‹ Pêle-mêleChapitre 40 sur 54 · ENFANT DE M. P. N. PACAUD · texte numérisé non relu

ENFANT DE M. P. N. PACAUD

Quand le vent de la vie a touché de son aile Et brisé sans pitié vos espoirs de bonheur ; Lorsque de l’âge mûr l’étape solennelle A rendu votre front rêveur ;

Quand votre lèvre ardente a bu jusqu’à la lie La coupe des chagrins, coupe profonde, hélas 1 Quand la pensée amère a compris la folie De tous les projets d’ici-bas ;

A votre oreille enfin quand nulle voix bénie N’a plus aucun secret d’amour à soupirer ;

Et que votre œil éteint par la froide insomnie N’a plus de larmes à pleurer ;

Quand vos beaux soirs d’été n’ont plus de rêverie . . Croyez-moi, rien de beau, rien de rajeunissant,

Pour le cœur fatigué, pour l’âme endolorie,

Comme le berceau d’un enfant !

Le berceau d’un enfant, seul nid d’amours fidèles,

Où le bruit de ce monde est encore étranger,

Mais où l’on croit ouïr, doux bruissement d’ailes,

Un essaim d’anges voltiger.

Le berceau d’un enfant, chose ineffable, étrange ; Sanctuaire où chacun se demande en passant Quel est le plus candide, ou la blancheur du lange Ou le front pur de l’innocent.

Le berceau d’un enfant !... quel chant pourrait redire Ce que ces quatre mots savent seuls murmurer ;

Ces quatre mots que nul n’entendit sans sourire,

Et qui pourtant me font pleurer ! —

Il est une légende, une légende rose,

Plus pleine de parfums que le soir d’un beau jour, Plus fraîche que la fleur où l’abeille se pose,

Plus douce qu’un rêve d’amour !

Quand nos premiers parents virent briller le glaive Leur fermant à jamais l’Eden et son bonheur,

Ils s’enfuirent, marchant sans relâche et sans trêve, Poursuivis par un Dieu vengeur.

Ils errèrent longtemps en proie au remords sombre,

Traversant les forêts, les rochers et les eaux ;

Leurs sentiers étaient durs, leurs jours n’avaient point d’ombre, Et leurs nuits étaient sans repos.

Mais parfois le Très-Haut, oubliant sa colère,

Laissait tomber sur eux un regard plus clément ;

Et quand le ciel ainsi souriait à la terre,

Il naissait un petit enfant.

Un jour, Hilda, le cœur gonflé, l’âme en délire,

Je penchai fatigué mon front sur ton berceau ;

Et je vis le reflet de ce divin sourire Illuminer ton front si beau.

Du désespoir en moi germait l’ardente fièvre ;

La douleur m’étreignait dans un cercle de feu :

Le blasphème hideux s’arrêta sur ma lèvre.

Et je tournai mon front vers Dieu.

Dans tes petites mains, j’avais cru voir la palme Qu’on prépare là-haut pour le cœur ulcéré . . .

Et puis il est si doux le regard pur et calme De ces yeux qui n’ont point pleuré !

Ah ! luira-t-il toujours ce rayon d’innocence Qui fait ton front si beau, ton œil si velouté ? Lèveras-tu jamais le voile d’ignorance Qui te cache l’humanité ? —

Lorsque l’oiseau des bois, quittant son nid de mousses, Ouvrait au vent du ciel son aile de duvet,

Il ignorait combien de terribles secousses La rafale lui réservait.

Des bords de son berceau perdu sous la ramée,

Il n’avait vu des cieux qu’un petit coin d’azur ;

Pour lui le vent n’était qu’une haleine embaumée ; Tout était rose, et rien obscur.

Et maintenant la pluie a ralenti son aile ;

La bise l’a jeté de rameaux en rameaux ;

Il cherche à regagner la branche maternelle,

Son nid caché sous les ormeaux.

Mais, sans poids, secoué sur sa frêle liane,

Le nid avait été par l’orage détruit ....

Hélas ! il est bien mort le bonheur qui se fane, Avec l’enfance qui s’enfuit !

Hilda, tu ne sais pas, — oh ! combien je t’envie ! — Comme les ans sont lourds et le monde méchant. Hilda, ne sonde pas les secrets de la vie ;

Hilda, reste toujours enfant !

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