CHAPITRE IV
LA PÉNICILLINOTHÉRAPIE
Nous analyserons tout d’abord ia bibliographie intéressant cette question, en limitant notre travail à l’étude de la pénicillinothérapie dans le domaine de la pathologie pulmonaire. Nous exposerons ensuite les constations set les résultats basés sur les observations que nous avons recueillies lors de notre expérimentation.
PRÉPARATIONS UTILISÉES - MODE D'ADMINISTRATION. — Les progrès de l'industrie mettent actuellement à notre disposition un produit bien purifié, le sel de sodium de la pénicilline G dont l’usage peut être jusqu'ici tenu pour inoffensif. C’est celui que l’on utilise couramment et que nous avons employé. Nous passerons donc sous silence les autres préparations.
Pour l'emploi ce sel est dissout dans un 1 ou 2 cc. de sérum physiologique. Cette solution est injectée par voie intramusculaire, pour les raisons que nous avons vu précédemment, dans les musclés de la cuisse ou les ancones.
En médecine humaine certains auteurs ont préconisé un traitement local. Il est d’aileurs rationnel quant à son but: porter le remède à la source du mal, et
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obtenir la concentration utile avec des quantités moindres de produit. La solution est alors injectée par voie intratrachéale (pulvérisation) ou intrapulmonaire. Dans ce dernier cas il est nécessaire de situer parfaitement le foyer d'infection, ce qui est très difficile en médecine vétérinaire car on ne dispose pas des moyens néces- -saires. D'autres auteurs ont employé les aérosols de pénicilline mais ils n’ont jamais donné à Minet, Warembourg, Niquet et Deroubaix, que des résultat fort incomplets et très fugaces.
Par conséquent en médecine vétérinaire on ne retiendra que le traitement général par injections intramusculaires.
RETARD A L'ÉLIMINATION. — Dans un chapitre précédent nous avons vu que la rapidité d'élimination posait un sérieux problème au thérapeute, car cette « servitude de la seringue » qu’elle impose n’est satisfaisante à aucun égard, surtout en médecine vétérinaire.
Le goutte à goutte employé en humaine n’est pas une solution pour nous.
Les autres procédés peuvent se classer en différents groupes. |
1° Vaso constricteurs: on applique le froid sur la région de l'injection ou bien on dissout la pénicilline dans un soluté d’adrénaline.
2° Blocage excrétoire : On réalise un blocage partiel du rein par administration simultanée d'acide paraamino hippurique ou de produits iodés tels que le diodrast.
3° Mélange avec le sang (Espinosa).
4° Emploi de véhicules divers retardant l’absorption :
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a) Véhicules gras: Citons en particulier le mélange de Romansky et Rittman constitué par de l’huile d’arachide rendue plus visqueuse par addition de 4,8 % de cire d'abeille.
Liod Jones utilise un mélange de sulfate de magnésium monohydraté et d'huile d’arachide.
En France, Leger a expérimenté une mixture à base d’huile et de lanoline. Cependant notre préférence est allée à l'huile cholestérinée dans laquelle on émulsionne une solution de pénicilline. Le cholestérol facilite et stabilise cette émulsion en abaissant la tension superficielle. Ce solvant-retard permet une injection, plus rapide et pratiquement indolore au contraire des préparations solides. Par ailleurs nous n'avons jamais eu les accidents qui sont signalés avec celles-ci (abcès).
b) Véhicules aqueux : Nous avons employé avec de très bons résultats la solution de polyvinylpyrrolidone en milieu salin à 25 %, dénommée Subtosan.
c) Véhicules mixies : Dernièrement Penan a mis au point une préparation à base de: pénicilline G combinée à la quinine en suspension dans un véhicule huileux pur et sans cire qui prolongerait l’action retard plus encore que la préparation de Romansky.
Personnellement nous nous sommes trouvés satisfaits de la préparation à l’huile cholestérinée et du subtosan. Bien que le mélange de Romansky donne une bactériostase plus prolongée, il est d’une utilisation délicate et laisse des indurations difficilement résorbables quand il re provoque pas la formation d’abcès.
