‹ Pendant l'invasionChapitre 10 sur 10 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

M. T.AUNAY, MAXIME, LOUISE; M. LAUNAY Maxime , j’ai besoin

De presser votre cœur sur le mien ! ' — Ah ! si sombre Que soit l’heure présente où notre gloire sombre , Malgré l’affront que rien ne peut faire oublier ,

Je vous bénis d’avoir préservé mon, foyer !

LOUISE

Que je serre à mon tour votre main , — la meilleure , La plus digne , monsieur Maxime !"

MAXIME

Tout à l’heure

.Vous ne me disiez pas : monsieur.

M. LAUNAY

Un mot affreux !

maxime

Vous m’appeliez Maxime et j’étais bien heureux !

LOUISE

Ah ! soyez-le toujours ! — Que le ciel que je prie Vous garde encor longtemps , longtemps , à la patrie Et vous conserve à nous , ami des jours de deuil ,

Hôte vaillant par qui fut protégé le seuil De la maison ! — J’ignore où le destin nous pousse , Mais je le dis ici , cette heure m’est bien douce , Maxime , qui me met la main dans votre main ,

' Et qui me verse ainsi l’oubli du lendemain !

Soyez béni !

(Levant au ciel ses mains jointes.)

Mon Dieu 1 c’est assez de souffrance ,

Et c’est assez de sang ! délivrez notre France !

Faites que tous ces bras , levés pour la venger ,

Avant de retomber , dispersent l’étranger !

Que notre sol soit libre enfin ! et notre air libre !

Pour que nos cœurs , en qui la haine aujourd’hui vibre , Se rouvrent à l’amour , calmés et consolés !

MAXIME

Parlez ! parlez encore ! Oh ! lorsque vous parlez ,

Si noble est votre voix et si persuasive ,

Que je me sens saisi par cette flamme vive Que met en nous l’audace , aux viriles fiertés !

Je vous comprends ! je vous admire !

LOUISE , comme inspirée*

Oui ! oui ! partez ,

Ami ! c’est le devoir unique qui s’impose î Défendre son pays est l’immortelle chose —

Partez ! rien n’est plus grand que cet acharnement D’un peuple qui combat jusqu’au dernier moment ,

Qui s’obstine et , trahi , jette devant l’abime ,

Comme un défi , son cri de révolte sublime.

Et qui n’accepte pas les compromis humains ,

Tant qu’il reste un tronçon d’épée entre ses mains ! Qu’importe qu’il ne puisse arracher la victoire ,

S’il apparaît au monde enveloppé de gloire ,

Et si le mondé ému se sent à son aspect Pénétré jusqu’au fond de trouble et de respect î

MAXIME

Oh ! quel ange êtes- vous 1 Car l’archange lui-mênae , Qui trône aux cieux , n’a pas un accent plus suprême ?

La lumière rayonne autour de vous! merci ,

Vous que je vais quitter, de me parier ainsi! —

Oui ! je pars ! — Et ma vie et le sang de mes veines Et ma jeunesse et tous ces rêves dont sont pleines Les âmes de vingt ans , oui ! je te donne tout ,

France ! et je remplirai mon deyoir jusqu'au bout^

Avec bonheur , avec amour , avec ivresse !

— Mais (oh ! pardonnez-moi) puisque le sort me laisse Cette minute , à moi qui bientôt n'aurai plus Que le cher souvenjir des beaux jour;^ révolus ,

Des jours heureux auxquels il faut que je renonce ,

Pour que ce souvenir dans l’ombre ou je m’enfonce M’accompagne et me ,s(^t un taiîsnian doux ,

Je voudrais bien — peut-être., hélas t trou verezr vous :

PrifttANT L'INVASION

Que mon désir est fou , que mon audace est folle — Emporter sur mon cœur un mot qui me console,

Un mot de vous qui soit , si je vis , un espoir — Un adieu, si je dois mourir sans vous revoir. —

Louise , je vous aime ! oh ! jose vous le dire

Enfin !

LOUISE

Je le savais.

(Mouvement d’étonnement de Maxime.)

Sans doute , ami ! — pour lire Dans une âme loyale et sincère , il ne faut Qu'avoir lame sincère et loyale — ou , plutôt , Pourquoi le cacherai-je. à ce moment suprême ?

Je sais que vous m'aimez — parce que je vous aime. Puisque mon père est là , je vous fais cet aveu.

LAUNAY

Chère enfant !

MAXIME

Vous m'aimez ! — elle m’aime , © mon Dieu Le ciel , où mon regard reconnaissant se noie,

N’a pas autant d'azur que mon cœur a de joie !

Je suis heureux , vi*aiment ! Vous m'aimez ! les Prussiens

Paieront cher un tel mot Alors , si je reviens ,

Dites , vous daignerez , Louise , être ma femme t

LOUISE

Si mon ipère y consent , oh ! de toute mon âme.

PENDANT L’IN VASION

M. LAUNAY

Si j’y consens,! jamais rêve plus caressé N’a réjoui le cœur d’un père intéressé Au bonheur de sa fille , et j’aime encore à vivre Quand je vois vos deux fronts dont l’éclat fier m’enivre ! Vous êtes tout pour moi ! Vous réchauffez mes ans Glacés par les hivers ! et , près de vous , je sens , Comme un arbre vieilli qu’un rayon d’astre dore ,

Ma nuit se dissiper et se fondre en aurore !

(On entend le bruit du tambour.)

Mais où donc m’égaré-je l hélas ! — C’est le tambour Qui bat.

(Silence prolongé.)

MAXIME

Ange adoré , Louise , mon amour ,

Un baiser ! rien qu’un seul ! pour que je meure ou vive Heureux , et que je sois à vous , quoi qu’il arrive !

O Maxime !

MAXIME

Un baiser ! le premier ! voulez -vous \ LOUISE

Je veux , ô mon ami , ce que veut mon époux. Devant mon père et Dieu suis-je pas votre femme ? Vous aimer est ma joie et mon bonheur.

MAXIME

Chère âme !

(Us se tiennent embrassés.)

M. LAUNAY , à part.

Oh ! les beaux fiancés ! quel couple radieux î L’une est la fleur , et l’autre est l’arbuste ! tous deux • Sont jeunes !,..•• Et songer , pendant qu’ils sont en fêtes , Que l’éclair sanglant plane au-dessus de leurs têtes !

(Haut.)

O mes enfants , soyez bénis ! — Et vous , soyez Maudits , ô tas de rois , destructeurs des foyers !

GIRARD5 apparaissant à la porte du milieu.

Jeune homme , venez- vous l l’affaire sera chaude. Nous allons attaquer un escadron qui rôde De ces côtés.

MAXIME

Tant mieux ! — Adieu , Louise , adieu !

— Partons ! marchons , monsieur , j’ai soif de sang.

Soit avec vous !

M. LAUNAY

Que Dieu

GIRARD

Merci.

Page 1