J'ai mis tout cela dans la Bibliothèque
n'a intérêt qu'elles soyent fausses; et, quand on y a eu intérêt, c'est-à-dire quand quelqu'un a voulu, en en doutant, se faire chef de parti et entraîner, en les renversant, toutes les autres vérités, on en a douté : témoin Pyrrhon. 5
678* (765. I, p. 5oi). — Je n'estime pas plus un homme qui s'est appliqué à une science, que celui qui s'est appliqué à une autre, si tous deux y ont apporté également de l'esprit et du bon sens. Toutes les sciences sont bonnes et s'aident les unes les 10 autres. Je ne sache que le maître à danser et le maître d'armes de Molière qui disputent sur la dignité et la préférence de leur art.
Je dis tout ceci contre les géomètres.
Ce qui me choque de la géométrie et m'en 15 dérobe la sublimité, c'est que c'est une affaire de famille, et que les géomètres viennent de père en fils. Combien avons-nous vu de Bernoullis?
679 (1022. II, f° 39). —Je disois : « La Nature a donné la quadrature aux mauvais géomètres pour 20 faire les délices de leur vie. »
680* (1 36. I, p. 121). — On a dit qu'un corps ne peut perdre entièrement son mouvement, puisque, le partageant toujours, il en reste toujours pour lui, et je trouve cela bien raisonnable : car un corps qui 25 en rencontre un autre lui communique son mouvement, comme s'il ne faisoit qu'un même corps. Il en garde donc toujours à proportion de sa masse.
De plus, il me semble que, si un corps étoit une fois en repos, il seroit impossible qu'il se mût que par l'action d'une cause infinie, puisqu'il y a une distance infinie du repos au mouvement.
681* (i63. I, p. i37). — Les observations sont l'histoire de la physique, et les systèmes en sont la fable.
682 (289. I, p. 3 10). — Expérimenter la pesanteur par le moyen d'une pierre d'aimant portée sur le
10 sommet d'une tour ou en bas ou d'une montagne, ou d'une carrière. Voir si elle porte moins en haut qu'en bas.
683 (81. I, 76). — Je crois que ce qui cause surtout la déclinaison de l'écliptique, c'est une certaine
i5 figure de la Terre, outre sa différente pesanteur: le côté septentrional pesant plus vers le Soleil que le méridional. Cela paroît même en ce que, dans le côté méridional, sont les plus vastes mers. La Terre y est donc plus creuse, et, de plus, l'eau
20 pèse moins que la terre, à ce que je crois. Il faudra voir là-dessus Histoire des Ouvrages des Sçavants, février 1692, article 10 (?) : Essay d'un nouveau Système du Monde.
684 (1 147. II, f° 79 v°). — Au livre XIV, chapitre i,
d'Aulu-Gelle, Favorinus, déclamant contre l'astronomie, dit qu'il s'étonnoit que les planètes ne fussent qu'au nombre de sept : < Posse enim fieri existimabat ut alii planetœ pari potestate essent, sine quibus perfecta observatio perfici nequiret. » 5 Il avoit deviné les satellites de Jupiter et de Saturne.
685* (1481. II, f° 219 v°). — « Il y a grande apparence que ce qui étoit autrefois la mer est à présent la terre. On voit des bancs de coquilles sur presque toutes les montagnes. Il y a, dans les cabinets des 10 curieux, des coquilles de poisson trouvées dans la terre, dont on ne connoît point l'espèce. On trouve même des animaux ici qui ne sont qu'à la Chine. Ces choses-là ne s'expliquent pas par le Déluge, tel que l'on le donne, mais par quelque accident encore 15 plus grand. Si, par exemple, le centre de gravité de la Terre venoit à changer; comme, par exemple, si les eaux qui sont dans un endroit de la Terre venoient à rompre une cavité qui seroit remplie d'air, et entroient dedans : pour lors, il y auroit un 20 transport de la mer ailleurs, et, comme il y a des précipices dans la mer, il se trouveroit des montagnes, et tout se trouveroit terre, avec des montagnes et des vallées : ce qui est rocher et banc de sable se trouveroit montagne. » 25
C'est à M. de Réaumur que je ouïs dire cela.