POSOLOGIE. — Vouloir fixer une posologie en matière de pénicillinothérapie est presque un leurre. La sensibilité des microbes varie avec l’espèce et avec
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les différentes variétés. Les infections diffuses réagissent mieux que les localisées. D'autre part on a vu que la concentration du taux en pénicilline dépend de l'organe. 11] faut aussi tenir compte des associations microbiennes avec des germes pénicillo- résistants qui détruisent la pénicilline et l’'empêchent d'agir.
Tout traitement rationnel devrait être précédé d’une étude de la sensibilité du germe pour dépister la pénicillino-résistance et déterminer les doses. Mais ceci est difficilement concevable en pratique vétérinaire courante.
Pour fixer les idées nous citerons les doses préconisées par quelques auteurs. Marty pratique d2s dosages répétés de la pénicilline sur des chiens en cours de - traitement. Il conclut que 500 U.O. par kilogramme permettent le maintien, pendant au moins trois heures, d'une concentration de 0,05 U./cc., si l'on emploie l'eau physiologique comme véhicule. Avec l’excipient huileux deux injections de 1.000 U.O. par kilogramme dans les vingt-quatre heures sont suffisantes. De leur côté Darraspen et Florio conseillent une injection de 20.009 à 30.000 U.O. toutes les trois heures.
Les doses. préconisées par Marty nous paraissent insuffisantes. Dans la pratique la dose minima nécessaire doit être assez largement couverte afin d'éviter une insuffisance de traitement qui par des phénomènes de pénicillo-résistance acquise risquerait de compromettre l’évolution du processus. C’est pour cette raison que nous nous sommes rangés à l'avis de Re de et Florio.
CONDUITE DU TRAITEMENT. — Au congrès de la Pénicilline de Londres, Fleming « a énoncé les règles de la pénicillinothérapie :
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1°’ N'utiliser la pénicilline que dans les infections
à microbes sensibles à celle-ci.
2° Administrer la pénisuine de manière à ce que les microbes soient atteints.
æ Utiliser des doses suffisantes.
4° Prolonger Je traitement assez longtemps.
Voilà en quelques mots le cadre de tout Cailenien à la pénicilline.
Ül nous paraît bon cependant de compléter ces principes par quelques considérations sur l'arrêt du traitement. Dans la posologie habituelle on avait précoaisé de fortes doses ‘au début, lentement réduites iusqu’à guérison. Beaucoup d'auteurs ont montré que cette pratique ne préserve pas toujours la pénicillino- ‘thérapie dè ses deux grandes causes d’insuccès: les rechutes et la résistance acquise secondaire des germes.
. Molleret, désirant y remédier, insite sur « l'intérêt de l'errêt brutal » : réaliser rapidement la concentration optima, la maintenir, puis cesser définitivement et d’un seul coup l’administration de l’antibiologique, dès que l’ensemble des signes cliniques et RiCoppBIqUes rend probable Îa stérilisation souhaitée.
Il faut donc frapper fort, vite et assez Re
ASSOCIATIONS MEDICAMENTEUSES. — L'expérience clinique a montré la supériorité des associations médicamenteuses sur les méthodes univalentes. En particulier l'association pénicillino-sulfamides constitue une véritable synergie. L'effet protecteur des deux substances est accru mais il reste très variable avec les sulfamidés employés.
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La pénicilline peut aussi s'associer avec d’autres antibiotiques. des vactins, des sérums, etc.
Les possibilités d'association ‘sont donc très étendues. Le praticien devra leur accorder un grand intérêt car elles augmentent précieusement le pouvoir thérapeutique.
INCIDENTS - ACCIDENTS. --- Nous avons vu que la pénicilline livrée actuellement dans le commerce était en pratique dénuée de toxicité. Pourtant certains auteurs ont signalé divers accidents. ,
En humaine, de nombreux cliniciens ont relaté des phénomènes d’intolérance et des réactions sériques. En vérité ces accidents sont insignifiants.
Chez nos animaux la bibliographie est pauvre sur ce point. Les auteurs signalent des œdèmes et de l’échauboulure, le tout sans conséquences. En plus . J. O. Gill a constaté un effet assez particulier sur un chien atteint de pneumonie. L'animal a présenté des « troubles cardiaques alarmants » qui ont cessé dès l'arrêt du traitement à la pénicilline. Cet accident unique ne permet pas de conclure.
Au total si certains incidents ont été constatés, ils restent assez rares, et ne semblent pas justifier de contre indications.