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Pélerinage d'une âme;

LE JEUNE Miel, alors étudiant au grand séminaire de Besançon, charmé par les conférences que l'éloquent père Déplace donna dans la cathédrale de cette ville pendant l'Avent de 1842, se mit en rapport avec le révérend père, lui ouvrit son âme et finalement résolut d'entrer dans la compagnie de Jésus. Il y avait à cela une difficulté. Miel avait dû emprunter l'argent nécessaire aux frais de son éducation tant au collège qu'au séminaire, et, pour pouvoir rembourser cet emprunt il avait accepté la position de précepteur chez le Marquis de Lénoncourt. Plus de la moitié de cette tâche restait encore à remplir, quand un ami vrai, l'abbé Perny de Pontarlier, offrit de le remplacer comme précepteur et de consacrer le salaire à l'extinction entière de la malencontreuse dette. Et ainsi fut fait.

Depuis cette époque lointaine jusqu'à la présente, qui est pour le docteur Miel celle d'une saine et honorable vieillesse, il a eu à un degré remarquable le don de se faire des amis. Je suis l'un d'eux, et comme tel j'ai l'honneur de le présenter aux ecclésiastiques et aux chrétiens Américains.

vi Introduction.

S'il n'est pas mieux connu que son introducteur, c'est parce que son utile et très-intéressante vie s'est passée dans des conditions peu communes parmi nous.

Dans ce livre, on trouvera la façon de vivre des Jésuites, décrite avec bienveillance et pleine appréciation par un homme qui a fait chez eux un noviciat complet, qui est resté ensuite pendant plusieurs années sous leur direction spirituelle et a entretenu avec eux les relations les plus amicales jusqu'au jour où sa conscience et une claire conviction l'obligèrent à abandonner l'église à la défense et à la gloire de laquelle ils sont particulièrement voués.

Il nous est difficile à nous, dont l'existence se passe ordinairement dans le provincialisme de notre langue anglaise, de réaliser le fait que ce vénérable confrère a vécu des années au milieu des célébrités qui illustrèrent la dernière moitié du règne de Louis Phillippe et s'est trouvé fréquemment en rapport avec des hommes tels que Lacordaire, de Ravignan, Lamartine, Montalembert, Lenormand, Ozanam, Jules Simon, Laboulaye, etc.

L'ainé d'une famille nombreuse et sans fortune, ne voulant pas que l'éducation de ses frères et de ses sœurs fût inférieure à la sienne, il l'avait prise à sa charge et pour y pouvoir il avait de nouveau accepté un préceptorat dans des conditions particulièrement avantageuses. Cette fois ce fut une dame

Introduction. vii

Anglaise et Anglicane qui, sachant l'état des choses, offrit et présenta à notre abbé les ressources que réclamait son dévouement à sa famille, afin qu'ainsi délivré, il pût sans délai se donner entièrement aux devoirs du saint ministère.

Quand l'abbé Charles Gounod, qui s'était lié à M. Miel au grand séminaire de St. Sulpice, renonça à Tidée de devenir prêtre et résolut de se donner tout entier à son génie musical, c'est à son ami Miel qu'il donna son surplis, sa barette, ses dépouilles d'ecclésiastique.

Le père de Ravignan était son directeur spirituel et le présenta à l'Archevêque de Paris pour l'ordination. A M. Miel encore il fut donné de représenter le cercle catholique de Paris, aux funérailles de Daniel O'Connell.

Comment un tel homme, avec un tel entourage, ayant devant lui de si flatteuses perspectives fut amené à renoncer à tout cela pour s'engager dans un long et pénible pèlerinage à la recherche de la vérité religieuse, ce livre nous l'apprend. C'est l'histoire d'une âme.

Sa triste conviction que pour être fidèle à la vérité il aurait à abandonner cette grande église à laquelle son cœur et son imagination le tenaient comme enchaîné, ses errements et ses angoisses au milieu des ténèbres du scepticisme, sa recherche de sympathies spirituelles parmi les unitaires et les

viii Introduction.

transcendentalistes, le repos enfin trouvé dans la communion anglicane, toutes ces choses composent une histoire rare e: singulièrement attachante. C'est l'Apologia de l'émancipé de Rome que nous Douvons maintenant mettre en regard de celle du grand prédicateur anglais devenu l'insignifiant carci:;^! romain. Le protestantisme n'a point de cardinalat à offrir au docteur Miel, il a pour ses champions des récompenses d'une auti lie.

La vérité telle qu'elle est en Jésus-Christ, voila son incomparable récompense. Nul ne sait cela mieuxque celui qui. dans sa sereine vieillesse. s'est appliqué â retracer brièvement l'histoire d jne vie véritablement grande, à la sollicitation ce ses fils et ce ses amis. Je suis heureux ce me dire l'un ce ses derniers,

S. D. McCONNELL.

Holy Triniîy, Brooklyn,

Advent, iSçS,

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