PAGANISME
loit aussi l'âme et mettoit l'être qui étoit touché, à une espèce d'état de péché et le rendoit désagréable à Dieu, comme la souillure nous rendoit désagréables les uns aux autres. Mais, quand l'âme a été bien 3 distinguée du corps, on a bien vu qu'il n'y avoit que le corps qui étoit souillé.
L'idée de M. de Fontenelle est différente, et elle est très ingénieuse, si elle n'est pas solide. Il dit que cela vient de ce que les meurtriers étoient ordinailo rement tachés de sang; que, dans les premiers temps où les hommes étoient habillés de peau, il falloit beaucoup laver pour effacer le sang; que ceux qui étoient impurs, c'est-à-dire tachés de sang, étoient des meurtriers, et que les hommes s'accoutumèrent i3 à lier ces deux idées : du crime et de la souillure, et passèrent ainsi d'une idée à l'autre.
On parla ensuite des sacrifices, et je dis que l'idée des sacrifices venoit de ce que. Dieu étant maître de tout, on ne peut lui rien donner qu'en se privant.
M. Yorke dit que cette idée venoit des sacrifices humains; que l'on avoit cru qu'un homme pouvoit prendre sur lui tous les péchés des autres, et qu'on avoit ensuite cru que les bêtes que l'on sacrifioit s'en chargeoient de même.
Je crois aussi que l'on a pu croire que des Divinités se plaisoient à l'odeur du sang des victimes, et de leur chair brûlée, et de leur fumée.
2148* (969. II, fo 25). — Le Paganisme étoit pour
lors dans sa décadence. Fondé sur les délires des
3o poètes, il étoit incompatible avec toute sorte de
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sectes de philosophie et de connoissances humaines. L'ignorance l'établit dans l'Orient et le porta chez les Grecs. Mais, comme il est impossible qu'un pays soit florissant sans qu'il y ait une infinité de gens qui, jouissant de la félicité, cherchent à cul- 5 tiver leur esprit et à acquérir des connoissances, il arriva qu'en Grèce on commença à s'attacher à la Philosophie. Les Athéniens, qui virent qu'on alloit ôter au peuple la crainte des Dieux, condamnèrent Protagoras et Diagoras, firent mourir Socrate lo et bannirent Aristote. Plutarque nous dit que tous les physiciens étoient regardés comme athées, parce qu'en apprenant au peuple que les astres n'étoient que des corps, mus par des mouvements réguliers, ils détruisoient l'idée des Divinités que i5 le Paganisme y avoit attachées.
Cicéron, qui, le premier, mit dans sa langue les dogmes de la philosophie des Grecs, porta un coup mortel à la religion de Rome. Elle commença à souflFrir une espèce de guerre civile. On vit, dans 20 l'Empire, la secte de Pyrrhon douter de la Religion et celle d'Épicure la tourner en ridicule. Celles de Platon, de Socrate et d'Aristote, éclairèrent l'esprit, et celle de Zenon corrigea les mœurs.
C'est dans ces circonstances que le Christianisme 2b se répandit dans l'Empire, et je ne puis m'empêcher de faire quelques réflexions sur cet établissement, qui peut-être n'ont pas été faites par les apologistes de la Religion chrétienne.
Si la Religion chrétienne n'est pas divine, elle est 3o certainement absurde. Comment donc a- 1- elle été