Effectivement, le changement du centre de gravité pourroit bien emporter les eaux d'un endroit à un autre. Mais, dans ce cas, si ce qui a été mer devenoit terre, les inégalités du globe terrestre ne feroient 3o
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pas le haut et le bas. Il est pourtant certain que la mer est toujours plus basse que la terre, puisque l'eau de tous les fleuves va à la mer, etc.
686* (1436. II, f° 221 v°). — M. de Réaumur croit 5 que, quoiqu'on voye des coquilles dont on ne connoît plus l'animal, l'espèce n'en est pas pour cela perdue; mais, l'animal vivant au fond de la mer, on ne peut trouver cette espèce que dans les catastrophes.
10 687* (44. I, p. 48). — Voyez le xxxine Journal des Sçavans de l'an 1720, in-40, page 5 16, où on fait la description des différents lits et couches de terre qui se trouvent dans le territoire de Modène, au nombre de sept ou huit, et une ville à 14 pieds, et,
i5 à 5o pieds, un fleuve souterrain, dont on entend le bruit. Quand on creuse jusqu'au lit de sable, un peu trop bas, souvent il pénètre ce sable, et, au grand danger des ouvriers, il remplit l'excavation et va jusqu'au toit des maisons voisines. Je crois qu'il
20 pourroit se faire que ce fleuve souterrain, enflé par quelque accident, se soit fait, de temps en temps, quelques ouvertures, par où les eaux ayent passé, se soyent élevées, et couvert le pays, et fait successivement les nouvelles couches : ses eaux se retirant
25 ou le passage se bouchant, lorsque la cause qui faisoit enfler les eaux souterraines a cessé '.
1. Non. Le terrain s'est affaissé. Voyez mon itinéraire sur Viterbe ou après. — Voyez là-dessus mon extrait : Bernardi Ramazini, De Fontium Mutinensium admiranda Scaturigine.
688 (666. I, p. 464). — Le même missionnaire, Antoine Sepp, découvrit une pierre, nommée itacura, semée de taches noires, qui se séparent au feu et font de très bon fer, dont il avoit besoin pour bâtir. 5
689* (820. 1, p. 524). — L'expérience de Van Helmont est que, lorsque l'on fait reposer de l'eau de pluie, on trouve au fond du vase une espèce de sédiment.
Cela étant, je raisonne ainsi et dis que les pluies 10 tombent continuellement sur la terre, et, comme elles viennent de la mer, elles laissent un sédiment, qui, se déposant dans la terre, est une compensation de ce que la mer reçoit de la terre; que, sans cela, la terre deviendroit sèche, décharnée et pierreuse; i5 que tous les petits ruisseaux et les grands, les rivières et les fleuves, portent sans cesse à la mer; que cette réparation se fait bien avantageusement, Peau déposant son sédiment, qui sont (sic) des parties légères et anguleuses qui s'arrêtent et s'attachent 20 dans la terre, et les eaux emportant des sables, qui sont des parties rondes, aisées à entraîner. Voilà pourquoi, quoique la terre perde toujours sa graisse, les fonds des rivières n'ont que du sable, la graisse allant avec l'eau à la mer, et le sable restant dans les 25 rivières et la mer. Que si la mer ne rendoit point, il faudroit que les bords de la mer reculassent toujours, et que les îles diminuassent; ce qui n'est pas. Qu'il est bien vrai que les grands fleuves augmentent toujours le terrain qui est devant; mais que 3o
c'est un cas particulier qui vient de ce qu'ils portent dans un seul endroit, c'est-à-dire à leur embouchure, ce qu'ils ont pris partout. Qu'il faudroit faire, avec un tuyau, l'expérience de ce sédiment. 5 Que, comme le Soleil élève les pluies, la chaleur intérieure élève l'eau de la mer, et que ce sédiment monte dans l'eau naturelle comme dans les pluies.
Expérimenter. Prendre un vase de 6 lignes car-
10 rées au bas, et de plusieurs pieds carrés au haut. Voir, par cette expérience, combien il tombe de lignes de sédiment sur la terre.
Que le recul de la mer sur les côtes d'Italie et de notre Méditerranée ne dit rien. Cela vient d'une fu-
i5 rieuse catastrophe, qui se fit autrefois, qui fit entrer la mer dans la terre. Or, l'équilibre remet peu à peu les choses comme elles étoient.
