‹ Pendant l'orage. Préf. de Jean de GourmontChapitre 18 sur 73 · LA CROIX-ROUGE · texte numérisé non relu

LA CROIX-ROUGE

ne les pressaient en ce moment. La Croix- Roug-e ! Que serait, aujourd'hui, une telle guerre, si la Croix-Rouge n'existait pas ? Et pourtant, elle a eu un commencement. La bataille de Solférino s'est encore déroulée, a entassé des monceaux de pauvres blessés sans que la charité privée ait eu l'idée de venir à leur secours. Alors, je pense au .Genevois Dunant, à cet homme de bien auquel tant de malheureux soldats doivent l'existence, les soins, le réconfort, les secours qui permettent à la vie de lutter contre la mort. Henri Dunant était un voyageur et un historien. Je ne sais pas comment il fut appelé à s'occuper de cette question poiernante, la relève des blessés sur le champ de bataille, mais il donna à l'œuvre qu'il entreprenait sa forme définitive et une forme si flexible qu'elle a pu s'adapter à toutes les circonsUinces, grouper toutes les bonnes volontés et toutes les charités. Il lui

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donna tout, sauf peut-être son nom, dont je ne connais pas l'orig-ine. Certes, il j a toujours eu des médecins et des brancardiers militaires. mais eux-mêmes reconnaissent que, sans la Croix-Rouge, ils seraient insuffisants. Honorons donc ce brave Dunant et donnons-lui un souvenir et un élan d'admiration, à cette heure où s'affirme plus que jamais la beauté et la g-randeur de son oeuvre d'humanité.

22 novembre ifji^.

Il est situé à Paris, car c'est en France, maintenant, qu'il faut chercher la Belg"ique,le Gouvernement au Havre et à Dunkerque, les habitants un peu partout.

L'ancien séminaire de Saiut-Sulpice ne servait à rien, on avait projeté d'y transférer le musée du Luxembourg-, mais ce projet, comme tant d'autres, somnolait. Ce fut heureux, si quelque chose d'heureux peut arriver en ces temps-ci, car ce vaste bâtiment s'est trouvé à point pour recueillir un '^^roupe important de pauvres réfugiés bel- ;es, plus d'un millier. C'est un villag-e,

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c'est aussi une hôtellerie. Les uns y sont installés à demeure, les autres y passent, qui n'ont trouvé que des travaux temporaires, dans leur exil momentané et toujours plein d'espoir. Beaucoup de femmes et d'enfants, beaucoup de familles. On les a réunies dans des galeries phalanstériennes, dans de petites chambres. Ici ou là, les hôtes sont pourvus de tout. L'œuvre qui veille sur eux veut qu'ils soient confortablement nourris, chaudement vêtus et même, car il n'y a pas de cheminées dans l'ancien asile ascétique, des poêles, puisque le froid est venu, ronflent dans les couloirs. Le villag-e a même un médecin qui le visite tous les jours et se dévoue là, comme il s'est dévoué ailleurs, le docteur Lasne-Desvareilles. C'est lui qui m'a révélé cette œuvre qui, ennemie de la réclame (elle en a besoin, cependant), a été fondée, dès les premiers événements cruels du mois d'août, par un

groupe de commerçants, d'habitants du quartier, au premier rang- desquels il faut nommer M. Peiietier, l'officier de paix du VI*^. Cela fait que ses g-ardiens de la paix sont devenus les bons g-endarmes du villag-e en même temps que ses dévoués protecteurs. Allez voir cela, vous serez bien venus si vous êtes des curieux sympathiques, mais mieux encore si vous n'y venez pas les mains vides.

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