VIEILLES CHOSES
core ! Gomme elles nous semblent heureuses les époques où nous discutions sérieusement de l'avenir du cubisme ou des mérites respectifs du vers libre et du vers régulier ! Il fut un moment, au mois d'août, où je crus fermement que tout cela était fini, à tout jamais, qu'il ne serait plus jamais question .ni d'art, ni de poésie, ni de littérature, ni de science même, mais je crois bien que j'exag"érais. L'esprit tend naturellementvers les habitudes qui maintiennent son activité. On se rappelle la légende du siège de Paris d'un fervent ou d'un distrait qui bouquinait sur les quais, au bruit des obus. J'ai vu l'autre jour quelque chose, non de pareil, mais d'analogue, un monsieur converti par un ami au culte des livres rares commencer une collection de premières éditions à l'heure où des écrivains désespèrent encore d'achever jamais l'oeuvre qu'ils ont commencée, puis abandonnée. C'était un sage.
Le jour viendra, en effet, il vient déjà, on sent son approche, où les petites passions de la curiosité vont égoïstement reprendre et envahir à nouveau la vie.
LA CONFIANCE QD
LA CONFIANCE
i3 décembre it)i4'
Il y a long-temps que je l'ai dit pour la première fois : la vie est un acte de confiance. Il faut, pour vivre, avoir confiance dans sa santé, dans sa fortune, dans son travail, dans sa femme, dans ses amis. Quand une de ces sources de confiance est atteinte, la vie est endommagée ; quand toutes ont fléchi, la vie est impossible. Confiance n'est pas certitude. Il n'y a pas de certitude pour les activités qui se développent dans l'avenir, il y en a à peine pour les actes présents, mais la confiance est précisément le sentiment qui joue le r«Me que la certitude assume dans la réirion
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intellectuelle. Ce n'est qu'un sentiment. Comme tel, il est purement subjectif, attaché à un individu ou à un groupe. Il est conservateur de cet être, ou de ce groupe d'êtres. Il n'est pas créateur, quoique sans lui la création soit impossible. Il ne détermine pas les résultats, mais sans lui les résultats ne pourraient être déterminés. C'est un des chapitres les plus curieux de la psychologie mêlée de l'intelligence et des sentiments et celui où on démontre le mieux la dépendance de ces deux activités. Un peuple qui n'aurait pas confiance en lui-même ne pourrait vaincre. Il n'est donc pas inutile de constater la confiance des combattants, puisqu'elle montre qu'ils sont dans les seules conditions où l'on peut, comme le répète chaque jour le général Donnai dans le titre de ses articles, atteindre au succès final. Du point de vue de la raison toute nue, la confiance n'aurait pas grande valeur.
LA CONFIANCE
puisqu'on peut toujours la ran^s^er dans le chapitre des illusions, mais l'homme ne se sert jamais de sa raison pure qui n'est qu'une conception philosophique, et même le langage a devancé l'objection des abstracteurs en unissant les deux termes dans une locution : confiance raisonnée. Derrière ce bouclier, la confiance est peut-être une force invincible.
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Elles nous viennent maintenant des tranchées, des dépôts, des hôpitaux, des camps de prisonniers. Oui est mort, qui est blessé, qui est malade ? Le Bulletin des Ecrivains, n° 2, répond à ces questions pour le mois qui vient de s'écouler. Il n"a pas été très meurtrier pour les lettres, d'où on peut en inférer qu'il a été le même pour l'ensemble des armées, malgré la fréquence des combats et la progression des lignes, mais il n'y a pas mal de blessés, quelques prisonniers et encore des disparus. Avec ces trois catégories, on ferait un excellent som-
maire de revue ou de journal littéraire, on alimenterait une librairie. Que faut-il entendre par « disparus » ? On reporte toujours à cette liste le charmant du Fresnois. Hélas î Quel espoir laisse-t-il encore ? Il est disparu depuis les premiers combats en Belgique. Serait-il blessé g-rlèvement et prisonnier en Allemagne ? Triste perspective, et c'est la meilleure. Il en est de même du jeune romancier Alain-Fournier. Cependant, son ordonnance aurait pu revenir sur le lieu du combat où il était tombé et reconnaître le corps. Il est donc peu permis, à moins d'une erreur inexplicable, d'avoir des doutes sérieux. Par prudence, les rédacteurs l'ont mis parmi les disparus. Ce serait une perte très sensible pour les lettres. En somme, ce bulletin continue d'être un document très triste et très glorieux, quoique la gloire qui échoit à quelques-uns soit une gloire définitive et sans le lendemain qu'ils
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avaient rêvé. Mais les lendemains sont bien incertains et peut-être vaut-il mieux mourir en pleine force et en pleine jeunesse que d'en courir les risques. Il y a long-temps que les Anciens, si sages, avaient mis au premier rang- des amis des dieux ceux qui meurent jeunes. Ce qui nous paraît une injustice du sort est peut-être un privilège. N'importe! Il est douloureux pour ceux qui le contemplent.
LA VIE DANHEREUSE lOI