SCÈNE I Une fontaine dans le parc
Entrent Pelléas et Mélisande.
PELLÉAS
Vous ne savez pas où je vous ai menée ? — Je viens souvent m'asseoir ici, vers midi, lorsqu'il fait trop chaud dans les jardins. On étouffe, aujourdhur, même à l'ombre des arbres.
Oh! l'eau est claire...
PELLÉAS
Elle est fraîche comme l'hiver. C'est une vieille fontaine abandonnée. Il parait que c'était une fontaine miraculeuse, — elle ouvrait les yeux des aveugles. — On l'appelle encore la « fontaine des aveugles ».
Elle n'ouvre plus les yeux des aveugles ?
PELLÉAS
Depuis que le roi est presque aveugle luimême, on n'y vient plus...
Comme on est seul ici... On n'entend rien.
PELLÉAS
Il y a toujours un silence extraordinaire... On entendrait dormir l'eau... Voulez-vous vous asseoir au bord du bassin de marbre ? Il y a un tilleul où le soleil n'entre jamais...
Je vais me coucher sur le marbre. — Je voudrais voir le fond de l'eau...
PELLÉAS
On ne l'a jamais vu. — Elle est peut-être aussi profonde que la mer.
Si quelque chose brillait au fond, on le verrait peut-être...
PELLÉAS
Ne vous penchez pas ainsi...