‹ Pensâees et fragments inâedits de MontesquieuChapitre 107 sur 263 · I. Mis dans les Loix · texte numérisé non relu

I. Mis dans les Loix

ver que la première race étoit héréditaire : c^est cette longue suite de roix, tous sans puissance, et sans autorité. Il falloit donc que les François eussent pour la famille de Mérovée un respect à peu près pareil à celui que les Turcs ont pour le sang d'Othoman (sic) : 5 ce qui présuppose une couronne héréditaire et non élective. Et, si elle avoit été élective, comment auroit-on élu tous ces insensés ?

1591* (1961. III, f 261 v^). — Dagobert. — Ses actions sont pesées : d'un côté sont ses péchés, qui 10 trébuchent; un moine met dans l'autre plat de la balance l'abbaye de Saint -Denis, des moines bien gros et bien pesants. Il auroit fallu bien des péchés pour résister à cela.

1592*(2o36. in,f*334). —Je remarque que, quand i5 les Barbares inondèrent l'Empire romain, ils n'exercèrent point de cruauté particulière contre les ecclésiastique et ne firent pas paroître de zèle de religion : uniquement curieux du butin et de la subsistance. Mais les mêmes Barbares, qui inondèrent 30 TEmpire de Chàrlemagne, exercèrent d'étranges barbaries contre les ecclésiastiques, l'Église (sic)^ les monastères.

Quand les Romains chassèrent les Barbares et les obligèrent, par frayeur, de refouler vers la Scandi- 25 navie, ils ne leur parlèrent point de religion, mais de prendre les mœurs romaines, de payer des tributs, d'obéir. Quand les Francs rentrèrent dans la Germanie, ils ne leur parlèrent que de baptême,

d'églises, de monastères, de prêtres; de sorte que les Saxons et autres peuples qui refluèrent se retirèrent enragés contre la Religion chrétienne et s'attachèrent d'autant plus à leur culte qu'on avoit 5 Voulu les faire changer, et ils établirent une rude inquisition parmi eux. Ainsi, quand ils sortirent, ils sortirent avec leur haine et Jeurs préjugés. Ainsi les mêmes peuples différèrent de conduite et de fureur dans leurs invasions.

10 On ne peut douter que les Germains n'ayent été se mêler avec les Scandinaviens. Tacite parle des Suions. L'ancienne langue suédoise et l'ancienne langue danoise ont de la conformité avec l'ancienne langue germaine, soit que ce fût le même peuple

i5 qui se fût grossi par les raisons susdites, soit qu'en se retirant en foule dans le fond du Nord, ils soyent devenus la principale partie de la Nation.

1593 (197. I, p. 194). — Charlemagne. — Son injustice en dépouillant les Lombards et favorisant 30 l'usurpation des Papes.

Les Papes favorisent la Maison carlienne dans

son usurpation, et les Carliens favorisent les Papes

dans la leur.

Les Mérovingiens furent exclus sans cause.

33 Charlemagne releva la puissance des Papes^ parce

que son autorité étoit fondée sur cette puissance.

J'ai ouï faire cette réflexion : que la raison pour

laquelle il donna des terres au Saint-Siège étoit

qu'elles étoient frontières des deux empires et ser-

3o voient de barrière entre l'Empire d'Occident et

d'Orient. Or^ il ne craignoit pas que l'Empereur d'Orient et le Pape, lesquels se portoient une haine mortellei s'accommodassent jamais.

1594 (752. I, p. 495). — Charlemagne. — Sous lui, les peuples du Nord furent soumis, et le fleuve 3 remonta vers sa source.

1595 (753. 1, p. 495). — Du (?) temps des premiers successeurs de Charlemagne, il n'y avoit point de troupes réglées, et on ne mettoit point de garnisons dans les villes; il n'y avoit point de citadelles; de 10 façon qu'il étoit impossible de maintenir dans la fidélité une nation éloignée, comme l'exemple des Saxons et des Italiens le fit voir.

1596 (io5i. II, f» 61). —J'ai dans la tête (et, pour cela, il faudroit bien lire toutes les chroniques de i3 France et de Normandie recueillies par André Duchesne) que la Bretagne ne fut pas donnée tout entière aux Normands; mais seulement le pays de Nantes, et ce qui environnoit la basse Loire. C'étoit une pratique constante chez les Normands de se 20 saisir d'une île, à l'embouchure d'une rivière, où ils se fortifioienti. De là, ils portoient leurs brigandages partout. Mais les pays qui étoient près de la partie basse du fleuve étoient ruinés par préférence.

t. Voyez mon Spicilège, où le czar Pierre I^i*, avec de petits bâtiments qui contenoient quarante hommes à cheval, ravagea toutes les côtes de Suède : ils alloient plus vite que les gardecôtes.