Il est aisé à voir les eaux qui descendent des montagnes, et comment [on] peut voir que les
20 sources des fleuves ne viennent pas de la pluie. Une petite montagne, dans le Tyrol, forme deux rivières, comme j'ai dit.
Ce sédiment se repose dans la terre, où Peau coule comme dans sa matrice ou son menstrue. L'eau
25 qui s'en décharge prend dans la terre des parties de sable, qui, comme rondes, sont plus propres au mouvement; de façon que Peau se charge des parties de sédiment, comme analogues, et des grains de sable, comme d'un corps qu'elle entraîne. Or, les
:^o parties de sédiment s'arrêtent et se joignent dans les parties de la terre, comme analogues, et non
dans les parties de sable, où elles ne peuvent s'arrêter. Voilà pourquoi la pluie ne fait guère rien pour la végétation dans les terres sablonneuses.
Les pluies portent le sédiment dans les terres, et elles les déchargent des parties de sable qu'elles 5 entraînent dans la mer. Ces parties de sable, qui se déposent dans le lit des rivières, font que le sédiment qui reste dans Peau ne s'y dépose pas et va à la mer. Les parties sablonneuses des rivières qui restent dans les lieux qu'elles inondent, s'y déposent 10 par leur pesanteur, et les parties de sédiment ne peuvent s'y déposer, le sable n'étant pas analogue. Voilà pourquoi les débordements sont nuisibles1.
Les terres voisines des rivières sont fécondes, parce que l'eau des rivières s'y communique par- i5 dessous les terres, et s'y filtre comme dans les tuyaux capillaires, et y dispose (sic) son sédiment.
Donc le sédiment vient de la mer, et le sable y retourne.
Il faut expérimenter si ce sédiment se mêle avec 20 le sable : en mêler dans le vase où on aura mis du sable et de la terre.
Ceux qui disent que les sources viennent des pluies n'ont pas voyagé dans les pays des montagnes. Il ne faut pas prouver que l'eau qui tombe sur a5 la terre suffit pour faire les rivières. Il faut prouver
1. Je me trompe (je crois) sur les débordements des rivières. Expérimenté que les débordements détruisent les terres nouvellement labourées : elles emportent toute la graisse de la terre, et le sable s'y dépose à la place. Ils ne fontpointde mal (je crois) aux terres non labourées. Je ne crois pourtant pas qu'ils y fassent du bien. — Voir cela.
que celle qui tombe sur la cime des montagnes suffit. Il ne faut point citer les neiges : car les neiges ne sont sur les. montagnes que parce qu'elles ne s'y fondent pas, surtout l'été : car, dès qu'elles se fon- 5 dent, il n'y en a plus.
Il faudroit baisser le lit des rivières par des machines. J'en ai vu une, à Venise, très bonne pour cela, faite par Bonneval.
Toute l'eau que la terre reçoit, elle ne la rend pas
10 aux rivières : il en reste beaucoup dans son sein, dont elle s'imprègne. Il faut voir dans une livre de terre ce qu'il reste d'eau qui ne coule plus. Or, comme cette quantité de pouces (?) ne tombe pas sur la terre à la fois, tout ce qui tombe en moindre
i5 quantité que le compte susdit (sic) est nul: car il faut que l'eau soit en une certaine quantité pour qu'elle coule; autrement, elle se forme en gouttes et s'évapore par la chaleur.
On voit bien combien l'effet de l'eau des pluies
20 est prompt et peu continuel. J'ai vu dans la Romagne des ruisseaux qui tombent de l'Apennin, qui, quand il pleut, s'enflent d'une manière à se rendre terribles. Si l'on les laisse couler une heure, ils redeviennent ruisseaux, à moins que la cause ne continue.
25 En un village du Tyrol, nommé Mittenwald , près les confins de la Bavière, on m'a fait voir des neiges qui étoient là depuis plus de cent ans : c'est qu'elles ne se fondent pas. Or, des neiges qui ne se fondent pas sont nulles. Aussi voit- on que les effets des
3o fontes de neiges ne sont pas modérés, comme ils devroient être pour être continuels, mais extrêmes.
