RAPPROCHEMENTS 1 2D
les mêmes situations? Non, sans doute, et ce n'est là qu'une illusion, qui vient de ce que, dans deux situations analogues, on ne prend qu'un détail particulier ou bien qu'on ne se sert que d'expressions tellement générales qu'elles peuvent convenir à des circonstances qui ne sont pas très éloignées l'une de l'autre. La langue latine fixe admirablement les traits généraux et manque de précision pour le détail. Au commencement du dernier siècle, on a pu écrire un résumé d'histoire de la Révolution, en ne se servant que de citations ou centons d'historiens latins. Mais ce genre de littérature ne sert qu'à jeter de la confusion dans les esprits. Il n'en est pas de même d'une simple citation appropriée qui nous montre qu'il n'est pas de circonstances absolument uniques. J'avoue même que j'ai un faible pour ces rapprochements, tout en me rendant compte de leur inanité fondamentale^
12 0 PENDANT LORAGE
Cela amuse les esprits énervés par une long-ue attente. Cela calme leur impatience et c'est aussi d'un bon enseig^nement philosophique. Le même article se terminait par cette réflexion de Vauvenarg-ues, qui est en effet à méditer: « Le contemplateur, mollement couché dans une chambre tapissée, invectivera-t-il contre le soldat qui passe les nuits de l'hiver au bord d'un fleuve et qui veille en silence, armé pour le salut de la patrie ? ))
INrOCATION 127
INVOCATION
D janvier igio.
Je crois que c'est Léon Blov qui a dit dans son style exaspéré qu'il n'y a pas de nom plus prostitué que celui de Dieu. En termes plus modérés, il n'y en a pas dont on abuse davantage ; c'est la g-rande ressource de ceux qui n'ont plus rien à dire, et l'on s'en remet à Dieu quand l'espoir raisonnable est devenu humainement impossible.
Sans doute, cela est touchant dans nombre de circonstances, et je ne voudrais pas ravir aux malheureux l'expression suprême de leurs dernières angoisses. Mais quand cet appel prend des formes comiques, des for-
mes familières et protectrices, il est impossible de De pas en rire. Il y a une phrase du dernier manifeste de l'empereur allemand» qui m'a fait cet efïet-là. Elle est si drôle ; que je doute même un peu qu'elle ait été exactement traduite : « Confiant, dit-il, dans l'aide éclairée de Dieu... » Cet homme assurément divag'ue. Iljug'e rinfini. Il lui accorde certaines qualités d'intellig^ence. Evidemment la prochaine fois il le nommera conseiller intime et lui décernera la croix de fer. Il divague ou, dans son émotion, il laisse voir le fond de sa nature, qui est faite de bêtise allemande et d'org-ueil allemand. Comment ce Dieu ne serait-il pas flatté d'être jug-é si favorablement par un si grand personnage? Et comment ce détenteur delà victoire ne la remettrait-il pas aux mains de qui sait l'apprécier en termes aussi décisifs ? Dieu prend ici toute l'apparence d'un fétiche, d'une idole d'antichambre. Et c'est
INVOCATION
le Père naturellement qui, comme Ta dit un courtisan, est réservé à l'usag-e de l'empereur. Il l'emporte en voyage dans sa valise et le place sur son bureau, quand il écrit ses proclamations.
LA I^REMIÉRE GUERRE
12 janvier igio.
Quelqu'un me demande avec ing-énuité : « Ou elle a été la première g-uerre?» Et moi, avec une non moindre ingénuité, j'ouvre une chronolog"ie et je cherche. Pas bien longtemps, car, à la réflexion, je me rends compte que la question est absurde. Si haut que l'on remonte, on trouve une société, analogue aux sociétés actuelles des hommes. En rien, il nV a eu de commencement. Le commencement est une conception de l'esprit. Autrefois, même, est devenu un mot qui n'a plus qu'une valeur relative.
LA PREMIÈRE GUERRE l3l
car plus on examine le passé et plus ou s'aperçoit qu'il ressemble beaucoup au présent. L'évolution de l'humanité a été tout extérieure. Il y eut des temps sans canons, il y eut des temps sans épées de métal, mais des temps sans g^uerre ou sans violence, cela dépasse l'entendement. Si l'on conçoit un moment de l'histoire de la terre sans la présence d'une humanité plus ou moins intellig"ente, on se trouve encore en face de sociétés animales fort guerrières, telles que les fourmis et les termites. Dès qu'ily eut vie, il y eut aussi bataille. Oui, demandez-vous plutôt, non pas quelle fut la première guerre, mais quelle fut la première paix, quelle fut la période où la vie ne se dressa pas contre la vie. Pensez qu'il y a des luttes mortelles non seulement entre les animaux, mais entre les plantes, qu'il y en a peut-être entre les minéraux^ que la vie d'une espèce est incompatible avec la
vie de telle autre espèce. Il y a décidément beaucoup de philosophie dans le mot de Darwin. Toute la philosophie y est peut-être incluse.
l'autre HOPITAL l33