ACTE TROISIEME
tombée de la tour!... Je les tiens dans les mains, je les tiens dans ma bouche... Je les tiens dans les bras, je les mets autour de mon cou... Je n'ouvrirai plus les mains cette nuit...
Laisse-moi! laisse- moi !... Tu vas me faire tomber!...
PELLÉAS
Non, non, non ;... je n'ai jamais vu de cheveux comme les tiens, Mélisande !... Vois, vois, vois, ils viennent de si haut et ils m'inondent jusqu'au cœur. . .Ils m'inondent encore jusqu'aux genoux. . . Et ils sont doux, ils sont doux comme s'ils tombaient du ciel!... Je ne vois plus le ciel à travers tes cheveux. Tu vois, tu vois, mes mains ne peuvent plus les tenir... Il y en a jusque sur les branches du saule... Ils vivent comme des oiseaux dans mes mains... et ils m'aiment, ils m'aiment mille fois mieux que toi !
Laisse-moi... laisse-moi... quelqu'un pourrait venir...
PELLÉAS
Non, non, non ; je ne te délivre pas cette nuit... Tu es ma prisonnière cette nuit ; toute la nuit, toute la nuit...
40 PELLEAS ET MEL1SANDE
Pelléas ! Pelléas !
PELLÉAS
Tu ne t'en iras plus... Je les noue, je les noue aux branches du saule, tes cheveux. Je ne souffre plus au milieu de tes cheveux. Tu entends mes baisers le long de tes cheveux ? Ils montent le long de tes cheveux. Il faut que chacun t'en apporte. Tu vois, tu vois, je puis ouvrir les mains... Tu vois, j'ai les mains libres et tu ne peux m'abandonner...
Des colombes sortent de la tour et volent autour d'eux dans la nuit,
Oh ! oh ! tu m'as fait mal. . . Qu'y a-t-il , Pelléas ? — Qu'est-ce qui vole autour de moi ?
PELLÉAS
Ce sont les colombes qui sortent de la tour. . . Je les ai effrayées; elles s'envolent.
Ce sont mes colombes, Pelléas. — Allons-nousen, laisse-moi; elles ne reviendraient plus...
PELLÉAS
Pourquoi ne reviendraient-elles plus ?