‹ Pelléas et MélisandeChapitre 9 sur 49 · SCÈNE I Une fontaine dans le parc · texte numérisé non relu

SCÈNE I Une fontaine dans le parc

Entrent Pelléas et Mélisande.

PELLÉAS

Vous ne savez pas où je vous ai menée ? — Je viens souvent m'asseoir ici, vers midi, lorsqu'il fait trop chaud dans les jardins. On étouffe, aujourdhur, même à l'ombre des arbres.

Oh! l'eau est claire...

PELLÉAS

Elle est fraîche comme l'hiver. C'est une vieille fontaine abandonnée. Il parait que c'était une fontaine miraculeuse, — elle ouvrait les yeux des aveugles. — On l'appelle encore la « fontaine des aveugles ».

Elle n'ouvre plus les yeux des aveugles ?

PELLÉAS

Depuis que le roi est presque aveugle luimême, on n'y vient plus...

Comme on est seul ici... On n'entend rien.

PELLÉAS

Il y a toujours un silence extraordinaire... On entendrait dormir l'eau... Voulez-vous vous asseoir au bord du bassin de marbre ? Il y a un tilleul où le soleil n'entre jamais...

Je vais me coucher sur le marbre. — Je voudrais voir le fond de l'eau...

PELLÉAS

On ne l'a jamais vu. — Elle est peut-être aussi profonde que la mer.

Si quelque chose brillait au fond, on le verrait peut-être...

PELLÉAS

Ne vous penchez pas ainsi...

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