Je ne dirai rien pour défendre cet écrit : je ne suis point passionné pour les opinions, excepté celles qui sont dans les livres d'Euclide. Je ne suis pas plus porté à me battre pour mon ouvrage que pour celui de tout autre. Si ce que je dis est vrai, 5 il appartient à tout le monde : car la vérité est le bien de tous. S'il est faux, je ne veux pas le défendre. D'ailleurs, ou l'objection sera bonne, et, dans ce cas, je n'y veux pas répondre; ou elle sera mauvaise, et celui qui l'aura faite, étant homme m d'esprit, trouvera lui-même la réponse.
690* (76. I, p. 67). — On peut dire que tout est animé, tout organisé. Le moindre brin d'herbe fait voir des millions de cerveaux. Tout meurt et renaît sans cesse. Tant d'animaux qui n'ont été reconnus r5 que par hasard doivent bien en faire soupçonner d'autres. La matière qui a eu un mouvement général, par lequel s'est formé l'ordre des cieux, doit avoir des mouvements particuliers qui la portent à l'organisation. 20
L'organisation, soit dans les plantes, soit dans les animaux, ne peut guère être autre chose que le mouvement des liqueurs dans les tuyaux. Des liqueurs circulantes peuvent facilement former d'autres tuyaux, ou en allonger d'autres. C'est par 25 là que les arbres viennent de bouture. Ils ne viennent de graine que par l'analogie de la bouture : la graine n'étant qu'une partie du bois1.
1. Laissant la pensée à l'homme, il est difficile de refuser le sentiment à tout ce qui existe.
A l'égard des animaux, la circulation de la mère à l'enfant se fait bien naturellement dans un corps comme celui de la mère, où toutes les liqueurs sont en mouvement : tout ce qui s'y trouve en est pénétré.
5 691 (90. I, p. 84). — Je n'oserois pas dire que les chênes d'autrefois ne fussent plus grands que ceux d'à-présent, et les autres plantes de même. La terre s'use à force d'être cultivée. Nous le voyons dans nos Iles Antilles, où la terre est déjà lasse de pro-
10 duire. Peut-être même que la terre d'Asie n'est plus fertile que celle d'Europe, que parce qu'elle n'a pas été lassée par la culture continuelle. Il se fait sur tout des changements dans le Monde, lesquels nous ne sentons pas, parce que nous ne touchons pas les
i5 deux extrémités.
692 (1174. II, f° 82). — Toutes les origines dans l'époque de la Création, tous ces petits animaux vus dans le microscope, dont le nombre n'étonne pas •20 moins que la petitesse, formés du même jour que les lamies et les baleines : « Creavit Deus cete grandia et omnem animam viventem atque motabilem. »
693* (2014. III, f° 3 1 3). — - Journal des Sçavants, i685, page 260. — On y rapporte, après (sic) le -5 Journal d'Angleterre, une chose qu'on a si souvent traitée de fable, touchant les habitants de Keilan, dans l'île Formose, à qui la Nature a (dit-on) donné une queue sur le dos, comme à des animaux.
On y parle aussi de quelques singes qui seroient
dans l'île de Java, qui ont une espèce d'ailes de chauve -souris, à la faveur desquelles ils volent d'arbre en arbre.
Celle d'Almahela porte des chats qui sont de même, si l'on en croit le sieur Gein, sous-gou- 5 verneur de l'île de Ternate, qui en est voisine. (Pages 260, 261.)
Tout ceci me confirmeroit mon sentiment, que la différence des espèces des animaux peut s'accroître tous les jours et diminuer de même; qu'il y avoit 10 fort peu d'espèces au commencement, qui se sont multipliées ensuite.
694* (201 3. III, f° 3 12 v°). — Les dents des animaux et leur facilité à broyer de certaines choses plutôt que d'autres est (sic) la seule cause de leur goût i5 pour de certaines choses plutôt que pour d'autres. Les dents des rats leur préparent le papier; celles du lapin, les écorces des arbres; celles des loups leur préparent des viandes.
695 (1 175. II, f° 82). — Il est plus facile de faire 20 une micrographie comme MM. Hooke, Atrocquer et Joublot, que d'apprendre à jouer à ces jeux que les gens oisifs ont inventés pour se dérober à un temps qui les accable.
696* (2016. III, 3i3 v0).— Si l'Espèce humaine 25 périssoit, quelle différence dans les autres espèces? Gomment les poules, les brebis pourroient-elles se soutenir?
697 (11 73. II, f° 82). — Les vaisseaux du corps humain, veines et artères, étant de figure conique ou pyramidale, le sang va, par les artères, de la base au sommet et revient par les veines du sommet à la 5 base. — Voir ce que cela doit opérer pour le mouvement du sang.
