‹ Pensâees et fragments inâedits de Montesquieu (volume 2)Chapitre 138 sur 200 · Il n'y a que la première qui ait été prononcée · texte numérisé non relu

Il n'y a que la première qui ait été prononcée

Vous êtes, Sire, le roi d'un peuple qui vous aime. Les monarques sont aisément adorés; ils ne sont jamais si grands que quand ils sont aimés.

Cette paix que vous nous avez donnée, nous la chérissons pour elle-même, et parce qu'elle est un 5 de vos bienfaits. C'est le caractère de notre bonheur de ne pouvoir pas être séparé du vôtre. Nous regardons toutes vos vertus comme la plus grande faveur que le Ciel ait pu nous faire, et c'est un ravissement pour nous de voir dans votre personne le père de la 10 Patrie et le roi des François.

Madame, cette paix est aussi glorieuse pour le Roi, votre père, que triste pour des sujets fidèles qui, perdant des yeux leur monarque, ont cru voir la dissolution de leur monarchie. *5

Fille d'un roi si longtemps fameux par ses revers, épouse d'un monarque qui n'a vu que des prospérités, le Ciel vous a enfin choisie pour faire le bonheur de l'un, et pour combler celui de l'autre.

Monseigneur, nous espérons que, de tous les 20 événements du glorieux règne du Roi, votre père, ce sera de celui de ce jour que vous vous ressouviendrez le mieux.

Mesdames, nous éprouvons combien il est difficile de jouir d'une satisfaction entière, lorsque nous 25 venons vous parler de notre joye : elle est troublée par nos regrets. Mesdames, toute l'Europe attend avec impatience cet âge où, peut-être loin de nous,

vous ferez la félicité des princes et des peuples, et nous voudrions, s'il nous étoit possible, en retarder les moments. Mais, quelle que soit, à cet égard, votre destinée, le peuple françois disputera 5 toujours votre cœur à toutes les nations du Monde.

530(i28i. II, f° 134). — Sire', lorsque votre Majesté2 a jugé à propos de déclarer la guerre, toutes les puissances de l'Europe ont concouru à ses desseins : les uns, par les secours qu'elle en a reçus; 10 les autres, par leur respect et par leur silence.

Vos soldats...

Votre noblesse est accourue de toutes parts...

Vos autres sujets se sont envié, les uns aux autres, la douce satisfaction de vous montrer leur i5 amour, et, sûrs qu'après la paix vous les feriez jouir du superflu, ils ont supporté sans peine le retranchement du nécessaire.

On ne porte point plus de zèle pour sauver la Patrie en péril, qu'on n'en a eu pour défendre 20 l'honneur de votre Majesté.

Chose admirable! Pendant que vous portiez la terreur partout par vos victoires, personne, dans l'Europe, n'a cessé un moment de compter sur votre modération.

25 II n'y auroit rien de si triste pour un grand monarque que de s'entendre dire sans cesse qu'il peut tout, et de voir qu'il ne fait pas le bien. Il trouveroit des reproches continuels dans la flatterie même, et,

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