C) COMÉDIES
ANGÉLIQ ^.
Que sais-jel
LUCIE
Moi, je voudrais qu'il fût général I
C'est bien vieux.
Pas toujours ! Et d'ailleurs il m'en aimerait mieux.
ANGÉLIQUE
Et puis tous ces soldats... Ils sont autoritaires...
LCCIE.
Pour leurs femmes? jamais 1 Très doux, les militaires! Vois mca oncle Vielfond, son grand cordon au cou; Ma tante vous le fait trotter comme un toutou ! Et n'est-ce pas gentil, faibles comme nous sommes, De laire trembler ceux qui font trembler les hommes? Et leur noble uniforme où le plus laid est beau ; L'épaulette étoilée et la plume au chapeau ! Et leurs aides de camp, pomponnés, flairant l'ambre, Et plus obéissants que des femmes de chambre...
Et la musique ! et le drapeau du régiment Et le canon qu'on tire à leur enterrement
ANGÉLIQUE
Es-tu folle ! Pour moi, j'aimerais un poète, Un coureur d'idéal, oui, quelque âme inquiète, Et qui, dans de beaux vers...
LUCIE, plaintivement.
Oh ! des vers ! oh ! pourquoi ?
ANGÉLIQUE
Pour me parler d'amour et de ciel. . .
LUCIE
Et de toi !...
Ce serait bien plus gai de passer la revue.
Le soir, par la forêt vaguement entrevue,
Nous irions, tous deux seuls et rêveurs, à pas lents...
LHCIE.
Bè ! Bè ! Vous auriez l'air de deux moutons bêlants ; Ton poète est malade et ta forêt sinistre...
8 COiMÉDIES
A dciaut d'un soldat, j'aimerais un ministre.
ANGÉLIQUE
Un ministre aujourd'liui l'est si brièvement.
LUCIE
Ou bien un diplomate.
ANGÉLIQUE
Oh! ma chère... assommant!
LUCIE
Enfin quelqu'un qui soit. ..quelqu'un dont je me flatte... Un juge!
ANGÉLIQUE
Encor bien vieux !
LUCIE
C'est si beau, l'écarlatel
ANGÉLIQUE
Dire qu'on ne sait pas leijuei sera l'époux! Que cet être .iltendu, dont le nom seul est doux, Leiui qui vous dira le premier: a Je vous aime! » 9n i nous prendra pour lui d'un mot, d'un regard même.
Et nous emmènera, notre mnin d.ins sa main, Où? qui li peul savoir? ((iiarid? peut-éire demain I En (jiii loiii l'avenir de iioii-e cii'ur repose, Sur 1 aie il L-liaruiant duiiut-l à peine on ose Lever les ^cux du nhe el doni on parle bas, L'ami le mailre, enlin... on ne le ^ onnail pas!... C'est ell'rajant. Lucie!
L< musique cesse.
LUCIE
Oh 1 Lien, si c'est un maître.
C'est bien plu'î elTrayant eiico^ d- le coiuiaitre! Moi. (jui j'épouserai, je l'ignore; en unis cas. Je sais, m.is 1res bien, qui je n'^; oustMai pas: C'esi uf. aiu.'isieur pareil au hoiid de la tète D'aujourdhvii.. . Non! ce veuf! as-lu vu cette tête?
ANGÉLIQ3J.
Il a l'air d'être bon.
LUCIE
C'est la beauté des vieux 1 Bon ! Il faut être beau ! Mais lui? quel nez ! quels yeuï' Et frisé I Pouff^uoi donc l'homme a-t-il cette ra;fe
10 COBSÉOJKS
De se faire frlseï" le jour du mariage ?...
Et ce cou rouge et nu comme un cou de dmùon,
Et ce tic de toujours vous demander pardon,
Et cet air effaré devant sa belle-mère !
Déjà !... Dis donc, as-tu remarqué, quand le maire
A dit : K La femme doit obéir au mari »,
Il s'est fait un silence !.. Et personne n'a ri !
Les dames ont pris l'air de quelqu'un qui se choque
Et mon oncle a grogné tout bas: a Oui, je t'en moque!»
ANGÉLIQUE
C'est dans la loi ; tu sais, d'ailleurs, quoi de plus doux : Aimer, c'est obéir.
LUCIE
Pour l'homme ' pas pour nous !
Pour une femme, aimer, ça veut dire qu'on l'aimo. La mariée, au fond, l'a bien compris de môme, Va ! Moi, j'ai vu cela d'abord rien qu'à son a oui ». Un petit a oui » tout sec... Et son veuf! Inouï!... «Oui, Monsieur.» S'il n'a pas pleuré, c'était tout comme: « Oui, Monsieur, »
ANGÉLIQOS,
Il était intimidé, pauvre homme!