D'où je conclus qu'on leur donna d'abord la partie de la Bretagne la plus ruinée. Il paroît même par le père Lobineau, livre 111% qu'il y avoit en même temps des comtes de Rennes, qui étoient restés, et

5 il se pourroit de même, selon le sentiment du père Lobineau, qu'on n'auroit donné d'abord à Rollon qu'une partie de la Normandie, comme le diocèse de Rouen et les terres voisines, et que le Cotentin avoit déjà été donné aux Bretons. La partie orientale de la

10 Normandie, étant plus près de l'embouchure de la Seine, me paroît avoir dû être ravagée par préférence.

1597 (627. 1, f* 452 v®). — Les seigneurs françois n'usurpèrent point l'autorité royale : ils ne pouvoient usurper des roix ce que les roix n'avoient pas. Ils ne

i5 firent que continuer dans leurs familles de certaines charges, comme il arriveroit en Pologne si les palatinats devenoient héréditaires : le Roi ne perdroit d'autre droit que celui de nommer le palatin. Pour les fiefs, ils étoient à eux sous les conditions que les

20 loix y mettoient, c'est-à-dire tandis qu'on pouvoit faire le service.

1598 (226. 1, p. 246). — Notre duché de Guyenne a fait faire deux actions d'une grande probité < : Louis-le-Jeune et Saint-Louis la (sic) rendirent,

23 l'un, à Aliénor, l'autre, aux Anglois.

1599 (1974. III, f» 279). — A la bataille de Bou-

I • Mais Louis-le-Jeune y fut forcé : jamais les sujets d'Aliénor ne lui auroient obéi.

vines, sous Philippe -Auguste, nous perdîmes les Chartres de la Couronne et les registres qui contenoient le service que devoit chaque seigneurie ; de sorte que nous savons ce que chaque ville grecque payoit, pour chaque seigneurie, au Conseil des Am- 5 phictions, et nous ne savons pas ce que chaque seigneurie payoit ou donnoit de gens de guerre à la Couronne.

1600* (191. I, p. 190). — La Pucelle d'Orléans. — Les Ânglois la prirent pour sorcière; les François, 10 pour prophétesse et envoyée de Dieu. Elle n'étoit ni l'une, ni l'autre. Voyez le même Journal, où on paroit porté à croire que c'étoit une fourberie, et voyez les raisons historiques qu'on en dit. Dans un fait de cette nature, pour peu que l'histoire se prête i5 à une pareille explication, on doitTembrasser, parce que la raison et la philosophie nous apprennent à nous défier d'une chose qui les choque si fort. Tune et l'autre. Le préjugé des sorciers n'est plus, et celui des inspirés ne subsiste guère ^ 20

Si l'histoire de la Pucelle est une fable, que peuton dire de tous les miracles que toutes les monarchies s'attribuent, comme si Dieu gouvernoit un royaume avec une providence particulière de celle avec laquelle il gouverne ses voisins. ^5

160d (226. I, p. 245). — On a si fort loué l'action de Regulus que l'on ne sauroit guère louer celle

I . Voyez l'histoire de Jacques Cœur sur Phistoip de France : il étoit argentier de Charles VII.

de François I^^ qui, prisonnier de Charles- Quint, ayant cédé la Bourgogne pour sa rançon, s'excusa, dès qu'il fut libre, sur ce que la Bourgogne ne vouloit pas changer de maître. Mais il ne retourna 5 pas à Madrid, comme Regulus, à Carthage.

4602 (61 5. I, f> 450). — Catherine de Médicis. — Elle étoit toujours entourée d'astrologues, de devins et de toutes ces sortes de gens qui suivent les âmes foibles.

10 1603(621. I, f* 45o V®). — Catherine, femme dans le cabinet comme dans les ruelles, fit assembler les vieux Huguenots et plusieurs Catholiques, et prétendit leur prouver par une harangue que fit Pibrac, tirée de l'exemple des Persans, Turcs et Moscovites,

i5 la (?) soumission : exemples, à mon avis, très incapables de séduire des gens qui ont les armes à la main. C'est comme ce proconsul qui fit assembler tous les philosophes, sur la place d'Athènes, pour les accorder.

20 4604(622. I, f^45i). — Catherine, femme qui fut la comète de la France. Heureuse, la France, si ce mariage n'avoit fait qu'avilir la majesté de ses roix !

4605 (619. I, f> 450 vo). — Chancelier de V Hôpital. — Sa mort peut être mise au rang des calamités 25 publiques.

