‹ Pendant l'orage. Préf. de Jean de GourmontChapitre 29 sur 73 · JUGEMENTS I · texte numérisé non relu

JUGEMENTS I

C'est aussi un ig-norant, car il devrait savoir que les crocs de son pessimisme n'ont pas épargné ses compatriotes, moins encore que les autres peuples. « En prévision de ma mort, dit-il dans ses Memorabilia, je fais cette confession que je méprise la nation allemande à cause de sa bêtise infinie et que je roug^is de lui appartenir. » Je crois vraiment que, s'il était notre contemporain, il ne reviserait pas son jugement, encore qu'on puisse n'y voir qu'une rude boutade et peut-être une imitation de la manière de Voltaire. Ces grands Allemands du passé nous appartiennentd'ailleurs presque autant qu'à l'Allemagne. Ils ont tous sucé le lait de la culture française, Goethe le premier. Schopenliauer doit beaucoup à Ghamfort et à Voltaire, Nietzsche, qui haussait les épaules à l'idée seule de culture allemande,avait l'esprit plein de nos plus pénétrants écrivains. Pour moi, je ne les abandonne pas

I06 PENDANT l'orage

plus que je n'abandonnerais Shakespeare ou Leopardi. Je n'ai pas conscience, en les aimant, d'aimer la pensée allemande, mais bien la pensée humaine.

Page 1