‹ Pendant l'orage. Préf. de Jean de GourmontChapitre 20 sur 73 · LE NEUTRE · texte numérisé non relu

LE NEUTRE

sur l'Europe entière, sur le monde entier, est-ce possible ? Si la balance pèse à droite ou à içauche, les intérêts du neutre seront lésés ou favorisés. Comment lui demander une impassibilité qui serait vraiment stoïque '? Tout ce que peut faire le neutre qui veut le paraître, qui ne veut encourir de reproches ni d'un côté ni de l'autre, est d'observer les règ"les du droit international, qui sont assez limitées et assez précises, et de les observer mécaniquement, pour ainsi dire, sinon en esprit, du moins à la lettre et avec crainte. Mais qui saura ce qui se passe dans son cœur ? Qui pourra sonder ses vœux secrets ? Le neutre, d'une impassibilité rif^oureuse, serait une sorte de monstre inhumain, quasiment inconcevable. Il ne faut pas évidemment aller jusqu'à dire : « Celui qui n'est pas pour moi est contre moi. » On ne peut pas se déclarer neutre et prendre parti. II ne faut pas choisir et c'est

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ce qui rend la qualité de neutre si délicate. Le plus habile se conduira avec le plus d'ég"oïsme. Il pensera à soi d'abord, mais sans se faire d'illusions, car cet ég-oïsme même sera mal interprété. En somme, il est si difficile d'être un vrai neutre qu'il vaut peut-être mieux être belligérant.

LEUR MISSION 8l

2 décembre igi/f.

Il ne faut pas confondre Hug^o de Claparède, professeur de droit à Genève, avec Edouard Claparède, le directeur des Archives de psychologie^ dont je ne connais pas les sympathies, mais dont je doute qu'elles puissent, en tout cas, s'exprimer d'une faron aussi maladroite. Donc Hug"0 de Claparède se fit emboîter et rabrouer, l'autre jour, à Genève, par son auditoire, pour avoir parlé de la « mission des armées allemandes ». Qu'y a-t-il donc dans la cervelle de ce protestant harg-neux? N'a-t-il pas encore pardonné à l'ancienne France

d'avoir forcé jadis ses ancêtres à émigrer à Genève? Sa rancune lui aurait-elle crevé sur le cœur, au moment même où tout lui commandait au moins la réserve, sinon le silence? Et puis, quelle maladresse de s'en aller parler, à Genève, pays neutre et qui aurait pu être envahi, de la mission des armées allemandes qui ont traité comme l'on sait la Belgique! Si M. Hugo de Claparède réprouve toute solidarité de son pays avec la France, n'aurait-il pas pu tout au moins montrer quelque sympathie pour la malheureuse Belgique? Belle mission, en vérité, que celle de ravager et de détruire un petit pays innocent qui ne fit que son devoir, qui était d'essayer de défendre, même par les armes, sa neutralité consacrée par les traités! Certes, la conduite des Allemands dans le nord de la France a été également sauvage, mais c'est un grand pays qui peut et qui sait se défendre effica-

cernent. La Belg-ique ne le pouvait pas. L'agression contre ce pays a été odieuse ; elle demeurera impardonnable. Travestir cela en mission, quelle mentalité î Et c'est de Genève que cela nous vient, d'une ville neutre de civilisation française ! Méprisons ce professeur, comme le méprisent ses élèves.

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