698(1239- II, f° 101 v°). — Pourquoi le thymus, pourquoi les capsules atrabilaires, diminuent-ils dans l'adulte? Pourquoi le canal veineux se sèche-
io t-il? Pourquoi [le] cordon ombilical devient-il ligament? C'est que tout est plein dans l'animal, tout y est en mouvement, tout se presse. A mesure que les parties voisines grossissent, celles dont les fonctions sont inutiles diminuent et décroissent, et même se
i5 dessèchent. Tout est (?) dans le corps humain aux dépens l'un de l'autre.
699 (1240. II, f° 10 1 v°). — Le sang de l'artère coronaire ne passe pas par les poumons. Ce qui fait une troisième circulation différente des deux
20 autres. J'en ai trouvé la raison. C'est que le sang est pris de l'oreillette ou ventricule gauche et n'a pas été veineux; c'est du sang artériel. Il n'a pas besoin de passer par les poumons.
700 (1241. II, f° 102). — Il n'y a point de communi- 25 cation du sang de la mère au fœtus, mais que les
veines du placenta s'anastomosent dans les artères de la mère, et les veines de la mère, dans les artères du placenta, et, par là, les liqueurs les plus subtiles
et les plus préparées de la mère passent, et non pas les globules rouges, et c'est aujourd'hui le sentiment commun.
Mais on objecte une mère morte d'une hémorragie, et il ne se trouva pas de sang dans le fœtus. 5
A cela, je réponds que, la communication étant telle que nous l'avons établie, le plein fournissoit au vide, et non le vide au plein. Toute la partie aqueuse et lymphatique du sang de l'enfant a donc passé dans les veines de la mère. Les globules 10 rouges, qui sont en très petite quantité, en comparaison des autres liqueurs du sang, sont restés dans les tuyaux (?) du fœtus, où on ne les vit pas.
701 (6i3. I, f° 449 v°). — Il semble que les semences des plantes ayent de l'analogie aux œufs des i5 animaux : l'esprit séminal en est dans la terre. Il est incertain si les terres vierges qui produisent des plantes ont l'esprit séminal dans elles, ou si l'air en est chargé.
702 (16. I, p. 7). — Mystère obscur que celui de la 20 génération^ Le microscope qui fit voir des vers dans
la semence des animaux féconds, et non dans les inféconds, comme les mulets, donna cours à l'opinion des vers, qui a ses difficultés. Car: i° il faut que le vers porte avec lui son placenta : car, si le 25 placenta étoit dans l'œuf, comment pourroit-on comprendre que le vers s'allât attacher à ce cordon, qui le perceroit au nombril pour faire une continuité de vaisseaux; 20 il est difficile de comprendre
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comment, y ayant un million de vers, deux trompes et deux ovaires, les enfants ne naissent pas ordinairement gémeaux : il faut donc qu'il n'y ait jamais, dans chaque femelle, qu'un œuf propre à être rendu 5 fécond1.
Il est bien difficile de dire pourquoi les mulets n'engendrent point, et pourquoi une jument qui a conçu d'un baudet ne peut plus concevoir d'un cheval2.
10 703* ( 1 02 . 1, p. 94). — Ces animaux que nous appelons fabuleux, parce que nous ne les trouvons plus sur la Terre, quoiqu'ils ayent été exactement décrits par les anciens auteurs, ne pourroient-ils pas avoir existé et leur espèce s'être perdue? Car je suis per-
ib suadé que les espèces changent et varient extraordinairement, qu'il s'en perd et s'en forme de nouvelles. La Terre change si fort tous les jours qu'elle donnera sans cesse de l'emploi aux physiciens et observateurs3. Que dis-je? Elle les déshonorera
20 toujours. Pline et tous les anciens physiciens seront convaincus d'imposture, quelque vrais qu'ils fussent de leur temps. Il n'y a personne qui, voyant aujourd'hui le ruisseau du Jourdain, ne regarde comme une expression emphatique tout ce qu'en ont dit
25 les écrivains sacrés. Une fontaine a aujourd^ui une propriété; il est impossible que, dans le mouvement
i. Il y a, Journal a\es Sçavants (21 mars 1690), plusieurs choses curieuses sur ces matières.