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honnêtes gens que lui : car, si cela n'étoit pas, son état seroit d'abord bouleversé. »
637 (534. I, p. 427). — Ordinairement, on élève 5 mal les Princes, parce que ceux à qui on confie leur éducation sont eux-mêmes enivrés de leur grandeur. Ils ne peuvent donc leur faire sentir ce qu'ils ne sentent pas eux-mêmes. Quand on dit à un prince qu'il doit être humain, on le lui prouve par la plus 10 mauvaise raison, qui est qu'il lui est utile de se faire aimer; de façon que s'il arrive (ce qui n'est pas rare) qu'ils (sic) méprisent assez un homme pour ne pas se soucier de lui plaire, ils ne seront plus humains.
Il faut donc les ramener, en même temps, aux 15 grands principes de la Religion, de la Société, de l'égalité naturelle, de l'accident de la grandeur, et de l'engagement où ils sont de rendre les hommes heureux.
638 (535. I, p. 428). — Il est bon que vous sachiez, 20 ô Princes, que, dans les démêlés que ceux qui exercent votre autorité ont avec vos sujets, ils ont ordinairement tort. Le Peuple, naturellement craintif,
et qui a raison de l'être, bien loin de songer à attaquer ceux qui ont votre puissance dans les mains, a ^ même de la peine à se déterminer à se plaindre.
639(536. I, p. 428). — Lorsqu'un prince élève quelque malhonnête homme, il semble qu'il le
montre au Peuple pour l'encourager à lui ressembler.
640(537. 1, p. 428). — La corruption des hommes est telle qu'elle est prodigieusement augmentée par 5 l'espérance ou la crainte que l'on peut concevoir de la part du Prince. Ainsi la condamnation du criminel n'est pas toujours une preuve du crime de l'accusé, et ils (sic) ne peuvent avoir à cet égard la conscience en repos, s'ils ne laissent agir la justice 10 des tribunaux déjà établis, sans en donner de particuliers.
641 (538. 1, p. 429). — Le mot de justice est souvent très équivoque : on donna à Louis XIII le nom de Juste, parce qu'il vit exécuter de sang-froid les
i5 vengeances de son ministre; il étoit sévère, non pas juste.
642 (539. 1, p. 429). — Il y a tel prince qui se croiroit anéanti s'il n'avoit sans cesse autour de lui des conseillers qui délibèrent.
20 643 (540. I, p. 430). — M. Zamega l demande si un prince doit mettre les affaires de son état entre les mains de ceux qui gouvernent sa conscience. « Non ! Non ! dit-il : car ceux qui ont l'esprit du monde sont entièrement incapables de gouverner
25 sa conscience, et ceux qui n'ont pas cet esprit sont
1 Mis cela dans les Princes.
incapables de gouverner son état. > Il dit même que c'est rendre son directeur inutile : car il est établi pour l'avertir des fautes qu'il fait. Mais comment l'avertira-t-il de celles qu'il lui fera faire ? Un prince n'est point quitte devant Dieu en se reposant sur son 5 directeur des charges que Dieu lui a imposées : car il ne s'acquitte point de ses devoirs, et il empêche l'autre de s'acquitter des siens. «Enfin, dit-il, de tous ceux qui approchent de sa personne, celui qui dirige sa conscience est celui qui doit avoir le plus de 10 crédit, et celui qui en doit avoir le moins. »
M. Zamega se demande encore si le Prince doit consulter son directeur sur le choix des personnes qu'il doit élever aux dignités. Il répond encore plus affirmativement que non. Cela peut être sujet à mille i5 inconvénients : car, comme le choix des uns entraîne nécessairement l'exclusion des autres, et qu'on n'exclut personne sans en donner la raison, ilarriveroit que chacun seroit jugé dans un tribunal secret, sans qu'on pût avoir aucun moyen de se justifier. 20
Il ne croit pas même que le Prince doive mettre en crédit les gens qui sont attachés à un corps particulier monastique, et il en donne des raisons très sensées; entre autres, celle-ci: c'est que cela met un esprit de servitude dans la Nation, [on] 25 afflige une nation et y met un esprit de servitude entièrement contraire aux intérêts du Prince : car comme celui qu'il va chercher dans un corps pour lui donner sa confiance est respecté à la Cour, ceux qui sont du même corps sont respectés de même à la 3o Ville et dans les provinces, de façon que, le moindre
suppôt de ce corps étant un personnage important, chacun trouve sur sa tête mille favoris, au lieu d'un, et l'on ne voit de tous côtés que des maîtres.
Il faut que l'exercice de la puissance souveraine 5 [ou] la confiance du souverain soit communiquée à autant de gens qu'il est nécessaire, mais à aussi peu qu'il est possible; [ou] il faut que l'autorité du Prince soit communiquée à autant de gens qu'il est nécessaire, par les loix, mais à aussi peu qu'il est 10 possible; [ou] le Prince en doit faire part à ses ministres; mais il faut qu'elle reste là et ne passe pas en d'autres mains; [ou] le Prince doit en faire part à ceux qu'il a choisis, mais de manière qu'elle ne passe pas en d'autres mains.
i5 644(541. I, f°432). — On me disoit que les princes despotiques dévoient être meilleurs, parce que, les hommes étant à eux, ils doivent craindre de les perdre. Je réponds que la perte est peu de chose en comparaison de la satisfaction de suivre ses passions.
20 D'ailleurs, les commodités du despotisme fait (sic) que le Prince se jette dans les plaisirs, ne gouverne pas, et laisse tout le gouvernement à ses ministres. Or les hommes ne sont pas ceux du ministre.
645(542. 1, f°432 v°). — Les États sont gouvernés
25 par cinq choses différentes: par la Religion, par les
maximes générales du Gouvernement, par les loix
particulières, par les mœurs et par les manières1.