BRUNSWICK
lui-même sympathisa fortement avec les femmes du pays, sur lesquelles il donne des détails qui prouvent leur obéissance. Si je restais ici quelque temps, dit-il, j'établirais un petit sérail. Comme ces guerres de Napoléon étaient franches et honnêtes, qu'elles laissaient peu d'amertume aux vaincus !
Beyle, malgré les femmes et tout en travaillant de son métier d'intendant, s'ennuyait fort à Brunswick. Il n'en étudia pas moins les mœurs du pays, et si bien qu'il y prit l'idée d'une étude g-énérale sur l'Allemagne, qu'il n'a jamais écrite ni commencé d'écrire, à moins qu'on y rattache le Voyage à Brunswick^ qui a été publié, en 1898, par M. de Mitty. Le pays lui semble affreux ; les routes sont si mauvaises qu'elles en sont un danger, si bien que les voitures passent à travers champs. Les paysans sont mous, paresseux, stupides. La nourriture, selon son expression, y est bêtifiante ;
soupe à la bière, choucroute, rôti avec salade de racines de choux, le tout d'une odeur détestable. Comme fruits, je cite Stendhal : « Des fraises, mais allemandes, ça veut dire grosses, belles et sans parfum. » Mais ce sont les lits qui rendent la vie le plus pénible, car les draps sont inconnus et l'on couche entre deux coussins. Et cela continue, nous donnant la vision d'un petit coin de la vieille Allemagne sans grâce et sans goût.