‹ Pensâees et fragments inâedits de Montesquieu (volume 2)Chapitre 93 sur 200 · Voir ce fait · texte numérisé non relu

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des Compagnies de Commerce. — Pourrai -je, à l'exemple de Giannone, qui a fait Y Histoire civile du Royaume de Naples, donner ici celle du royaume d'Alger? Cette histoire est si courte qu'elle ne 5 pourra guères ennuyer le lecteur. Il est vrai qu'elle est très peu variée. Quelques milliers de douzaines de coups de bâton donnés sous un règne plus que sous un autre y font toute la différence des événements. Il n'y a qu'un fait qui puisse être transmis

10 à la postérité.

Le dey Méhémet-Géry étoit un jeune homme. Il avoit un esclave chrétien qui l'entretenoit souvent des richesses et du commerce de quelques états d'Europe. Cela le frappa; il s'indigna de voir qu'il

i5 étoit maître absolu d'un grand pays, et qu'il n' avoit point d'argent. Il fit d'abord étrangler son premier ministre, qui lui avoit dit, en haussant les épaules, qu'il n'étoit pas plus pauvre que ses prédécesseurs, et qu'il ne pouvoit pas non plus être plus riche. Il

20 choisit un nouveau visir, qui lui parla ainsi dans le divan :

« Tu m'as mis dans le ministère à la place d'un homme qui ne savoit faire ses affaires, ni les tiennes. Voilà deux nuits que je passe à former

2 5 un projet qui signalera à jamais ton règne. Il s'agit d'établir une banque à Alger, afin que tout l'argent du pays se trouve dans un dépôt public. Toute la difficulté consiste à engager les marchands à l'y porter : car ce sont des coquins, qu'ils (sic) ont

3o toujours peur qu'on ne leur fasse quelque insulte; de mauvais sujets, qui n'oublient rien pour te priver

de ce qu'ils ont, et qui te verroient traîner dans les rues avant de t'offrir 10 ducats. Il y a des expédients pour tout. Je les' ferai enlever tous dans une nuit, on les chargera de chaînes, et ils recevront tous les jours cent coups de bâtons 5 jusqu'à ce qu'ils ayent déclaré leur argent. Nous leur donnerons à la place un papier qui sera signé par les six plus anciens officiers de la milice. Je ne doute pas que nous ne donnions un furieux échec aux banques d'Europe, qui ne peuvent guère 10 se soutenir, parce que les négociants qui les forment morguent (?) sans cesse le Gouvernement et sont, sans courage, insolents comme des janissaires; au lieu que nos gens seront très souples. Si ce projet réussit, j'en ai un autre qui fera encore plus i5 d'honneur à la nation algérienne. C'est d'établir une Compagnie des Indes. Tes femmes seront couvertes de pierreries, et tu verras couler chez toi des fleuves d'or. — Mahomet, serviteur du Dieu puissant, soit à ton aide! » 20

Il s'assit. Un vieux conseiller se leva, et, après avoir mis ses mains sur sa poitrine, incliné son dos, baissé sa tête, il dit d'une voix plus basse :

« Seigneur, je n'approuve point le projet de ton ministre : si la milice savoit que tu eusses de Par- 25 gent, elle t'étrangleroit le lendemain. »

Il s'assit, et le Dey congédia l'assemblée.

354* (1709. III, f° 54 v°). — Sur le Crédit public dans le Gouvernement populaire. — Ceux qui gouvernent sont ordinairement plus ménagers de 3o

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l'argent public, parce qu'ils le sont plus du leur : ils ont moins de passions, moins de fantaisies et, par conséquent, moins de besoins.

Dans le gouvernement d'un seul, la ruine du

5 crédit public peut venir d'une action imprudente,

d'un avantage momentané ou d'un mauvais conseil.

Dans le gouvernement populaire, elle vient du désespoir de ceux qui voyent la chute de la République : on se sauve dans l'esquif, parce que le io navire va périr.

355* (1738. III, f° 54). — Des brebis pour monnoye, comme firent d'abord les Romains1. Mais, depuis que les Mahométans ont fondé des empires, cette loi y détruit le commerce, qui s'y trouve ruiné par

i5 la Religion et par la constitution de l'Etat.

La loi de Mahomet, qui confond le prêt avec l'usure, étoit bonne pour les pays d'Arabie, et étoit bonne comme la loi des Juifs, qui fut donnée dans ce pays. Les Arabes ne connoissent guère

20 l'argent; ils font leurs payements en bestiaux, comme font encore les Tartares.

356* (1719. III,f°44vû). — On trouve par la fonte des médailles que l'affaiblissement des monnoyes d'argent commença à Julien; celui des monnoyes 25 de cuivre, à Caracalla2.

Il y a, cependant, un fragment de Dion, dans Y Extrait des Vertus et des Vices, livre LXXVÏI,

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