‹ Pendant l'orage. Préf. de Jean de GourmontChapitre 64 sur 73 · LA DANSEUSE DE SHAMAKUA · texte numérisé non relu

LA DANSEUSE DE SHAMAKUA

. regards se portaient inslinctivement sur Omm-Djehâne, soit que ce fût l'absence de fard, soit que ce fût la sévérité plus grande de sa parure, soit plutôt le charme vainqueur de sa personne. Une fois qu'on Tavait regardée, les yeux ne s'en détachaient plus. » Comme il n'y avait qu'une danseuse, il n'y avait qu'un musicien qui tirait d'une longue guitare à long manche et à ventre doublement renflé des sons plaintifs ou saccadés, quelquefois volontairement discordants. La* description que fait Gobineau de la danse elle-même est d'une étrange vérité extérieure. La danseuse ne danse pas et elle remue à peine : elle vit. Son ondulation ressemble au lent gonflement des vagues de la mer venant à leur tour mourir sur la grève : aucune n'est différente et toutes ont un attrait nouveau : « Elle glissa par une vibration imperceptible. » C'est bien cela, et pourtant on éprouvait quelque chose de

rémotion qui surgit d'un poème récité dans une langue inconnue. Omm-Djehâne, muette, parle avec son corps, qui va et vient comme de l'eau, se répand, s« retire, se fond ou s'exalte, avec des nuances si fondues qu'on dirait, en effet, la palpitation des vagues qui disent beaucoup de choses. Estelle persane, arménienne, caucasienne? Elle est admirable.

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3 Jaillet igi5.

Depuis quelques années, la gloire de Voltaire a singulièrement reverdi; la guerre actuelle aura même rendu à telles de ses œuvres une valeur d'intérêt ou de curiosité que l'on ne pensait pas qu'elles dussent reprendre. On crovait qu'il n'amusait plus comme on avait cru qu'il n'instruirait plus jamais, et voilà que M. Salomon Reinach bâtit presque toute la partie moderne de son Histoire des religions sur Y Essai sur les mœurs, de Voltaire, et que M. Victor Tissot réimprime dans une collection populaire sa Vie privée du roi de Prusse, dont

Macaulay disait : « C'est le pamphlet le plus mordant qui ait été jamais écrit. » Mais c'est encore autre chose, c'est l'exposé le plus clairvoyant des secrets et des pratiques de la politique prussienne, telle qu'elle fut fondée par leg-rand Frédéric. En somme, le pamphlet de Voltaire se trouve parmi les préfaces les plus utiles à qui veut connaître, et c'est tout le monde aujourd'hui, « l'âme allemande » ; et Voltaire nous initie à cette connaissance, non pas au moyen d'un in-8*^ à l'embêtant pédantisme psycholog"ique, mais par un pamphlet lég-er où tout est dit d'une façon spirituelle. C'est l'influence allemande, que nous avons si fort subie depuis quarante ans, qui nous a fait croire qu'il fallait être ennuyeux pour être substantiel, tandis que Voltaire lui-même nous avait enseig^né le contraire. « Tous les genres sont bons, a-t-il dit, hors le genre ennuyeux », et il faut tenir bon là-dessus et se bien per-

•suader qu'il y a plus de vraie philosophie dans Candide que dans la Critique de la raison pure. Après avoir presque tout détesté de Voltaire, j'en aime aujourd'hui à peu près tout, car je me suis aperçu, en le lisant, tout simplement, que cet homme, outre qu'il est un «;"rand écrivain, est le type même du sag-e. Tout ce qu'il a loué méritait d'être loué et tout ce qu'il a bafoué mérite le mépris. C'est peut-être l'esprit le plus sûr que je connaisse et, quoi que disent les sots, le moins superficiel. S'il a parlé de tout, c'est qu'il savait tout. Lisez-le. Voltaire est un étonnement.

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