‹ Pensâees et fragments inâedits de MontesquieuChapitre 2 sur 263 · I. LANGAGE ET LANGUES · texte numérisé non relu

I. LANGAGE ET LANGUES

775* (i 58. I, p. 135). — Un prince pourroit faire une belle expérience. Nourrir trois ou quatre enfants comme des bêtes, avec des chèvres ou des

5 nourrices sourdes et muettes. Ils se feroient une langue. Examiner cette langue. Voir la nature en elle-même, et dégagée des préjugés de l'éducation; savoir d'eux, après leur instruction, ce qu'ils auroient pensé; exercer leur esprit, en leur don-

10 nant toutes les choses nécessaires pour inventer; enfin, en faire l'histoire.

776(691. I, p. 475). — Ceux qui n'ont lu que l'Écriture sainte tirent continuellement de l'hébreu l'origine de tous les peuples.

777 (21 55. III, f* 352 v®). — Les ambassadeurs de Siam, haranguant le Roi, paroissoient chanter. On leur demanda comment ils avoient trouvé notre prononciation. Ils dirent qu'il leur sembloit qu'on chantoit. Voilà comme on juge des choses! Effec- 3 tivement, tout ce qui s'éloigne de la prononciation ordinaire paroît chant.

778 (41 5. 1, p. 375). — La langue françoise consiste toute en ïambes, c'est-à-dire que l'on sépare tout de deux syllabes en deux syllabes, dont la 10 première est brève, et l'autre, longue. La langue italienne, au contraire, consiste toute en trochées et est coupée de deux en deux syllabes d'une longue et d'une brève. Cela fait deux déclamations totalement différentes, et qui se peut (sic) à peine i3 comprendre quand on en ignore la raison. Comme

le récitatif italien est une déclamation plus haute, nous, François, ne le pouvons pas plus souffrir que la déclamation italienne. Or, ce qui fait une déclamation si différente doit faire [une] musique ao aussi très différente. L'Italien pèse sur la pénultième syllabe; le François, sur la dernière.

Les Ânglois et les Allemands et orig^inaires Teutons ne font ni trochées, ni ïambes; ils font des dactyles : Milord Cârteret; dêr, dèn (?) Vâter; et, 25 comme le dactyle approche plus du trochée que de l'ïambe (car c'est toujours la dernière brève), ces langues souffrent mieux la musique italienne que la françoise. Chaque musique est donc excellente, c'est-à-dire la plus excellente que chaque 3o

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