DOUTES
qui veuille donner à ces paroles un sens étroit, ni dire que Dieu ait véritablement haï Ésaiï, ni endurci personne. Et certainement le raisonnement que saint Paul fait ensuite prouve bien clairement qu'il n'a 5 point voulu dire que Dieu ait jamais pu faire un décret de réprobation, ou (si vous voulez) fait que tous ceux qu'il n'a pas prédestinés au salut fussent destinés à la colère, parce qu'on feroit faire un faux raisonnement à l'Apôtre. « O Homo, tu quis es qui
10 respondeas Deo? Numquid dicit figmentum ei qui se finxit : « Quid mefecisti sic? » Annon habet potestatem figulus luti ex eadem massa facere aliud quidem vas in honorent, aliud vero in contumeliam? » Si saint Paul parloit d'une prédestination sans laquelle
i5 on ne peut être sauvé, il raisonneroit mal : car l'Homme ne se plaindroit pas de ce que Dieu l'auroit fait d'une certaine manière, mais de ce qu'il le puniroit parce qu'il seroit ainsi sorti de sa main : injustice criante! Il faut donc que saint Paul ne parle
20 ici de la prédestination que de la manière que je l'entends, c'est-à-dire d'une prédestination que Dieu accorde quelquefois à l'Homme : avec laquelle, il est infailliblement sauvé; mais, sans laquelle, il ne laisse pas de pouvoir être sauvé. Aussi n'y a-t-il qu'à
25 voir sur quoi saint Paul raisonne dans ce chapitre, les précédents et les suivants : ce n'est que sur la vocation des Gentils, qu'il a prédestinés, et qu'il a appelés gratuitement : vocation qu'il (sic) n'a pourtant pas exclu les Juifs du salut; c'est pour faire
3o taire les murmures des Juifs, qui se plaignoient de ce qu'on ne les distinguoit pas des Gentils. Les
raisons que rend PApôtre se rapportent à peu près à la parabole de Jésus-Christ sur les ouvriers. Voyez dans le chapitre n de la même Epîtrey où il dit aux Gentils que, comme Dieu les a choisis après que les Juifs sont rejetés, ils doivent craindre que Dieu ne 5 choisisse les Juifs à leur tour. « Sicut enim aliquando vos non credidistis Deo, nunc enim miser icordiam consecuti estis propter incredulitatem illorum; ita et isti nunc non crediderunt in vestram misericordiam, ut et ipsi misericordiam consequantur . » Après 10 quoi, il s'écrie : « Altitudo divitiarum! > afin qu'on ne demandât pas raison à Dieu des grâces qu'il fait. Mais il n'est pas question des peines.
Quand saint Paul dit que Dieu a prédestiné l'un pour être le fils de la colère, l'autre pour être le fils i5 de la miséricorde, il veut dire que Dieu a vu généralement qu'il y auroit des damnés et des sauvés, sans sacrifier tel ou tel : car il voyoit bien, par l'arrangement des causes secondes, qu'il y en avoit qui seroient bien plus susceptibles des objets (sic) 20 que les autres.
Du reste, ce sont des idées jetées, et comme elles me sont venues dans l'esprit, sans examen, et je ne me pique pas d'être théologien.
Je proposerai encore ici un doute. Il ne faut pas 25 trop presser l'idée que l'offense d'un être fini envers un être infini est toujours infinie : car, toutes les infinités étant égales, il s'en suivroit que toutes les offenses seroient égales. Il faut avoir égard à la capacité de l'être qui offense, qui n'a rien d'infini en lui. 3o
Ce sont des doutes.