‹ Pelléas et MélisandeChapitre 33 sur 49 · ACTE QUATRIEME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIEME

— Je ne t'ai embrassée qu'une seulefoisjusqu'ici, le jour de ta venue ; et cependant; les vieillards ont besoin de toucher quelquefois de leurs lèvres, le front d'une femme ou la joue d'un enfant, pour croire encore à la fraîcheur de la vie et éloigner un moment les menaces de la mort. As-tu peur de mes vieilles lèvres ? Comme j'avais pitié de toi ces mois-ci!...

Grand-père, je n'étais pas malheureuse...

AKKEL.

Laisse-moi te regarder ainsi, de tout près, un moment... on a tant besoin de beauté aux côtés de la mort...

Entre Golan d.

GOLAUD

Pelléas part ce soir.

ARKEL.

Tu as du sang sur le front. — Qu'as-tu fait ?

GOLAUD

Rien, rien... j'ai passé au travers d'une haie d'épines.

Baissez un peu la tête, seigneur... Je vais essuyer votre front...

golaud, la repoussant.

Je ne veux pas que tu me touches, entends-tu ? Va-t'en, va-t'en ! — Je ne te parle pas. — Où est mon épée? — Je venais chercher mon épée...

Ici ; sur le prie-Dieu.

GOLAUD

Apporte-là. — A Arkël. On vient encore de trouver un paysan mort de faim, le long de la mer. On dirait qu'ils tiennent tous à mourir sous nos yeux. — A Mélisande. Eh bien, mon épée ? — Pourquoi tremblez-vous ainsi ? — Je ne vais pas vous tuer. Je voulais simplement examiner la lame. Je n'emploie pas l'épée à ces usages. Pourquoi m'examinez-vous comme un pauvre? — Je ne viens pas vous demander l'aumône. Vous espérez voir quelque chose dans mes yeux, sans que je voie quelque chose dans les vôtres ? — Croyez-vous que je sache quelque chose ? — A Arkël. Voyez-vous ces grands yeux ? — On dirait qu'ils sont fiers d'être riches...

ARKEL.

Je n'y vois qu'une grande innocence...

GOLAUD

Une grande innocence!... Ils sont plus grands que l'innocence ! . . . Ils sont plus purs que les yeux d'un agneau... Ils donneraient à Dieu des leçons

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