‹ Pendant l'orage. Préf. de Jean de GourmontChapitre 61 sur 73 · LE FLEUVE MONTE · texte numérisé non relu

LE FLEUVE MONTE

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Le fleuve monte, le fleuve de sang... Le premier Bulletin des Ecrivains parut dans les premiers jours de novembre- Il notait, sous sa rubrique « Tombés au champ d'honneur », dix-sept noms. Au mois de décembre, il y en avait vln2;-t-cinq. Au mois de janvier, le total montait à trente-six; au mois de février, il était de quarante-huit ; en mars, de cinquante-huit. Il atteint soixante-huit en avril. A cette liste il faut ajouter onze disparus, trop bien nommés, car il y en a peu qui reviendront. C'est donc en huit mois révolus une moisson

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de quatre-vingts écrivains, la plupart tout jeunes. Depuis les temps civilisés, aucune grénération littéraire n'avait eu sans doute un pareil destin. Et il ne faut pas se flatter que cela soit fini. Peut-on se consoler en song'eant que la moisson a été encore plus abondante de l'autre côté, non de la barricade, mais des tranchées ? En tout cas, cela ne ressuscitera pas les nôtres. Aujourd'hui, ceux que je veux pleurer plus spécialement ne figurent même pas sur ces listes. Ce sont les poètes, les écrivains, les créateurs de l'art ou de la pensée qui n'étaient encore rien qu'une fleur à peine ouverte et qui ont été et qui seront fauchés avant d'être connus même d'eux-mêmes.

Des générations ont vécu, ont peiné, ont obscurément pensé à celui en lequel elles s'épanouiraient un jour, et voilà qu'il est tombé, comme la vie s'ouvrait pour lui. Salvete, flores martyrum! comme dit le

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