‹ Pensâees et fragments inâedits de Montesquieu (volume 2)Chapitre 179 sur 200 · XXII. DE LA LIBERTÉ POLITIQUE · texte numérisé non relu

XXII. DE LA LIBERTÉ POLITIQUE

631* (884. II, f° 6). — De la Liberté politique.

Ce mot de liberté dans la politique ne signifie pas, 10 à beaucoup près, ce que les orateurs et les poètes lui font signifier. Ce mot n'exprime proprement qu'un rapport et ne peut servir à distinguer les différentes sortes de gouvernements : car l'état populaire est la liberté des personnes pauvres et i5 foibles et la servitude des personnes riches et puissantes; et la monarchie est la liberté des grands et la servitude des petits.

Ainsi, à Rome, le gouvernement monarchique fut pleuré par les enfants du consul même qui avoit 20 établi le gouvernement de plusieurs; et, lorsque les Romains donnèrent la liberté à la Macédoine, ils furent contraints d'en exiler les nobles avec autant de soin que le Roi même.

1 . Voyez page 66, article 3e. — Voyez la même page v°, article dernier.— Voyez page 67, article dernier. Ibid. v», art. 2d. — Voyez page 68, art. i«r. — Voyez aussi page 86 v°, article dernier.

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Et il ne faut pas croire que la noblesse de Suisse

et de Hollande s'imagine être bien libre : car le mot

de noblesse entraîne avec lui des distinctions, réelles

dans la monarchie et chimériques dans l'état répu-

5 blicain.

Aussi la noblesse anglaise s'ensevelit -elle avec Charles Ier sous les ruines du trône; et, avant cela, lorsque Philippe II fit entendre aux oreilles des François le mot de liberté, la couronne fut toujours io soutenue par cette noblesse l qui tient à honneur d'obéir à un roi; mais qui regarde comme la souveraine infamie de partager la puissance avec le Peuple.

Ainsi, quand, dans une guerre civile, on dit qu'on

i5 combat pour la liberté, ce n'est pas cela : le Peuple

combat pour la domination sur les Grands, et les

Grands combattent pour la domination sur le

Peuple.

Un peuple libre n'est pas celui qui a une telle ou 20 une telle forme de gouvernement; c'est celui qui jouit de la forme de gouvernement établie par la Loi, et il ne faut pas douter que les Turcs ne se crussent esclaves s'ils étoient soumis par la République de Venise, et que les peuples des Indes ne 25 regardent comme une cruelle servitude d'être gouvernés par la Compagnie de Hollande.

De là, il faut conclure que la liberté politique concerne les monarchies modérées comme les républiques, et n'est pas plus éloignée du trône que d'un

i. Mis dans les Loix.

sénat; et tout homme est libre qui a un juste sujet de croire que la fureur d'un seul ou de plusieurs ne lui ôteront pas la vie ou la propriété de ses biens.

Comme, dans une monarchie corrompue, les pas- 5 sions du Prince peuvent devenir funestes aux particuliers, dans une république corrompue, la faction qui domine peut être aussi furieuse qu'un prince en colère, et on peut voir là-dessus le beau passage de Thucydide sur l'état de diverses républiques de io Grèce.

*I1 est vrai que les maux de la république corrompue sont passagers, à moins qu'elle ne se change, comme elle fait souvent, en monarchie corrompue; au lieu que les maux de la monarchie corrompue ne i5 finissent jamais*.

632 et 633. — Quelques Morceaux qui n'ont pu

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