4606* (236. I, p. 252). — Ce qui soutint le parti

26o MONTESQUIEU

huguenot dans la guerre civile qui se fit en Poitou et provinces de delà la Loire, sous Charles IX, fut la vente qui fut faite par les chefs des Huguenots des biens ecclésiastiques : les Huguenots de ces contrées y employant hardiment ce qu'ils avoient, à cause du 5 bon marché et de l'espérance qu'on leur donnoit que l'autorité du Roi ni la Religion catholique ne rentreroient jamais dans ces contrées.

4607 (614. I, f* 450). — Jamais prince n'a fait une plus rude pénitence de ses vices que Henri III. 10

4608 (616. 1, f* 45o). — * Assassinat du diic de Guise. — Dans quelques circonstances que le Roi se trouvât, il est impossible d'approuver ce qu'il fit. Il faut ou condamner cette action, ou, pour l'honneur de la Vertu, n'en porter point de jugement. Mais, pour i5 Loignac et ses Quarante-Cinq, ils resteront toujours couverts d'une éternelle infamie *.

4609 (617. I, f" 45o). — L'envie de Philippe IP, de voir sa fille sur le trône de France, et celle de Louis XIV, de voir son petit-fils sur celui d'Espagne, 20 ont également afibibli leur puissance.

4640(2223. III, f>465). — Le cardinal de Richelieu, meilleur sujet que citoyen ; encore même mauvais sujet: car il sacrifioit le Prince quand il falloit le sacrifier à lui-même. ^5

4614 (i368. II, f« 196). — Le cardinal de Retz étoit

plus propre à être à la tête d'une faction, et le cardinal de Mazarin, plus propre à être dans un cabinet.

4612(279. I, p. 3o5). — Louis XIV avoit l'âme

5 plus grande que l'esprit. Mad® de Maintenon abais-

soit sans cesse cette âme pour la mettre à son point.

4613 (1145. II, i^79). — Louis XIV, ni pacifique, ni guerrier. Il avoit les formes de la justice, de la politique et de la dévotion, et l'air d'un grand roi.

10 Doux avec ses domestiques, libéral avec ses courtisans, avide avec ses peuples, inquiet avec ses ennemis, despotique dans sa famille, roi dans sa cour, dur dans les Conseils, enfant dans celui de conscience, dupe de tout ce qui joue les princes : les ministres,

i5 les femmes et les dévots; toujours gouvernant et toujours gouverné; malheureux dans ses choix, aimant les sots, souffrant les talents, craignant l'esprit, sérieux dans ses amours et, dans son dernier attachement^ foible à faire pitié. Aucune force d'esprit

20 dans ses succès, de la fermeté dans ses revers, du courage dans sa mort. Il aima la gloire et la religion, et on l'empêcha toute sa vie de connoitre ni l'une ni l'autre. Il n'auroit eu presque aucun de tous ces défauts, s'il avoit été mieux élevé, ou s'il avoit eu un

23 peu plus d'esprit > .

1614 (12 18. II, f>95). — Louis XIV. — Il avoit dans I . Voyez page 95 de ce volume.

leur perfection toutes les vertus médiocres et le commencement de toutes les grandes....; trop peu d'esprit pour un grand homme....; grand avec ses courtisans et les étrangers, petit avec ses ministres ^

4615 (745. I, p. 493). — Louis XIV acheta Dun- 5 kerque 4 millions. Il n'a guère assiégé de places qu'il ait eues à meilleur marché.

4616 (1592. II, f« 455 v^). — J'ai ouï dire je ne sais où (ou ai lu) que Mad* de Montespan sentit quelque atteinte de dévotion et vint à Paris. Il (?) ne vouloit 10 pas qu'elle revînt à la Cour. M. de Meaux fut d'avis qu'elle revînt, mais à condition qu'elle seroit toujours entre trois ou quatre prudes. Le Roi vint, lui parla dans une embrasure ; de là passa dans le cabinet. De

là naquit ce visage moitié amour, moitié jubilé, qui i3 est Mad* d'Orléans.

1617(728. 1, p. 488).— Quand je vois Louis XIV mené par les Jésuites, et envoyer à ses ennemis des sujets, des soldats, des négociants, des ouvriers, son commerce, et chasser les Huguenots, j'ai plus pitié 20 de lui que des Huguenots.

1618* (954. II, f*2i v<^). — Lorsque je vois un grand prince qui a régné de nos jours, malgré son bon sens naturel, séduit par un conseil aveugle, envoyer tout à coup à ses ennemis des sujets, des soldats, 35

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