LUCIE
De quoi ? de dire un a oui » ? Le maire est son fermier: D'ailleurs, puisqu'il est veuf, ce n'est pas le premier.
ANGÉLIQUE
Ahl c'est que ce mot-là, pense donc, est si grave... Nous verrons bien comment tu le diras, toi, brave 1
LUCIE
Moi? Ah! moi, je ferai carrément mon devoir,
Je ne glousserai pas mon « oui », moi ! Veux-tu voir,
Tout de suite?
ANGÉLIQUE
Mais non.
LUCIE
Mais si I ce sera drôle I...
Si I— nous nous marierons chacune, à tour de rôle... Nous avons ce qu'il faut ici pour le décor : Une salle, une table et puis... quoi donc encor?
Elle ctierche autour d'elle et arrangi! les meubles à mesure au'eik U>* nomma.
12 COUÉOIBS
Lesdeuxfeuteuils, le livre.. .Ah! bien. oui,mais le buste?
Elle pread un buste de hnie-ve sur la cheminée el va le poser sur un support vide derrière la table.
Je l'ai ! La ressemblance est très faiblement juste... Minerve! Oh ! si souvent on en change... Voilà!
Elle indique le duvant de la table où sont les fauteuils.
La fiancée, ici ! c'est toi ! le maire, là...
Elle indique Ve derrière de la table, du câté du mur.
C'est ce gros pouf, tu vois ?
Elle passe autour de la borne-pouf qui est entre le mur ci la table son voile de de^telle.
Avecl'écharpe au ventre...
Ou plutôt, non! c'est moi, le maire,..
Elle recule le pouf, rcii'e l'écharpe autour d'elle et s'installe miiint la table.
ANSÉLIQUE.
Et si l'on entre .
LUCIE
Que non !
Prenant une voix d'homme.
Mademoiselle ! Hum ! Hum ! Consentez-vous A prendre...enfin... Monsieur... Ta Italta pourépoux?
Sileaca.
Va, donc I
AISGÉLIQOB.
'b n'ose pas.
LUCIE
Mais personne n'écoute.
ANGÉLIQUE, "ioucemint.
Oui, Monsieur.
LUCIE
Oh ! ce OUI / l'on dirait qu'il te coûte 1
Ce n'est pas ça du tout ! liens ! prenas ma place ! à moi !
Angélique passe derrière la table. Lucie passe devant.
Et sois majestueuse et fière, étant la Loi I Tu vas voir...
Elle mime ce qu'elle dit.
Moi d'abord, au mot œ mademoiselle».
Je baisse les yeux, bien ! laissant la kyrielle Aller jusiju'à la fin sans autre mouvement, Quand c'est fait, je m'incline... Oh I mais légèrement. Et je répjiids... .Allons, parle! tu vas comprendre.
ANGÉLIQUE, faisant la grosse roix.
Mademoiselle...
lî COMÉDIES
LUCIE, baissant les yeux.
Làl
ANGÉLIQUE
Consentez-vous à prendre...
Ta! ta! ta! pour cpoux?
LDCIB, incline ud peu la tête, la relève et très hsut:
Oui, Monsieur !
ANGÉLIQUE , scandalisée,
Trop hardi!
LDCÎE.
Un oui n'est pas un non, on dit ce que l'on dit. D'ailleurs, ces choses-là sur moi n'ont pas de prise. Où j'aurai vraiment peur, mais peur! c'est à l'église! On entend la musique qui reprend doucement
Oh ! cette grande porte ouverte à deux battants, Ce Dieu qui semble dire : Entrez ! je vous attends Ces cloches en gaité sonnant leurs tintamarres, Le tonnerre de l'orgue éclatant en fanfares.
Cetîe grave douceur des chnnts religieux
Qui vous serrent le cœur et vous mouillent les ycMH,
Toutes ces grandes voix des grandes cathédrales 1
Jusqu'aux cierges avec leurs clartés sidérales.
Dans ce ciel de la nef aux ors éblouissants,
Un ciel d'apothéose où des blancheurs d'encens
Montent comme un nuage ou comme la pensée...
Et puis ce monde enQn, cette foule pressée
Qui vous cherche... oh ! d'abord je me trouverais nic^l,
Je mourrais !
LUCIE
Tu mourrais ? Oh 1 pas avant le Lai l Aucune femme encor n'a fait cette folie ; Quelque chose soutient !.. La toilette est jolie I
ANGÉLIQUE
Oh I mais rien qu'à poser le pied sur ce tapis, Lorsque l'on entre..
LUCIE
Et quand on sort.. Ah ! c'est l)iea pis Quand on entre d'abord, c'est au bras d'un ancêtre. Ou est Iraiche, un est bulle, ou, du moins, on croit i'ètrc.