‹ Pêle-mêleChapitre 38 sur 54 · LES OISEAUX BLANCS · texte numérisé non relu

LES OISEAUX BLANCS

Quand, sur nos plaines blanches, Le givre des hivers Commence à fondre aux branches Des sapins toujours verts ;

Quand chez nous se fourvoie Avril, le mois des fleurs,

Le printemps nous envoie Ces gais avant-coureurs.

Du froid, de la neige, Des vents et des eaux, Que Dieu vous protège, Petits oiseaux !

Loin des rives plus douces, Loin des climats bénis,

Où d’autres dans les mousses Cachent déjà leurs nids, Votre essor se déploie Vers nos pâles séjours :

C’est Mai qui vous envoie Nous parler des beaux jours.

Du froid, de la neige, Des vents et des eaux, Que Dieu vous protège,

Petits oiseaux !

Quand votre aile soyeuse.

Petits oiseaux, paraît,

Plus d’ une âme est joyeuse, Qui naguère pleurait ;

Oui, vous faites de joie Bien des cœurs s’émouvoir :

C’est Dieu qui vous envoie, Doux messagers d’espoir !

Du froid, de la neige, Des vents et des eaux, Que Dieu vous protège, Petits oiseaux !

►o-*c5îy?€ ©-•

Comme un globe brûlant au fond d’une fournaise, J’avais vu du soleil le grand disque de braise Sombrer à l’horizon dans un cratère en feu ;

Et puis je regardais la nuit tendre ses voiles,

Et d’un diadème d’étoiles Ceindre le dôme du ciel bleu.

Tantôt je m’arrêtais, admirant en silence Les reflets chatoyants du flot qui se balance Et vient mourir sans bruit sur le sable doré ; Puis, le genou ployé, je'în’ïftnusais, timide, A graver sur l’arène humide Les lettres d’un nom adoré.

Un nom plus enivrant que le bruit des fontaines, Plus suave qu’un chant sur les vagues lointaines, Plus doux que les échos d’un bois mystérieux, Plus charmant que la voix du barde Philomèle, Dont la chanson, le soir, se mêle Au son des flots harmonieux !

Mais, comme un vent dont l’aile effleure la pelouse, Passant et repassant, une vague jalouse De son onde venait aussitôt l’effacer ;

Je le gravais encor ; mais la vague suivante Détruisait la lettre mouvante Que je venais de retracer.

Voilà, pensais-je alors, les rêves du jeune âge ! Un mirage qui fuit, la feuille qui surnage Et disparaît soudain parmi les flots roulants, La tiace du proscrit sur la terre étrangère,

Une ombre, une vapeur légère, Qu’emporte le souffle des vents 1

Riante illusion bientôt évanouie,

Pauvre fleur qu’une aurore a vue épanouie, Et qui penche, le soir, son calice flétri, Fantôme décevant, caressante chimère, Sylphe dont l’image éphémère S’envole après avoir souri !

Qu’est-ce donc, ô mon Dieu ! qu’est-ce donc que la vie,

Ce banquet séduisant où notre âme ravie

Porte une lèvre avide aux coupes des amours ?...

C’est un nom qu’une main a tracé sur le sable Et qu’une lame insaisissable Efface et détruit pour toujours !

Page 1