vers l'année 1590, on fonda sur son emplacement le monastère d ' Erdeni-Tchao qui s'y voit encore. De Péking on peut y arriver en vingt journées.

Oktai avait de plus trois autres résidences, tentes ou palais qu'il habitait suivant les saisons. Ses armées du nord ravagèrent la Corée, celles du sud s'emparèrent de toute la Chine méridionale, pendant que ses frères faisaient la conquête de la Hongrie et de la Pologne. Oktai mourut le 15 décembre 1241, laissant la régence à l'impératrice Jourakina. Les princes durent alors se réunir pour la nouvelle élection ; ils vinrent de toutes les parties de l'immense empire avec des suites nombreuses et brillantes, chargés de toutes les dépouilles des peuples vaincus ; et le 24 août 1246,

MONUMENT DE KARABALGASSOUN.

DYNASTIE DES YUEN

dans une assemblée mémorable, ils élurent le nouvel empereur Kouyoukkan à la Horde-d'or. On donnait ce nom à une immense tente toute couverte de drap d'or et doublée d'étoffes précieuses aussi lamées d'or, qui avait été dressée au milieu d'une grande plaine, près de Karakoroum. C'est donc improprement que Sira-Ordoti a été appelé la Horde-d'or. Sira-Ordou était, à quelques lieues plus au nord, une agglomération permanente de deux mille tentes blanches destinées à recevoir les princes,

CARTE DE L'ASIE CENTRALE AU XIIIe SIECLE. I. Karabalgassoun. — 2. Sira-Ordou. — 3. Karakoroum. — 4. Tchoung-tou ; Kambalick (Péking). — 5. Lac Baïkal. — 6. Kashghar. — 7. Ieniil. — 8. Montagnes de Bourkan-Raldoun. — R R' R" Route suivie par Plan-Carpin. — D D' Pays des Naimans. — I I' Inde supérieure. -CC Pays des Raraites. — K K' Le Ratai (la Chine). — T T' Thibet (Tubet). — c ci n ^a Stande murail|e- — G Golfe du Pé-tche-ly. —A A' Le fleuve Amour. — B B' La rivière Réroulan. — S S Pays des T'a-t'a. — P Passe de Riu-young-kouan.

les généraux mongols et les ambassadeurs étrangers qui, pour cette circonstance, étaient arrivés en très grand nombre et chargés de présents. — C'est à cette époque que Jean de Plan-Carpin, religieux de Saint-François, vint à la cour du grand Kan. Les immenses conquêtes de Gengiskan, la terrible invasion de Batou son petitfils, envoyé à la conquête de l'Occident avec une armée de 600,000 hommes, la Russie envahie jusqu'à Kiew, la Pologne et la Hongrie dévastées, les armées chrétiennes repoussées par ce torrent dévastateur, avaient plongé l'Europe dans la consternation.

En 1245, dans le Concile œcuménique de Lyon, le pape Innocent IV, qui le présidait, dit ces paroles : « Certes, elles sont nombreuses et diverses les préoccupations qui Nous accablent : l'entreprise urgente pour la Terre-Sainte, la tribulation qui menace l'Eglise, et le misérable état de l'Empire Romain. Mais, à dire vrai, Nous oublions tout ceci et Nous-même, en songeant à la persécution des Tartares. Car, en considérant que le nom chrétien (ce qu'à Dieu ne plaise !) pourrait être anéanti de nos jours par ces Tartares, cette seule pensée brise tous nos os, en dessèche la moelle, amaigrit nos membres, exténue les forces de notre âme et Nous plonge dans de si douloureuses angoisses que, jeté pour ainsi dire hors de Nous-même, Nous ne savons plus de quel côté Nous tourner. » D'autre part, les histoires .prodigieuses racontées par les voyageurs sur le Katai, le bruit que plusieurs chefs de ces hordes redoutables s'étaient convertis au christianisme, l'espérance de propager la foi et d'arrêter enfin la barbarie des peuples de la haute Asie, déterminèrent le Souverain-Pontife à envoyer aux Tartares des missionnaires avec des lettres pontificales pour les exhorter à embrasser la foi catholique et à ne plus verser le sang chrétien. Le pape, à cette fin, s'adressa aux deux grands Ordres mendiants, les Dominicains et les Franciscains, qui, bien que d'une origine récente, répandaient déjà au loin les lumières de l'Évangile. Innocent IV écrivit au prieur des Dominicains de Paris, lequel choisit quatre de ses religieux pour être envoyés aux princes mongols qui commandaient en Perse. En même temps, deux Franciscains étaient désignés pour se rendre jusqu'en Tartarie auprès du grand Kan. Nous allons voir tout ce que les Papes et les rois de France firent alors pour sauver l'Europe et convertir les Tartares, tout ce que souffrirent les missionnaires envoyés par eux en ambassade, et comment Dieu bénit leur indomptable énergie.

JEAN DE PLAN-CARPIN, de l'Ordre des Frères-Mineurs, fut le légat choisi parle Saint-Siège auprès des Tartares. Il était né vers 1 182, dans la ville d'Assise, et avait été un des compagnons de saint François. On lui adjoignit h tienne de Bohême. « Comme par ordre du Siège apostolique, dit Plan-Carpin au

commencement de la relation de son voyage, nous devions nous rendre auprès des Tartares et des autres nations de l'Orient, sachant la volonté du Souverain- Pontife et des vénérables cardinaux, nous nous sommes déterminés à prendre d'abord le chemin de la Tartarie ; tous, en effet, nous craignions qu'un danger imminent ne menaçât l'Église de ce côté. Bien que de la part des Tartares ou des autres peuples nous eussions à redouter la mort ou la captivité perpétuelle, la faim, la soif, le froid, la chaleur; des affronts et des souffrances au-dessus de nos forces, et qui en réalité, sauf la mort et la captivité, nous ont accablés en plus grand nombre que nous n'avions pu le croire : cependant nous avons voulu nous dévouer pour faire la volonté de Dieu, selon l'ordre de notre Saint Père le Pape, et rendre service à la chrétienté en lui faisant connaître exactement la volonté et l'intention de ces peuples, de peur que,, dans une irruption subite, ils ne la trouvassent encore une fois sans défense, comme il est arrivé précédemment, pour les péchés des hommes, et ne fissent un grand carnage parmi le peuple chrétien. »

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