‹ Pendant l'orage. Préf. de Jean de GourmontChapitre 48 sur 73 · LE BON PORTRAIT · texte numérisé non relu

LE BON PORTRAIT

i3 février iQio.

Jai eu roccasion, ces temps derniers, de faire venir de Londres une traduction anc^Iaise du poète latin Lucrèce. Pourquoi ? Ce serait trop long- à expliquer. Enfin, le livre est venu et je me suis mis à lire la notice sur le traducteur mise en tête du volume, que je n'ai pu fermer avant de l'avoir achevée. Il n'est pas un a;-enre littéraire où les Ang-lais soient davantag-e nos maîtres quje celui delà hiof^raphie. Eux seuls savent faire le bon portrait, celui qui marche, qui parle, que l'on voit, que l'on entend. C'est merveilleux. Le traducteur de Lucrèce fut

un professeur de Cambridge, auquel ce travail valut une grande réputation d'écrivain et d'érudit. Il s'appelait J. Munro et son biographe s'appelle J.-D. Duff, également de Gambridg-e. Il nous apprend que Munro était de taille moyenne avec de larg^es épaules, les cheveux châtain foncé, partagés en deux par une raie médiane et bouclés. Il avait l'habitude, quand il parlait, de les caresser et de les tirer. Son visag'e était entièrement rasé. Les yeux étaient bleus, très expressifs, le nez large, les lèvres serrées, aux coins tombants. Je néglig-e d'autres détails. Il portait un chapeau haut, des vêtements noirs, et, quand il se promenait, tenait ses mains derrière le dos. Il ne fumait pas et ne prenait pas de thé. Après dîner il se retirait dans son salon où il s'asseyait dans un haut fauteuil à g-auche de sa cheminée, un livre à la main, et quand il avait un visiteur, c'est sur ce livre qu'il

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parlait. Il posait sur un tabouret ses pieds chaussés de pantoufles. Il déjeunait de très bonne heure et ne prenait que du pain et du beurre, ainsi qu'à son lunch. Sa conversation s'ég'arait très souvent sur l'antiquité. Il détestait les « potins » et baissait la voix quand il parlait des scandales de la cour de Tibère. Il lisait le Times et ne se servait que de plumes doie.

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